Mais pour la première fois, ce mardi 2 juin, ce sont les tirs relevant désormais d'un régime de déclaration préalable et non plus d'autorisation, qui ont été passés au crible lors d'une audience en référé, après le recours des associations Ferus, Aspas et Animal Cross. Celles-ci demandent la suspension de la dizaine de récépissés délivrés en avril par le préfet et permettant à une vingtaine de bergers de l'Ouzom et d'Ossau de tirer le loup si l'animal attaque leurs troupeaux.
« Il y a urgence à statuer pour préserver le seul loup présent. Sa disparition porterait atteinte à l'aire de répartition naturelle du loup » a défendu Me Céline Bronzani pour les associations.
La conservation d'une espèce protégée
L'avocate a ainsi porté le débat sur l'état de conservation d'une espèce protégée, « qui reste identique, c'est-à -dire faible, même si on a changé de régime depuis le nouvel arrêté cadre de février, que nous avons aussi attaqué devant le Conseil d'État ». Pour les associations, le préfet, avant de se décider, aurait dû se positionner sur l'état de l'espèce « au niveau local », niveau que les requérants placent entre les Pyrénées-Atlantiques et les Hautes-Pyrénées, où ne se trouverait donc qu'un seul loup, le fameux qui sévit depuis 2018.
Me Bronzani a aussi souligné que près de deux tiers des cas de mortalité des loups étaient dus à des tirs de défense. « Nous n'avons pas assez de recul sur cet arrêté cadre et ses conséquences sur la survie de l'espèce » a expliqué en substance l'avocate.
En face, les représentants de la préfecture ont d'abord rappelé que le changement de statut du loup, par l'Union européenne, faisait suite à la croissance du nombre d'individus, mais aussi à celle du nombre de dégâts sur les troupeaux. Et que les tirs de défense étaient un outil supplémentaire à côté des mesures de protection existantes, comme les clôtures, patous et filets. « Cela n'a rien à voir avec une chasse au loup déguisée. Il faut rétablir un peu de bon sens. Il n'y a pas de volonté aveugle de traquer cet animal. En huit ans de tirs de défense d'ailleurs, aucun n'a été tué ».
Un vieux loup non reproducteur
Quant à la définition de l'aire de répartition naturelle du loup, « le niveau local pertinent, pour nous, n'est pas départemental, mais régional, voire interrégional. Onze des douze départements de Nouvelle-Aquitaine font déjà état de la présence du loup » a indiqué la préfecture.
D'ailleurs, le loup connu en Béarn, s'il est le seul identifié génétiquement (par deux analyses en huit ans au même endroit), « n'est pas forcément le seul individu présent. C'est une vision simpliste des associations » assure l'État. Et même s'il n'y avait que celui-là , « il a aujourd'hui 10 ans environ (soit à peu près l'espérance de vie d'un loup, NDLR) et il n'est pas reproducteur. Son éventuelle destruction ne porterait pas atteinte au développement de l'espèce » a estimé le représentant de la préfecture.
La voix des éleveurs, elle, s'est exprimée à l'audience par celle de Jean-Pierre Pommiès. L'occasion pour lui de démontrer rapidement à la juge des référés « qu'il est évident qu'il y a plusieurs loups ». La plupart des éleveurs du 64 et du 65, aujourd'hui, se tiennent en effet au courant des prédations via un groupe WhatsApp, et quand celles-ci surviennent presque au même moment à des dizaines de kilomètres de distance, le doute n'est plus permis. « Sinon, il a la pêche le vieux loup » a ironisé le Béarnais.
Pas de visée nocturne…
L'occasion aussi de témoigner de la dure réalité des éleveurs qui retrouvent leurs bêtes tuées ou agonisantes, comme récemment dans la plaine de Nay, à plusieurs reprises. Ou encore d'exprimer les craintes sur l'avenir de la transhumance, portant érigée comme patrimoine mondial de l'Unesco.
Quant à ces tirs de défense, l'objet du litige de ce mardi, lui comme les autres éleveurs ne semblent pas beaucoup croire à leur efficacité, « car si on doit agir, c'est la nuit, quand le loup attaque, mais sans pouvoir utiliser de lunette à visée nocturne ». De quoi se limiter à des tirs au petit bonheur la chance.
« C'est n'importe quoi » souffle Jean-Pierre Pommiès, « mais c'est un espoir et on s'y accroche » défend-il tout de même. « C'est le seul espoir qu'on a pour nous protéger. Ne nous l'enlevez pas, ce serait terrible sinon. On le vivrait comme une insulte ».
La FDSEA 64 est venue soutenir les bergers concernés devant le tribunal administratif. Ascencion Torrent
Avant l'audience, devant le tribunal, la FDSEA 64, venue au soutien des bergers concernés, et qui réclame 100 % de prélèvements des loups dans les zones d'élevage, ne disait pas autre chose. « S'il n'y a plus ces tirs, ce sont les élevages qui vont crever et avec eux tout un tissu économique » soulignait Jean-François Lacazette.
« Ces recours attaquent aussi notre souveraineté alimentaire. Car si on ne peut plus produire, nous serons forcés d'importer davantage » ajoutait la présidente Corinne Nousty. Le syndicat n'avait d'ailleurs pas de mots assez durs contre ces associations « sans vergogne », « qui s'en prennent à de petits éleveurs à faibles revenus pour financer leur business », « des ayatollahs de l'écologie, qui n'ont jamais vu un mouton et qui défendent la prédation plutôt que l'humain ».
La juge des référés, pour sa part, rendra sa décision « dans les meilleurs délais ».





