Home War Peut-on terminer une guerre ? – Témoignage Chrétien

Peut-on terminer une guerre ? – Témoignage Chrétien

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Alors que des conflits armés éclatent un peu partout dans le monde, comment sort-on d'une guerre ?

Ce processus commence avant la fin des hostilités, à partir du moment où quelqu'un imagine qu'il survivra au conflit. Cela peut donc être quelques mois ou années avant la fin dudit conflit, quand un individu se dit : « Ce qui se passe est monstrueux, ça va être difficile, mais je vais peut-être voir le moment où les armes vont se taire. » En d'autres termes, la sortie de guerre débute dès que quelqu'un commence à envisager sa vie après. Par ailleurs, sur un plan plus global, il faut, pour sortir d'une guerre, que les différents acteurs soient désireux de parvenir à un accord.

On voit bien aujourd'hui que nombre de belligérants ne le souhaitent que dans la mesure où cela les sert. Certains dirigeants sont donc dans une logique déraisonnable consistant à déclencher un conflit, Poutine en Ukraine, Donald Trump en différents lieux, sans véritablement se soucier des conséquences immédiates et de la possibilité de mettre un jour fin à la guerre. D'où une sorte de bricolage permanent qui donne un niveau élevé de conflictualité dans le monde.

Cela posé, un tel niveau de conflictualité ne date pas d'hier. Par exemple, la guerre froide n'était froide qu'en Europe, mais chaude partout ailleurs. La grande différence désormais, c'est que certains acteurs, comme la Russie et maintenant les États-Unis, se permettent d'agir, si j'ose dire, comme ça leur chante. C'est une logique de grandes puissances qui veulent imposer leur volonté là et où elles l'estiment bon pour elles, sans se soucier du reste.

Peut-on dire que les États-Unis et l'Iran commencent à sortir de la guerre ?

Manifestement, la difficulté se situe maintenant au niveau diplomatique : il s'agit de trouver un accord pour cesser les frappes et rétablir des relations entre États normales. En l'état actuel de la situation, le cessez-le-feu provisoire ne peut être qualifié de début de sortie de guerre. Cela dit, Donald Trump a réussi au moins une chose, montrer aux Iraniens que, même s'ils ne poursuivent pas le développement d'un arsenal nucléaire, ils disposent d'une arme extrêmement puissante dont il sera peu aisé de les priver et dont le président américain n'avait de toute évidence pas mesuré à quel point elle était efficace, la maîtrise du détroit d'Ormuz.

Qu'en est-il de la situation à Gaza ?

Là aussi, il est difficile de considérer que la sortie de guerre a débuté. Il est en revanche permis de penser qu'en raison de l'attaque du 7 octobre 2023 et du traumatisme alors subi par la population israélienne, d'une part, et de ce que l'armée israélienne, sur ordre du gouvernement dirigé par Benyamin Netanyahou, a infligé à la population palestinienne à l'occasion de ses opérations dans la bande de Gaza, d'autre part, la défiance extrême générée et le capital de haine accumulé rendront le retour à la paix long et très difficile.

Avant que l'on parvienne à faire taire définitivement les armes, il peut se passer plusieurs années. Les traces de ces conflits armés peuvent-elles s'effacer avec le temps ?

Si certains dégâts peuvent être réparés, d'autres ont vocation à durer plus longtemps, voire à ne jamais disparaître. Dans l'est de la France, par exemple, les forêts subissent aujourd'hui encore les conséquences de l'enterrement de munitions chimiques à la fin de la Première Guerre mondiale. Du fait de la corrosion, les liquides hautement toxiques contenus par les obus s'écoulent et atteignent les nappes phréatiques, rejoignent les ruisseaux et les rivières et finissent par empoisonner des portions de territoire considérables.

Autre exemple : lorsqu'une personne est traumatisée dans le cadre d'un conflit, elle va porter en elle les effets du traumatisme. C'est le stress post-­traumatique. Celles et ceux qui vivent avec cette personne vont subir les effets des symptômes de ce stress. Une transmission intergénérationnelle s'enclenche ainsi, dont il est difficile de prédire quand elle s'arrêtera.

La question se pose alors de l'impossible finitude d'un conflit.

Propos recueillis par Élie Hervé.