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Emmanuel Macron, already the time to take stock

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Le président de la République a pris acte du fait qu'il allait bientôt quitter la scène politique. Son second mandat s'achèvera dans un an, le 14 mai 2027. Et il a évoqué ce départ, jeudi dernier, devant des élèves d'une école franco-chypriote de Nicosie, sur l'île de Chypre, où il était en déplacement. “J'ai pas fait de politique avant, j'en ferai pas après“, a-t-il répondu à un jeune homme qui lui demandait pourquoi il avait voulu diriger la France. Il faut sans doute comprendre dans ces propos qu'il va s'éloigner du jeu politique et qu'il ne briguera pas un autre mandat électif que celui de président.Et d'ici là, le rôle qu'il s'assigne est d'essayer de défendre son bilan. Une tâche qui, à ses yeux, relève d'une gageure, ainsi qu'il l'a expliqué aux adolescents avec lesquels il échangeait à Nicosie : “Le plus dur, après neuf ans”, leur a-t-il dit, “c'est de garder ce que tu as bien fait”. Et de fait, il peut constater que son bilan s'effiloche au fil des mois qui passent.

Mi-avril, lors de l'examen du projet de loi de simplification de la vie économique, les députés ont supprimé l'une des mesures importantes de son action pour la défense de l'environnement. Les zones à faibles émissions (ZFE) qui devaient s'appliquer dans toutes les grandes villes, interdisant aux voitures les plus polluantes d'y accéder. Elles ont été rayées du projet de loi contre l’avis du gouvernement et sans qu’il puisse y faire quoi que ce soit. Quelques mois plus tôt, le chef de l’État avait déjà dû renoncer à sa réforme des retraites qui portait l'âge de départ à 64 ans. Celle-ci a été suspendue à l’issue d'une négociation avec les députés socialistes pour permettre l'adoption du budget de l'année 2026.On constate également que le chômage est reparti à la hausse. Ça, c'était un des grands marqueurs et un des grands acquis du macronisme Son action visant à favoriser les investissements et à dynamiser l'économie française semblait porter ses fruits. Le chômage a diminué pendant tout le premier quinquennat et le début du deuxième, atteignant un seuil en dessous des 7 % au début de l'année 2023. Et puis les crises internationales ont inversé la tendance, entravant la bonne marche de l'économie hexagonale et faisant à nouveau grimper le taux de chômage qui se situe, aujourd'hui, aux alentours des 8 %.Et donc Emmanuel Macron doit bien se résoudre à ce constat : son bilan s'effiloche, s'étiole, se détricote au fil des mois qui passent sans qu'il paraisse pouvoir y remédier. Il faut dire qu'il n'est pas complètement étranger à cette situation. Il en porte même une grande part de responsabilité. La dissolution ratée de juin 2024 lui a retiré ce qui lui restait de majorité à l'Assemblée nationale en même temps que son pouvoir d'action. Ça l'a conduit, dans un premier temps, à rechercher une alliance avec la droite sénatoriale. Michel Barnier en fut l'incarnation. Puis avec la gauche socialiste, l'alliance a été conclue d'abord par François Bayrou puis par Sébastien Lecornu, ce qui a conduit, in fine, à la suspension de la réforme des retraites.

À cette situation qu'il a lui-même créée, il faut ajouter l'impossibilité dans laquelle il se trouve de se représenter. Emmanuel Macron est le tout premier président français confronté à l'interdiction constitutionnelle qui lui est faite de briguer un troisième mandat. La réforme qui limite un président de la République à l’exercice de deux mandats consécutifs au maximum a été votée en 2008, sous Nicolas Sarkozy.Et cette interdiction fait de lui ce qu'on appelle aux États-Unis un “lame-duckâ€, un “canard boiteux”. C'est ainsi que sont qualifiés les présidents américains en fin de parcours et affaiblis politiquement. Emmanuel Macron est tout à fait conscient de cette situation même s'il essaie de la conjurer en affirmant régulièrement qu'il gouvernera jusqu'au bout, “jusqu'au dernier quart d'heure”.Il sait cependant que ce ne sera pas le cas, que ce n'est déjà plus le cas. Raison pour laquelle il laisse son Premier ministre gérer les affaires intérieures tandis que lui s'est entièrement déporté sur la géopolitique et les questions internationales. Nous en sommes donc à l'heure du bilan. Ce qui nous conduit d'ores et déjà à poser cette question : que reste-t-il, que restera-t-il du macronisme ?Sans doute un très fort ancrage européen. Il a fait de la France l'un des moteurs et l'un des plus grands défenseurs du projet européen. En matière économique, son bilan n'est pas très reluisant. Il avait réussi à faire baisser le chômage mais celui-ci remonte, on l’a vu. Et puis, surtout, il a creusé la dette comme aucun de ses prédécesseurs ne l'avaient fait auparavant. De plus de 1000 milliards d'euros.Enfin, sur le plan politique, il restera dans l'imaginaire un président qui a conquis le pouvoir inopinément, par effraction. Ce qui n'est pas sans effet sur ses contemporains car beaucoup se disent désormais : “et pourquoi pas moi, puisque lui l'a fait ?”. C’est ce qui occasionne, à mesure qu'on approche de l'échéance de 2027, vous l’avez sans doute remarqué, une multiplication des candidatures à sa succession.