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Controverses 2026 | Les agriculteurs face à la tourmente géopolitique mondiale : Etre bon techniquement ne suffit plus, il faut être gestionnaire dexploitation

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Tarifs à géométrie variable imposés par Donald Trump, paralysie du détroit d'Ormuz, guerre entre la Russie et l'Ukraine… Depuis plusieurs années les crises s'enchainent. Quel impact ces désordres mondiaux ont-ils concrètement sur les agriculteurs français ? « La multiplicité des aléas oblige d'aller au-delà de la technique, être bon techniquement ne suffit plus, il faut être gestionnaire d'exploitation. On doit connaitre son coût de production », rappelle Alessandra Kirsch, inspectrice adjointe au CGAAER. Elle intervient ce 16 juin lors d'une table ronde intitulée « dans la tourmente géopolitique mondiale, quelle place pour l'agriculture française et européenne » lors des controverses de l'agriculture et de l'alimentation 2026 organisées par le groupe Réussir-Agra. 

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« Quand, avec la hausse du prix des engrais, on se demande, en France, s'il faut semer ou pas, les agriculteurs roumains, eux, ne se posent pas la question car ils ont un niveau de charges fixes bas », explique la co-auteure d'un rapport très commenté sur la compétitivité des exploitations françaises en comparaison avec leurs concurrentes européennes, paru cet hiver. « En France, les exploitations céréalières sont très bonnes techniquement mais très vulnérables aux évolutions des prix », illustre-t-elle.

Ce qui nous inquiète ce sont ces changements de cap permanents, une remise en cause perpétuelle de nos décisions 

« Ce qui nous inquiète ce sont ces changements de cap permanents, qui engendrent une remise en cause perpétuelle de nos décisions », témoigne pour sa part Yohann Barbe, éleveur laitier dans les Vosges et président de la fédération nationale des producteurs de lait (FNPL). 

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Faut-il remettre en question l'ouverture internationale ?

Face à cette situation, comment doivent évoluer les politiques agricoles ? « Nous sommes entrés dans une ère de crise permanente. Face aux facteurs géopolitiques et aléas climatiques, les agriculteurs sont dans une difficulté croissante à prévoir. Il faut penser nos politiques agricoles en fonction de cette boussole. On peut essayer de prévenir l'aléa (avec des observatoires de volumes de production et de la régulation) ou on doit réduire nos vulnérabilités », estime Aurélie Catallo, qui dirige le volet France du programme « politiques agricoles et alimentaires » à l'Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri). Selon elle, « le système français et européen est trop dépendant d'intrants techniques et de l'exportation ». 

Le système français et européen est trop dépendant d'intrants techniques et de l'exportation

 « On a besoin d'échanges internationaux. La fierté de la France c'est d'exporter, on en a besoin pour valoriser l'ensemble de nos laits », affirme pour sa part Yohann Barbe, reconnaissant toutefois qu'il « faut faire attention aux produits qu'on importe ». A ce propos, il regrette la perte de poids de la France sur les négociations internationales. Sur le sujet de la compétitivité, « on a fait le choix de fermes familiales mais aujourd'hui on a un vrai sujet de taille avec nos voisins. On n'a pas la taille suffisante pour s'autoassurer sur nos exploitations », poursuit-il, rappelant que la France a aussi fait le choix d'encadrer ses volumes laitiers à la différence de l'Allemagne par exemple. « Il va falloir qu'on accepte que la Ferme France augmente », poursuit-il. « Mais quand je vois qu'un distributeur qui prône l'achat local tous les jours bloque la construction d'un poulailler de 9000 poules, je trouve ça inadmissible », en profite pour lâcher l'éleveur. 

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Quels gains de compétitivité possibles ?

Pour Alessandra Kirsch des gains de compétitivité sont pour autant encore possibles dans la filière laitière française. « La France produit moins de lait par vache que ses voisins du fait notamment d'un nombre trop élevé de génisses de remplacement. On peut améliorer la capacité d'ingestion et l'intervalle entre les vêlages », exprime-t-elle.

La France produit moins de lait par vache que ses voisins du fait notamment d'un nombre trop élevé de génisses de remplacement

Pour Yohann Barbe, l'innovation est aussi « forcément la clé de la productivité ». « En France, vue la taille des exploitations, on doit créer du revenu à l'hectare et par l'innovation », souligne-t-il portant ainsi l'idée de principe d'innovation introduite dans le dernier rapport d'orientation de la FNSEA. Or, selon lui, les industriels laitiers français sont en retard sur l'innovation. « Il va falloir une dose rapide d'innovation pour rattraper nos voisins », lance-t-il. 

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La compétitivité est-elle compatible avec la transition agroécologique ?

Mais cette quête de compétitivité est-elle compatible avec l'enjeu environnemental ? « Ce qui pose question ce n'est pas la compatibilité de la production agronomique avec l'environnement, c'est la compatibilité entre une stratégie de maximation de la production et l'écologie. On a demandé beaucoup d'efforts aux agriculteurs pour baisser les pesticides mais on n'a pas demandé aux autres acteurs de faire des efforts », argumente Aurélie Catallo. Selon elle, industriels et distributeurs n'ont pas assez accompagné le changement de mix produits qu'engendre la modification des pratiques chez les agriculteurs. Pour organiser tout ça, « il nous faut un grand chef d'orchestre », ajoute-t-elle.

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Selon elle, la « compatibilité entre agroécologie et pur libre-échange » n'est par ailleurs « pas possible ». Elle appelle à la réciprocité des normes « avec les pays-tiers » mais aussi « avant tout à l'échelle du marché européen », sur lequel « ça fait dix ans qu'on est déficitaires ». « On entend beaucoup parler de surtransposition en France, mais plutôt que de baisser nos normes, on a besoin de plus d'harmonisation », affirme-t-elle.

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Comment la PAC peut-elle faire avancer les choses ?

Justement faut-il faire évoluer la PAC vers plus de règles environnementales ? « La PAC a évolué dans le bon sens mais on a du mal à le faire savoir. On a écoconditionnalisé une bonne partie des aides PAC depuis 2023 alors que le budget baisse en euros constants, le risque c'est d'avoir des cas de renonciations aux aides PAC », avertit Alessandra Kirsch. « Sur l'environnement, il faut reconnaître ce qui est déjà fait. La bio ne créera de la valeur que s'il y a du conventionnel à côté. Une exploitation 100% en herbe ne peut pas s'améliorer. On doit reconnaitre les pratiques actuelles des agriculteurs », complète Yohann Barbe, sous les applaudissements de la salle.

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