En comparaison pendant, toute l'année 2024, 993 exécutions avaient été recensées. En 2025 déjà , le chiffre des exécutions avait doublé pour atteindre 2 167 pendaisons (CSDHI). Par conséquent, l'année 2026 pourrait être la pire depuis 1988, où 30 000 prisonniers politiques ont été exécutés en Iran en quelques mois (chiffres de l’opposition iranienne, Ndlr). Toutes ces exécutions ne sont pas des politiques mais sont utilisées à des fins politiques.
Ce qui est nouveau, c'est l'ampleur des exécutions des opposants politiques. Depuis le début de l'année iranienne, le 19 mars dernier, au moins 40 personnes ont été exécutées pour des motifs politiques (La Nouvelle Tribune).
Les autorités ont multiplié depuis le début de l'année les déclarations en faveur du durcissement de la répression. Le mollah Gholamhossein Mohseni Ejei (le chef du pouvoir judiciaire, ndlr) a insisté devant les magistrats sur la nécessité d'une “vitesse extrême” pour les poursuites contre les “fantassins et complices de l'ennemi agresseur”. “Nous ne ferons certainement preuve d'aucune négligence ni clémence dans la poursuite et la punition” a-t-il dit. “Vous devez accélérer l'émission des sentences d'exécution et de confiscation de biens.” (Iran Human rights monitor)
Que disent vos contacts sur les objectifs du régime dans cette vague de répression : s'agit-il d'une réponse à une contestation sociale persistante ? En quoi est-elle liée au contexte régional ?
Il est évident que ces exécutions récentes servent à terroriser toute la société, à tenter d'étouffer les mouvements populaires. Mais ils cachent une réalité qui échappe souvent dans ces cas d'extrême cruauté : le pouvoir en place se sent extrêmement fragile et en danger, et accélère ce processus. On sent même une certaine panique. Le pouvoir en place sait qu'il fait face à une société profondément épuisée économiquement, mais toujours révoltée politiquement et animée par une aspiration profonde à la liberté et aux droits fondamentaux.
Parmi les prisonniers récemment pendus, huit appartenaient à l'Organisation des Moudjahidine du peuple d'Iran (parti d’opposition, Ndlr), trois à des groupes kurdes, deux à des groupes baloutches, tandis que dix-huit étaient des manifestants ayant participé aux soulèvements populaires de janvier. Trois générations figurent parmi ces pendaisons, depuis les adolescents jusqu’à des hommes de 70 ans, mais la plupart sont très jeunes. Le régime démontre que ce qu'il craint le plus c'est bien une forme de résistance organisée dans le pays. Aujourd'hui, la principale menace pour la survie du régime reste le peuple iranien et cette résistance interne qu'il faudrait commencer à prendre en considération, en France ou ailleurs. Le régime veut absolument retarder le prochain soulèvement, qui peut lui être fatal.
Le régime des mollahs, par sa nature même, utilise les crises régionales et internationales comme prétexte pour renforcer la répression intérieure. Mais les annonces du régime d’un côté, et les actions de résistance de l’autre, se multiplient dans l'ensemble du pays sans aucun lien avec la guerre ou le conflit étranger. Le peuple iranien n'a pas attendu une guerre ou une intervention étrangère pour résister à ce régime. La fin du conflit régional ne mettra pas fin non plus à cette bataille principale, entre le peuple et ses bourreaux, aussi cruels soient-ils.
Au début de la guerre en Iran, certains observateurs semblaient penser que la fin du régime des mollahs était proche. Quels sont aujourd’hui l’opinion et les espoirs dominants dans la population ?
La fin du régime est certainement proche parce que le peuple iranien ne veut plus supporter un régime qui massacre sa population, l'environnement, l'économie et les richesses du pays, mais pas en raison de la guerre avec les États-Unis. Sur ce point, certains observateurs se sont sérieusement trompés. Cette illusion a notamment été nourrie par les nostalgiques de la dictature passée (celle du Chah d’Iran, dernier monarque de la dynastie Pahlavi, Ndlr), très déconnectés de la réalité intérieure de l'Iran.
Aujourd'hui, après plus de cent jours de guerre, ni l'escalade militaire ni les négociations permanentes avec le régime n'ont permis d'apporter la liberté aux citoyens. Une grande partie de la population comprend désormais que le changement devra venir avant tout du peuple iranien lui-même. C’est la voie défendue par le Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI). Même en cas de signature d'un cessez-le-feu avec les États-Unis, cela ne sauvera pas le régime. Un accord ne sera pas durable, tant que ce régime est en place.
Mais ce changement ne pourra pas reposer uniquement sur des explosions spontanées de colère populaire. Il nécessitera également une résistance organisée, structurée et implantée sur le terrain, capable de coordonner les mobilisations et de faire face à l'appareil répressif du régime.
Malgré la répression, des formes de résistance continuent d'exister dans la société iranienne. Quels sont aujourd'hui les principaux acteurs de cette mobilisation ? Cela implique-t-il Reza Pahlavi, le fils du dernier Chah ?
Plusieurs forces opposées à la dictature religieuse jouent aujourd'hui un rôle important, notamment les unités de résistance liées à l'Organisation des Moudjahidine du peuple d'Iran, mais aussi différentes composantes de la société iranienne, parmi lesquelles des mouvements kurdes, baloutches, des étudiants, des femmes, des travailleurs, des enseignants et de nombreux jeunes engagés dans les soulèvements populaires. Depuis des années, ces forces maintiennent vivante la contestation malgré les arrestations, la torture et les exécutions. Leur objectif commun reste l'établissement d'un Iran libre, démocratique et débarrassé de toute forme de dictature, qu'elle soit religieuse ou monarchique.
Le soulèvement a certes été étouffé provisoirement par la barbarie des mollahs et des gardiens de la révolution, mais les causes de ces soulèvements successives qui ébranlent le pays depuis 2017 n'ont pas été écartées. L'inflation, le chômage, la corruption du pouvoir, les pressions sociales et politiques, la répression et l'injustice atteignent des niveaux hors du commun. Le peuple a compris qu'il ne peut compter que sur lui-même pour renverser le régime.
Reza Pahlavi n'a jamais fait partie d'une solution crédible pour l'Iran. Au début de la guerre, certains à l'étranger liés à l'ancienne monarchie et le fils du Chah déchu, des nostalgiques du passé qui n'ont plus d'ancrage en Iran, ont tenté de faire croire qu'une intervention étrangère ou une escalade militaire pourraient constituer une solution pour débarrasser l'Iran du régime théocratique des mollahs. Mais ceci n'a jamais été une option pour les Iraniens.
Les aspirations des Iraniens et des Iraniennes se résument dans l'instauration d'une république pluraliste et laïque respectueuse des minorités religieuses et ethniques. Le slogan “Ni Chah, ni mollahs” résume d'ailleurs une réalité importante : la majorité de la population iranienne refuse à la fois la dictature religieuse actuelle et le retour à l'ancien système monarchique.
Y a-t-il des figures emblématiques qui entraînent la résistance iranienne ?
La résistance menée en Iran se manifeste notamment par celle des prisonniers politiques et d'opinion. J'aimerais citer quelques noms pour montrer l'état d'esprit du peuple iranien.
Vahid Bani-Amerian, prisonnier politique de 33 ans, ingénieur électricien et membre des unités de résistance de l'OMPI, exécuté en avril 2026. À ses juges qui lui demandaient sa dernière défense, il a répondu : “Est-ce moi qui dois me défendre ou vous ? C'est vous qui devrez répondre de vos crimes devant le peuple iranien. Je ne défends pas ma vie ; je défends mon peuple opprimé. Pour la liberté de l'Iran, je ne marchanderais pas ma vie avec vous.”
Autre symbole de cette jeunesse qui résiste : Ali Younessi, brillant étudiant de l'université Sharif de Téhéran et médaillé d'or aux Olympiades internationales d'astronomie. Arrêté en 2020 pour appartenance à l'OMPI, il a été condamné à 16 ans de prison. Lui et son compagnon de détention, Amir Hossein Moradi, ont récemment refusé la grâce proposée par le régime pour protester contre les exécutions de prisonniers politiques.
Mais la résistance est surtout vivante par la résilience des femmes.
Le cas de Zahra Tabari en est une illustration : Âgée de 68 ans, ingénieure diplômée en Suède, elle a été arrêtée à Rasht en avril 2025. Elle a refusé de se plier et sa condamnation à mort vient d'être confirmée après qu'elle eut notamment écrit sur un tissu les mots : “Femme, Résistance, Liberté”.
On cite aussi, évidemment, Maryam Radjavi, la présidente élue du CNRI. Elle est une figure emblématique, à l’instar de celle du général de Gaulle dans la France sous l'occupation. Elle a annoncé la formation d'un gouvernement provisoire de transition et sa feuille de route est une transition qui ne durera pas plus de six mois après le renversement du régime, pour que des élections libres permettent le transfert du pouvoir à la souveraineté du peuple iranien.
Quelles mesures concrètes la France, l'Union européenne et les organisations internationales devraient-elles prendre dès maintenant pour soutenir le respect des droits de l'Homme en Iran ?
Depuis des années, la Résistance iranienne défend une troisième voie : ni guerre étrangère, ni politique de complaisance avec le régime. Les interventions militaires extérieures ont toujours eu pour conséquence d'aggraver les souffrances des populations civiles et de permettre aux régimes autoritaires de renforcer leur répression intérieure au nom de la sécurité nationale. La complaisance diplomatique menée depuis des décennies a également échoué. Elle a permis au régime de poursuivre les exécutions, la répression et sa politique régionale sans véritable conséquence.
Face à cette situation, la communauté internationale ne peut plus se contenter de déclarations symboliques. La France, l'Union européenne et les organisations internationales doivent agir concrètement.
Aujourd'hui, la France, l'Union européenne et les organisations internationales doivent adopter des mesures concrètes et immédiates : conditionner toute relation diplomatique ou économique au respect des droits humains, exiger l'arrêt des exécutions et la libération des prisonniers politiques, soutenir l'ouverture des prisons iraniennes aux mécanismes internationaux d'enquête, inscrire les responsables des exécutions et de la répression sur des listes de sanctions ciblées, et reconnaître publiquement le droit du peuple iranien à résister contre la dictature et sa force répressive qui sont les gardiens de la révolution. Il est également essentiel de soutenir l'accès libre à Internet et aux moyens de communication pour empêcher le régime d'isoler la population lors des soulèvements populaires.
Le pas doit être enfin franchi et reconnaître, sur le plan diplomatique, la Résistance iranienne.
Quel est l’enjeu de la mobilisation qui se tiendra à Paris le samedi 20 juin ? Quels acteurs politiques seront présents ?
La mobilisation du 20 juin à Paris porte précisément cet enjeu : briser le silence sur les exécutions de la fine fleur de la société iranienne dans les prisons, faire entendre la voix du peuple iranien et rappeler qu'il existe une alternative démocratique à la fois à la dictature religieuse et au retour de l'autoritarisme monarchique. Pour empêcher que les exécutions et la répression en Iran tombent dans l'indifférence internationale.
Elle sera l'occasion de porter la voix des prisonniers politiques, des familles des victimes et de tous ceux qui refusent de renoncer à la liberté.
Cette manifestation s'inscrit aussi dans une mémoire historique. Le 20 juin 1981 marque le début d'une répression massive contre les opposants politiques en Iran après une manifestation pacifique réprimée dans le sang. Cette date marque le début de la résistance organisée à cette théocratie (CNRI)
Des centaines d'associations et de défenseurs des droits humains venus de toute l'Europe participeront à cette mobilisation. Plus de 100 000 manifestants sont attendus à Paris pour dire non aux exécutions, non à la dictature religieuse et non au retour d'un régime autoritaire monarchique. 78 prix Nobel et 24 champions olympiques qui ont dénoncé ces exécutions ont appuyé ce rassemblement.
Des personnalités politiques, des élus, des juristes, des responsables associatifs ainsi que des représentants de la Résistance iranienne seront également présents pour dénoncer les exécutions, défendre les droits humains et soutenir le droit du peuple iranien à choisir librement son avenir. Une centaine de parlementaires, de figures politiques et de défenseurs des droits humains à l'échelle internationale seront également présents à cet évènement. Le message est simple : le peuple iranien doit pouvoir choisir librement et démocratiquement son avenir.
Dans un moment où les crises internationales saturent l'attention du monde, il est essentiel de rappeler qu'en Iran, derrière les tensions géopolitiques, il y a surtout un peuple qui lutte pour les droits humains, pour sa dignité, sa liberté et sa démocratie.




