La Fête de la musique, longtemps méconnue hors de l’Hexagone, est devenue un rendez-vous incontournable de nombreux visiteurs européens. Porté par les vidéos festives qui circulent chaque année sur les réseaux sociaux, l’événement festif attire désormais des milliers de touristes à Paris, notamment venus du Royaume-Uni pour vivre une nuit de concerts et de fête dans les rues de la capitale. Des Britanniques racontent à BFM pourquoi ils ont tenu à faire le déplacement… Au risque d’agacer quelques participants français.
Des milliers de concerts gratuits dans les rues, une nuit entière de fête et une capitale à seulement deux heures de train: il n’en fallait pas plus pour convaincre des Britanniques de traverser la Manche ce week-end. Cette année, plusieurs milliers de visiteurs venus de toute l’Europe, et particulièrement du Royaume-Uni, sont attendus dans la capitale à l’occasion de la Fête de la musique, qui aura lieu le soir du dimanche 21 juin.
Popularisée à l'étranger par les images festives qui circulent chaque année sur TikTok ou Instagram, la Fête de la musique attire désormais des milliers de visiteurs européens, notamment venus du Royaume-Uni. Ces derniers jours, les Eurostar reliant Londres à Paris affichent complet. Selon nos informations, l'opérateur avait enregistré une hausse de 21% du nombre de passagers vendredi 19 juin par rapport à un vendredi habituel de juin.
Les voyageurs ont également davantage anticipé leurs déplacements, avec des réservations effectuées plus de deux mois à l'avance en hausse de 60% par rapport à un vendredi classique. Au total, le trafic entre Londres et Paris progresse de 22% par rapport à 2024, selon l'opérateur des trains à grande vitesse sous la Manche.
“Les gens savent s’amuser, prendre du bon temps”
Yasmine Pirez fait partie de ceux qui s'y sont pris tôt: cette jeune Anglaise, qui se rend à la Fête de la musique pour la deuxième année consécutive, a acheté ses billets il y a déjà trois mois. Mercredi, la Londonienne de 22 ans a embarqué dans l’Eurostar avec une dizaine d'amis pour un long week-end de fête en plein cÅ“ur de Paris. Dimanche, elle compte notamment les emmener du côté de Châtelet-Les Halles, où des artistes se succéderont de l'après-midi jusqu'en fin de soirée.
“J’ai convaincu plein de nouvelles personnes de venir avec moi cette année”, raconte la jeune femme, créatrice de contenus qui dit avoir découvert l’événement par hasard il y a deux ans en scrollant sur TikTok. “Quand j'ai vu les vidéos, j'ai adoré la vibe: le soleil, la foule qui danse, la musique, toutes ces belles personnes. Je me suis dit que ça avait l’air trop marrant, le fait que tout se déroule en extérieur, dans les rues et j'ai eu envie de venir. C’est toute une ambiance, c’est ça qui attire tout le monde!”
La jeune femme, influenceuse outre-Manche, raconte avoir passé l'une des meilleures soirées de sa vie à la Fête de la musique l'an dernier. “J’ai adoré l'an dernier, vous savez. À côté, Londres paraît ennuyeux à mourir. Je me suis tellement amusée”, se rappelle-t-elle. “J’ai dansé dans les restaurants, j’ai rencontré de super personnes venues des États-Unis, de Suisse, d’autres Britanniques. C'est inoubliable!”. “En France c’est juste good vibe, les gens savent danser, s’amuser, prendre du bon temps, il fait beau, tout le monde est heureux…”
“C’est devenu un événement incontournable pour nous au Royaume-Uni. Sur les réseaux, tout le monde ne parle que de ça et dans l’Eurostar, on a sympathisé avec plein d'autres Britanniques qui venaient uniquement pour ça”, ajoute-t-elle.
Des fêtes de quartier qui attirent désormais à l'international
Joseph Cole, Londonien de 21 ans, est l'un de ces Anglais qui a découvert la Fête de la musique sur TikTok et Instagram, et qui veulent réitérer l'expérience, après une édition 2025 réussie. “La première fois que j'ai vu l'ambiance qu'il y avait sur ces vidéos, j'ai dit ‘je veux y être!', ‘je dois absolument aller là -bas!', ‘faire la fête avec les Français'”, plaisante le jeune homme, qui n'a pas été déçu du voyage.
“La nourriture était folle, les gens qui se rassemblent autour de la musique, c'était beau à voir”.
C'est la raison pour laquelle, cette année, cet étudiant en comptabilité a lui aussi réussi à convaincre sept amis, le double de l'année dernière, de se joindre à lui. Dès le mois de janvier, les huit jeunes hommes ont pris leurs billets de train et loué un Airbnb pour cinq jours au cœur de Paris pour l'occasion, de façon à pouvoir faire un peu de tourisme.
Shad Tiago, lui aussi, vient à Paris pour la “Fête”, comme l'appellent les Anglais, pour la deuxième fois de suite. Le jeune Anglais espère bien voir les artistes Vegedream, Mimii KDS, Ronisia ou encore Tiakola performer. “L'an dernier j'ai été étonné par la forme de l'événement”, raconte ce créateur de contenus sur TikTok. “J'ai eu l'impression de comprendre ce que cette fête voulait dire pour vous Français, d'avoir été complètement embrassé par la culture française”.
Des étoiles encore plein les yeux, Shad et ses amis se souviennent avoir déambulé toute la soirée dans différents quartiers de Paris pour assister à des concerts de tous types de musique, d'avoir “dansé”, et “sociabilisé pendant des heures avec des locaux et d'autres voyageurs”.
“On a été agréablement surpris, et surtout j'ai été choqué de voir une ville si vibrante, si animée. Et, honnêtement, le mieux dans tout ça, c'est que tout ça est gratuit! J'adore comment vous Français faites en sorte de rendre les choses accessibles à tout le monde, ça crée une énergie exceptionnelle où tout le monde est inclus, peu importe son origine, son passé, sa religion, ses goûts”, déroule-t-il encore.
“Restez à Londres”
Le rayonnement international de la Fête de la musique suscite aussi des réserves. Ces dernières semaines, plusieurs Français ont fait part de leur crainte de voir l'événement s'éloigner de son esprit originel. C'est le cas de Leila Frenet, influenceuse française de 28 ans installée à Londres depuis trois ans, qui redoute que les Britanniques n'y importent “leur culture de la consommation avec des soirées payantes, alors que la Fête de la musique n'a pas été conçue pour ça”.
Une évolution qu'elle rejette fermement: “Restez à Londres si c'est pour faire ça”.
La Fête de la musique, créée en 1982, est devenue l’un des rendez-vous culturels les plus populaires en France. Chaque année lors du solstice d'été, amateurs et professionnels investissent les rues, les places et les parcs de tout le pays pour des concerts gratuits et ouverts à tous. Cette année, “on s’attend à une Fête de la musique qui ressemble en volume à ce qui s’est passé l’année dernière”, prévoit Pierre Rabadan, l’adjoint à la Vie nocturne de la ville de Paris auprès de l'AFP, avec “à peu près entre +3% et +4%” de réservations.
Mais les autorités n'avaient pas vu venir l‘intérêt des jeunes Anglais et même plus largement des Européens dès 2025, admet à l’agence de presse Lamia El Aaraje, première adjointe au maire de Paris chargée entre autres de la sécurité. Car les Britanniques ne sont pas les seuls à se laisser séduire par les festivité de rue à la française: de nombreux jeunes Allemands, Belges, Néerlandais, Américains et même quelques Australiens prévoient de faire le déplacement à Paris cette année.
C'est le cas de Jimmy, 25 ans, data analyste à Amsterdam. Jeudi, il a pris la route en voiture depuis la capitale néerlandaise avec un ami pour rejoindre Paris et vivre pour la première fois la Fête de la musique.
Lorsqu'on interroge le jeune Shad sur les raisons du succès de la fête de la musique auprès des jeunes Britanniques de sa génération, il répond lui aussi du tac au tac: “les réseaux sociaux”. “Tout le monde aime la musique”, poursuit le jeune Anglais. “Au Royaume-Uni à part le carnaval de Notting Hill (un carnaval populaire qui a lieu chaque dernier week-end d'août à Londres) on n’a pas d'événement comparable, et c'est l'occasion pour beaucoup d'entre nous de venir visiter Paris, qui n'est pas trop loin”.
Tout comme Shad, le groupe d'amis de Joseph n'a pas prévu de programme en particulier: “on va suivre le flow pour être honnête, on verra bien où le vent nous mène”. Il espère simplement survivre à la vague de chaleur qui risque de s'abattre sur Paris et le reste de la France ce week-end, avec des températures pouvant monter jusqu'à 40°C attendues localement ce week-end.
“La vague de chaleur ici c'est fou, ça ne rigole vraiment pas! On était choqués en descendant du train, ici c'est incomparable à la chaleur chez nous”, s'étonne déjà Joseph, contacté vendredi, comme Yasmine qui prévoit de ne pas quitter sa gourde et son petit ventilateur électrique avec elle lors de la soirée. “Ça me fait très peur, mais j'ai déjà choisi ma tenue et je peux vous dire que je prévois de ne pas porter trop de vêtements!”, ajoute-t-elle en riant.
À cause de l'épisode de canicule, cette édition 2026 est marquée par des restrictions inédites, dont l’interdiction de la consommation d’alcool dans les départements placés en vigilance rouge.
À Brive-la-Gaillarde, Alfortville, Saint-Savinien, Le Teich, Ecommoy ou encore Souilly, les municipalités ont préféré annuler l'événement par précaution. Dans d'autres villes telles qu'Angers, les festivités sont modifiées ou adaptées pour tenir compte des conditions météo, en privilégiant les concerts dans des endroits munis d'arbres ou ombragés par exemple.
À Paris toutefois, les autorités ont écarté toute annulation de dernière minute. Selon le maire Emmanuel Grégoire, “de nombreux frais ont été engagés par des acteurs associatifs et nous aurons beaucoup de visiteurs étrangers, notamment anglo-saxons, si j'en crois les indicateurs, comme l'année dernière”.





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