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Las Vegas accueille les "Jeux augmentés", compétition mondiale où le dopage est encouragé

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Temps de lecture : 3min – vidéo : 4min

À Las Vegas, les Enhanced Games bouleversent les codes du sport mondial. Dans cette compétition controversée, le dopage est autorisé et assumé. Entre records, argent et promesses de performances surhumaines, athlètes et organisateurs défient ouvertement les règles olympiques.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.


Dans la ville du péché, la démesure n’a plus de limite. Aux cocktails explosifs, argent et divertissement, il faut désormais ajouter les produits dopants. Las Vegas accueille les Enhanced Games. Comprenez : les Jeux augmentés. La première compétition mondiale où le dopage n’est pas seulement autorisé, mais fortement encouragé.

À quelques heures de la compétition, dernier entraînement pour les haltérophiles. Déjà huit semaines que Leydi Solis, Colombienne médaillée olympique en 2008, prend des produits anabolisants, et elle assume : “Depuis, j’ai perdu beaucoup de graisse dans mes bras, mais aussi à la taille. Je suis plus musclée, pareil dans les jambes. Mon objectif est de repousser mes limites au maximum, devenir une superwoman.” Elle assure n’avoir jamais triché en tournoi officiel et vouloir juste suivre d’autres règles. “Au moins ici, tout est transparent et légal”, ajoute-t-elle.

Se doper pour devenir plus fort, pousser son corps toujours plus loin et en faire la démonstration devant le monde entier. Sur le fameux Strip de Las Vegas, une enceinte temporaire a été construite spécialement pour l’événement. Sous les projecteurs, la piste de 100 m jouxte la piscine. L’arène ne ressemble en rien à un complexe sportif classique. Pour la piscine, par exemple, il n’y a que quatre lignes d’eau, car l’objectif n’est pas de gagner contre une multitude de concurrents, mais bien de battre des records pour emporter le jackpot.

Et le contrat est très rentable pour les sportifs. Un salaire à cinq chiffres versé chaque mois, peu importe les résultats, et jusqu’à un million de dollars pour un record battu. Quarante-deux athlètes ont signé, se bannissant ainsi de toutes les autres compétitions internationales. Et parmi eux, un Français : le sprinteur Mouhamadou Fall, suspendu par l’agence antidopage, car à trois reprises, il n’avait pas indiqué son adresse alors qu’il en avait l’obligation pour pouvoir subir un test inopiné. Il a toujours clamé son innocence. Aujourd’hui, il revendique vouloir savoir jusqu’où son corps peut aller. “Tu récupères peut-être trois ou quatre fois plus. Donc, c’est incroyable. Et moi, le côté science, il me fascine et m’intéresse”, raconte-t-il.

Se doper, mais à quel prix ? Le protocole exact n’a pas été dévoilé, mais des produits comme les stéroïdes ou l’EPO sont utilisés, avec des effets secondaires potentiellement graves selon l’OMS : risques cardiaques, dépendance, infertilité. Devant les caméras du monde entier, le médecin en chef de l’organisation affirme suivre les athlètes de près avec des dosages très stricts. Quand notre journaliste l’interroge : “Comment garantissez-vous, sans étude sur le long terme, qu’il n’y aura pas d’effets pour les athlètes dans 5, 10 ou 20 ans ?” Le professeur Guido Pieles, cardiologue et chef de la commission médicale des Enhanced Games, défend : “Oui, vous avez raison. Il faut plus de connaissances là-dessus. Mais dire que c’est très risqué et irresponsable n’est pas vrai. Notre étude a été approuvée et nous utilisons des méthodes scientifiques reconnues internationalement.”

Derrière ce projet, un milliardaire publiquement transhumaniste qui veut se servir de cette compétition comme vitrine. Selon le site de l’événement, des produits dopants sont déjà en vente libre. “Est-ce que c’est un business où nous utilisons des athlètes et le sport en général comme moyen de faire des affaires ? Oh oui ! Mais malheureusement, je ne suis pas le premier”, souligne Christian Angermayer, investisseur et cofondateur des Enhanced Games.

La compétition doit commencer le 24 mai dans l’arène. Le Comité international olympique a qualifié l’événement d'”irresponsable” et de “dangereux”.