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Nastassja Kinski, la revanche dune icône du cinéma

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L'actrice allemande a réussi à obtenir l'arrêt temporaire de la diffusion du film Faux Mouvement de Wim Wenders, où elle apparaît nue à seulement 13 ans. Une victoire symbolique pour cette actrice, qui a souffert de son enfance auprès d'un père tyrannique et abusif, Klaus Kinski.

Son carré blond et sa robe en angora fuchsia l'ont à jamais fait entrer dans la légende du cinéma. Nastassja Kinski est devenue une véritable icône en incarnant avec une intensité rare et une douceur presque irréelle l'hypnotique Jane de Paris, Texas, chef-d'œuvre de Wim Wenders qui a décroché la prestigieuse Palme d'or à Cannes en 1984.

Nastassja Kinski dans Paris Texas.
20th Century Fox / Getty Images

L'actrice allemande au regard bleu azur n'a que 23 ans mais déjà toute une carrière derrière elle avec plusieurs films à son actif dont Tess de Roman Polanski ou encore La Féline de Paul Schrader. Elle a fait ses premiers pas devant la caméra sous la direction de Wim Wenders dix ans plus tôt, en 1975, dans Faux Mouvement. Le long-métrage refait l'actualité aujourd'hui à cause d'une scène où Nastassja, alors adolescente, apparaît allongée sur un lit, les seins nus, uniquement vêtue d'une culotte rose d'enfant.

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L'acteur Rüdiger Vogler, âgé d'une trentaine d'années, s'allonge sur elle, la gifle puis lui caresse le visage. Lui aussi est en sous-vêtements. À l'époque, cette scène profondément problématique ne choque personne. Mais la jeune Nastassja sent bien que tout ça n'est en aucun cas «normal», s'est-elle récemment souvenue dans une interview accordée au quotidien allemand Süddeutsche Zeitung . L'Allemande s'est battue pendant près de dix ans — depuis 2017 — pour que ce passage de seulement quelques minutes, «traumatisant» et «inapproprié», soit supprimé du film. Silencieuse pendant des années, elle a eu un déclic grâce au mouvement #MeToo, qui a d'abord libéré la parole des actrices puis, plus largement, celle de nombreuses femmes à travers le monde. Mais elle s'est heurtée à de multiples refus de Wim Wenders.

Face à l'ampleur de la polémique relancée par les prises de paroles de Nastassja Kinski, le réalisateur a finalement plié, ce jeudi 4 juin 2026. «Je constate aujourd'hui qu'elle aurait dû être mieux protégée», a-t-il concédé dans un communiqué annonçant l'arrêt de la diffusion du film. Cette victoire résonne particulièrement fort dans la trajectoire de Nastassja Kinski, confrontée dès son plus jeune âge à la misogynie et aux violences masculines. Une partie de son histoire représente à elle seule toutes les dérives d'une époque.

«Mon père était un tyran»

Pouvait-elle échapper à ce destin, elle, la fille de Klaus Kinski, acteur allemand entré dans l'histoire pour son génie mais aussi pour sa violence extrême et ses comportements abusifs ? «C'était un tyran. Je peux à peine me souvenir que nous nous soyons assis ensemble à la même table», confie-t-elle en 2013 dans un entretien au journal dominical allemand Bild am Sonntag, quelques semaines après les révélations fracassantes de sa sœur aînée, Pola, qui accuse Klaus Kinski de l'avoir violée et agressée sexuellement de ses 5 ans à ses 19 ans.

Nastassja assure que son père a «toujours essayé» d'abuser d'elle aussi lorsqu'elle était enfant, dans les années 1960, lorsqu'ils vivaient à Rome. «Il m'a toujours trop touchée, il m'attirait tellement contre lui que je pensais que je n'allais pas pouvoir me dégager», se souvient-elle. «Quand il est mort (le 23 novembre 1991, NDLR), certaines personnes m'ont dit qu'elles étaient désolées. Moi, je ne l'étais pas», ajoute l'actrice, traumatisée par son enfance chaotique, marquée par la violence de son père, et l'impuissance de sa mère, Ruth Brigitte Tocki. «Tant qu'elle vivait avec mon père, elle n'avait pas le droit de travailler, elle n'avait pas le droit de sortir de l'appartement. Et moi non plus, d'ailleurs. Nous étions enfermées», raconte-t-elle en 2009 dans un entretien au magazine Elle . Dix ans plus tôt, elle expliquait à un journaliste du Guardian que sa mère était en fait «enfermée dans une cage dorée». Elle était entretenue, couverte de cadeaux, de bijoux et de diamants par Klaus Kinski, mais n'avait pas le droit d'exister par et pour elle-même.

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Au début des années 1970, le cinéaste rencontre une autre femme et quitte soudainement le domicile familial. Un soulagement pour la petite Nastassja qui se retrouve seule avec sa mère, d'abord à Rome, puis à Munich. Leur vie n'est pourtant plus aussi facile. Ruth Brigitte Tocki peine à joindre les deux bouts parce qu'elle ne travaille pas. Du haut de ses 8 ans, Nastassja commence à se sentir responsable de son bonheur parce qu'elle est «tout ce qui lui reste». Les rôles s'inversent. «Petite fille, j'étais la petite maman de ma maman», se souvient-elle dans les colonnes du Elle. Pour subvenir à leurs besoins, elle multiplie les magouilles et les petits larcins. Elle finit par se faire arrêter et passe quelques jours dans une prison pour mineurs. À sa sortie, l'ado rebelle, reine de la débrouille, n'est plus la même. Elle veut se reprendre en mains, s'offrir l'opportunité d'un avenir meilleur.

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Le chapitre Roman Polanski

En 1974, la chance lui sourit lorsque la femme de Wim Wenders, Donata — dont le réalisateur s'est séparé depuis — la repère en train de danser le rock, et parle d'elle à son époux, alors à la recherche d'une ado pour jouer le rôle de Mignon dans Faux Mouvement. «Tu devras demander l'accord de ma mère», lui répond Nastassja spontanément. Après le tournage, l'adolescente croise le chemin de Roman Polanski qui lui propose le rôle de Tess, initialement écrit pour sa femme, Sharon Tate, assassinée par des membres du culte de Charles Manson le 9 août 1969, à Los Angeles. Pour qu'elle perde son accent allemand, il exige qu'elle aille vivre en Angleterre quelques mois. «J'ai vécu dans la campagne anglaise puis je suis allée à Londres où étudié avec une coach du London National Theater, plusieurs mois avant le début du tournage, se souvient-elle auprès d'Arte, en 2012.  Il a ensuite voulu que je fasse des essais. Il était très sérieux».

Deux longues années de préparation plus tard, Nastassja est enfin prête. Elle crève l'écran dans le rôle de Tess, jeune paysanne anglaise du Dorcet innocente et vulnérable. Ses traits angéliques et sa beauté diaphane lui valent d'être comparée à Ingrid Bergman et Audrey Hepburn. Au-delà des compliments et des critiques dithyrambiques, cette expérience la change profondément. «Tess a été pour moi le moment du passage de l'adolescence à l'âge adulte», confie-t-elle. Grâce au long-métrage, elle devient aussi une figure respectée et reconnue du métier nommée aux César, et sacrée meilleur révélation féminine aux Golden Globes en 1981.

Nastassja Kinski à New York en 1980.
Images Press / Getty Images

En coulisses, Roman Polanski entretient une relation amoureuse avec Nastassja. Elle a 15 ans, lui 42. «Notre histoire ne choquait personne. C'était une relation consentie. Nous sommes restés des amis, on s'écrit, elle connaît Emmanuelle et mes enfants», se défendra le réalisateur dans une interview accordée à Paris Match  en 2019. Pour rappel, deux ans avant le tournage de Tess, en 1977, Polanski a plaidé coupable de détournement de mineure après avoir été accusé du viol de Samantha Geimer, âgée de 13 ans. Libéré sous caution après 42 jours en prison, il a ensuite fui les États-Unis pour s'exiler en France. Malgré l'affaire, Nastassja Kinski n'a jamais publiquement dénoncé les agissements du cinéaste, et a continué de l'encenser dans des interviews.

Natassja Kinski et Roman Polanski au Festival de Cannes, le 17 mai 1979.
Gilbert TOURTE / Gamma-Rapho via Getty Images

Roman Polanski échappe à son procès au civil dans une affaire datant de 1973

L'année de la sortie de Paris Texas — qui restera son plus grand succès — en 1984, l'actrice allemande donne naissance à son premier enfant, un petit garçon prénommé Aljosha, fruit de ses amours avec l'acteur Vincent Spano. Deux ans plus tard, elle accueille une fille, Sonja, avec un autre homme, son mari Ibrahim Moussa, dont elle divorcera en 1992. L'année suivante naît son autre fille, Kenya, issue de son union avec le producteur Quincy Jones. Elle ralentit naturellement le rythme des tournages pour élever sa progéniture, mais reste présente au cinéma, surtout dans des films indépendants distribués en Europe.

Natassja Kinski sur le tapis rouge de la Berlinale. (Berlin, le 15 février 2024.)
Isa Foltin / Getty Images

Propulsée sous le feu des projecteurs à un très jeune âge, Nastassja Kinski les a ensuite fuis, suivant son instinct d'artiste plutôt que la gloire et la reconnaissance. Enfant traumatisée par la violence de son père, adolescente hypersexualisée par les hommes, elle s'est battue pour conquérir son indépendance en montrant son talent. À 65 ans, sa victoire face à Wim Wenders sonne comme une revanche, celle d'une icône du cinéma, un temps malmenée, qui s'est enfin affranchie de l'emprise des hommes.