Lors d’une conférence de presse organisée ce lundi 15 juin à l'auditorium Marthe-Condat de l'Université de Toulouse, Denis Mukwege, gynécologue et militant des droits humains, prix Nobel de la paix 2018 pour ses travaux de réparation des corps des femmes ayant été mutilées en République démocratique du Congo, évoque pour La Dépêche du Midi les violences sexuelles comme arme de guerre en République démocratique du Congo (RDC) et dans les pays en conflit, la prise de conscience et le rôle essentiel des hommes, des institutions et du droit international. Odile Rauzy, présidente de l'Université de Toulouse, s'est aussi exprimée sur le partenariat qu'ils portent.Â
Le viol en temps de conflit est une stratégie de destruction massive visant à traumatiser durablement les populations civiles à travers le corps des femmes et des enfants. Le prix Nobel de la paix Denis Mukwege était à Toulouse ce lundi pour analyser les mécanismes de ce fléau et décrypter les enjeux du nouveau partenariat scientifique et médical signé avec l’université.
Pourquoi être venu ici, à l’Université de Toulouse ?
Odile Rauzy, présidente de l’université de Toulouse : Si Monsieur Mukwege est ici, c'est d'abord une reconnaissance d'un partenariat fort entre l'université et ses actions. L'université dispose d'une faculté de santé très engagée pour la lutte contre les discriminations et les violences sexuelles et sexistes.
DM :  Le parcours de l'université dans la lutte contre toutes les discriminations, tout particulièrement les violences sexistes et sexuelles, est remarquable. C'est un honneur pour moi d'être accueilli.
En quoi consiste ce partenariat entre vous et l'université ?
Odile Rauzy : Ce partenariat vise à croiser nos expériences et à enrichir nos savoirs sur la prise en charge des violences faites aux femmes, de façon interdisciplinaire. La possibilité de collaborer permet d'avancer dans l'accompagnement des victimes, que ce soit au niveau médical, psychologique, social, sociétal ou même juridique. On s'appuie sur nos expertises médicales, l'accompagnement psychologique, la dimension juridique et l'impact sociétal des violences puisqu'à Toulouse, nous disposons d'un certain nombre d'atouts à ces titres. Nous voulons créer ensemble une communauté engagée, qui puisse agir globalement, de la prévention au suivi post-traumatique contre ce fléau. Ce partenariat, c'est aussi pour la formation, la recherche et la sensibilisation, pour que cette question ne soit plus jamais taboue. L’idée est de pouvoir adhérer à la chaire que le docteur Mukwege porte.
DM : La chaire est créée par différentes universités qui m'ont donné le diplôme honorifique de docteur honoris causa 2026. Nous espérons que Toulouse pourra beaucoup apporter dans notre partenariat.
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Comment la société évolue-t-elle sur le sujet des violences sexuelles ? Sentez-vous un changement ?
DM : Oui. Il y a vingt ans, impossible même d'aborder ce sujet. J'essayais à l'époque d'utiliser des publications scientifiques pour créer un choc, sans vraiment provoquer l'engagement espéré autour de moi. Aujourd'hui, on en parle davantage. Mais la société peine encore à transférer la honte du côté du bourreau, pas de la victime. Trop souvent, la famille protège l'agresseur. La vraie prise de conscience viendra quand les victimes pourront parler sans crainte et que la honte changera de camp.
Quelle est la spécificité des violences sexuelles dans les conflits armés ?
DM : En situation de paix, les viols sont latents : on n'en parle pas ; dans le conflit, ils sont patents parce qu'il n'y a plus de règles. Les conséquences pour les victimes sont immenses : psychologiques, sociales, familiales. Il n'y a pas un seul conflit que nous connaissons où le viol ne va pas être utilisé comme une arme de guerre : en Ukraine, en Irak, au Kosovo, au Rwanda, au Soudan. Je dis toujours que les premiers à souffrir, ce sont les femmes et les enfants. Ce n'est pas seulement une honte pour la victime, c'est une honte pour nous tous.
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Le droit international doit-il accompagner ce combat ?
DM : Absolument, c'est indispensable. Les viols dans les conflits peuvent être des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité. Sans cadre juridique international fort, il n'y a pas de sanction, pas de prévention. Il faut continuer à soutenir ce droit, même si certains agissent contre, car c'est notre référence pour protéger les victimes et pénaliser les bourreaux.
La prise de conscience de ces violences doit-elle aussi venir des hommes ?
DM : Cela concerne aussi bien les femmes que les hommes. Ces derniers devraient s'engager parce que les victimes sont des femmes, et nous partageons la même humanité. Il faut que cela commence dans le berceau. Selon comment vous traitez votre garçon, vous plantez ce qu'il va devenir. Il faut une éducation pour faire comprendre aux garçons qu'une relation avec une femme n'est pas une relation de domination, mais une relation d'égalité. La dignité des filles souffre de cette société patriarcale qui veut les écraser.
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Vos croyances, en tant que pasteur, ont-elles guidé vos ambitions ?
DM : Il faut d'abord agir comme humain avant d'être pasteur ou enseignant. Nous partageons tous la même humanité. C'est l'être que je dois d'abord traiter.Â
Avez-vous constaté un recul des mutilations génitales féminines en RDC grâce à vos actions ?
DM : Traditionnellement, elles sont plus répandues en Afrique de l'Ouest. Lorsqu'il y a conflit en RDC, les hôpitaux se comportent comme un véritable baromètre de l'étendue des malades que nous soignons.




