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Loin de leur pays meurtri par la guerre, des Iraniens trouvent un répit pendant le hajj

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Hassan Qadiri vit le hajj avec une ferveur particulière. Pouvoir quitter, le temps du grand pèlerinage musulman de La Mecque, un Iran meurtri par des semaines de guerre dévastatrice, est pour lui un immense soulagement.

Car entre le début de la guerre, fin février, et le cessez-le-feu entré en vigueur début avril, M. Qadiri et sa famille ont dû se réfugier à chaque vague de bombardements américano-israéliens sur leur ville d’Ispahan, dans le centre de l’Iran.

“Ici, on entend l’appel à la prière, pas les explosions”, dit-il à l’AFP: “je suis très heureux”.

Comme nombre d’Iraniens présents cette année au hajj, M. Qadiri et sa famille séjournent dans un hôtel proche de la Grande mosquée de La Mecque, étroitement encadré par les forces de sécurité saoudiennes, qui empêchent les autres pèlerins d’approcher ou d’échanger avec les fidèles iraniens.

Ces mesures ont été mises en place vu la délicate situation entre Ryad et Téhéran.

Pendant des semaines, l’Arabie saoudite et ses voisins du Golfe, alliés de Washington, ont essuyé des salves de drones et de missiles iraniens, en représailles à l’attaque israélo-américaine lancée le 28 février.

Mais Ryad tient à maintenir la politique à l’écart du pèlerinage, auquel participent des milliers de fidèles iraniens.

“Les Saoudiens nous traitent bien et tout se passe très bien”, assure M. Qadiri.

Son épouse, qui a requis l’anonymat, vêtue d’une abaya noire et d’un dossard turquoise estampillé “Ispahan”, dit trouver dans le hajj une forme de répit.

“Être ici rend la guerre plus supportable”, dit-elle.

Dans les rues de la ville sainte, les couleurs de l’Iran sont visibles, sur les sacs des pèlerins, leurs vêtements ou les bus qui les transportent.

Selon l’agence de presse officielle iranienne, Irna, seuls quelque 30.000 pèlerins iraniens participent au hajj cette année, contre les 86.000 initialement attendus, en raison de la guerre.

– Point de tension –

Le hajj a longtemps constitué un point de tension entre l’Iran, à majorité chiite, et l’Arabie saoudite, à majorité sunnite.

Dans les années qui ont suivi la révolution islamique en Iran, les autorités saoudiennes ont accusé des pèlerins iraniens d’avoir provoqué des bousculades meurtrières et autres violences, tout en scandant régulièrement des slogans politiques, un acte considéré comme tabou par les autorités religieuses à La Mecque.

Le dernier grand différend remonte à 2015, lorsque ces deux pays se sont une nouvelle fois renvoyé la responsabilité après que 464 Iraniens ont compté parmi les 2.300 fidèles tués dans une bousculade, une des tragédies les plus meurtrières de l’histoire du hajj.

Aucun pèlerin iranien n’avait été autorisé à participer l’année suivante. Et les deux poids lourds du Moyen-Orient avaient rompu leurs relations diplomatiques avant de les rétablir en mars 2023.

Depuis, les relations entre Téhéran et Ryad ont encore été mises à rude épreuve par les frappes iraniennes sur les installations énergétiques et les infrastructures civiles saoudiennes, couplées au blocage par l’Iran de la majeure partie du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, vital pour les exportations énergétiques des pays du Golfe.

– “Dépolitiser le hajj” –

L’Arabie saoudite “a été très soucieuse de dépolitiser le hajj sous toutes ses formes, qu’il s’agisse d’activités politiques ou de slogans pendant le pèlerinage”, relève Umer Karim, spécialiste de la politique étrangère saoudienne à l’université de Birmingham, au Royaume-Uni.

Dans un hôtel accueillant des pèlerins iraniens, des affiches en arabe et en anglais rappellent que “brandir des drapeaux politiques ou confessionnels ainsi que toute forme de slogans scandés est interdit pendant le hajj”, reprenant un avertissement déjà diffusé par le ministère saoudien de l’Intérieur.

Les membres de la délégation officielle iranienne ont refusé de s’entretenir avec l’AFP.

Cette année, le début du hajj coïncide avec l’espoir d’une percée dans les négociations entre Washington et Téhéran pour trouver un accord de paix.

Malgré l’incertitude et la menace d’une reprise du conflit, de nombreux iraniens disent profiter de ce moment de répit dans la ville la plus sainte de l’islam.

“C’est merveilleux d’être ici pour le hajj”, déclare Ali Reza à l’AFP, cigarette à la main devant son hôtel.

Pardis, une quadragénaire originaire de Téhéran ayant perdu des proches dans une frappe aérienne, partage ce sentiment.

“Je me sens en paix et en sécurité ici”, dit-elle.

publié le 25 mai à 13h32, AFP