Keir Starmer a démissionné, ouvrant la voie à Andy Burnham, maire de Manchester, pour devenir le 7e Premier ministre britannique depuis le Brexit. Invitée de l’émission Tout un monde mardi, Pauline Schnapper, professeure à l’Université Paris III, analyse les orientations du futur chef du gouvernement.
Le processus de sélection du nouveau Premier ministre, entièrement interne au Parti travailliste qui détient la majorité parlementaire, se terminera au plus tôt le 17 juillet. A cette date, Andy Burnham devrait devenir le septième Premier ministre du Royaume-Uni depuis le Brexit il y a dix ans.
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Interrogée mardi sur le positionnement politique d’Andy Burnham, Pauline Schnapper précise qu’il est “un petit peu plus à gauche que Keir Starmer, qui incarne le centre droit du parti”. Mais l’experte nuance immédiatement: “On a affaire dans les deux cas à des gens plutôt centristes, par opposition à l’aile gauche que représentait Jeremy Corbyn il y a quelques années”.
Une position ambiguë sur l’Europe
Sur la politique étrangère, Andy Burnham a très peu communiqué. “La seule chose dont il a parlé, c’est de l’Europe. Et pour dire des choses un peu contradictoires au fil du temps”, souligne la professeure de civilisation britannique. Il y a quelque temps, le maire de Manchester se présentait comme plus pro-européen que Keir Starmer, envisageant même un retour dans l’Union européenne à terme.
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Mais “comme beaucoup d’hommes politiques britanniques, plus il s’est rapproché du pouvoir et plus il a été prudent sur la question européenne”, observe l’experte. Pendant la campagne électorale partielle où il a été élu dans la banlieue de Manchester, Andy Burnham “s’est bien gardé de s’engager dans quoi que ce soit de plus radical que Keir Starmer”, rappelle-t-elle.
Quant aux Etats-Unis, “il n’en a pas dit un mot”, note Pauline Schnapper, qui anticipe néanmoins “une grande continuité sur cet aspect de la politique étrangère.
L’étau américain et le pragmatisme nécessaire
Sur les relations avec Washington, les dirigeants britanniques sont confrontés à un dilemme. “D’un côté ils constatent comme tout le monde l’imprévisibilité et souvent l’agressivité de Trump à leur égard. Mais en même temps, les Britanniques, encore plus peut-être que les Européens du continent, sont dépendants des Etats-Unis, notamment en matière de sécurité et de défense”, explique Pauline Schnapper.
Il existe donc “une ligne de crête extrêmement délicate à tenir” entre ne pas déclencher l’hostilité de Trump et réfléchir à une plus grande autonomie vis-à -vis des Etats-Unis, elle-même limitée par les contraintes financières, notamment concernant l’augmentation des budgets de défense, ajoute-t-elle.
Continuité attendue sur l’Ukraine et Israël
Sur l’Ukraine, la continuité semble assurée. “La politique vis-à -vis de l’Ukraine et de la Russie fait l’objet d’un consensus très large dans la classe politique britannique depuis le 22 février 2022”, rappelle l’experte. “Il n’y a vraiment aucune différence entre les principaux Premiers ministres, il n’y a aucune raison d’imaginer qu’il en aille différemment sous Andy Burnham.”
Concernant Israël, Andy Burnham ne s’est “pas vraiment prononcé de façon très claire”. Pauline Schnapper note que certains au sein du Parti travailliste trouvaient Keir Starmer trop pro-israélien, mais ce sujet est “un peu moins” d’actualité aujourd’hui dans la politique britannique. “Là encore, je ne suis pas sûre qu’il y ait de grands changements”, estime-t-elle.
Une marge de manœuvre conditionnée au soutien parlementaire
Questionnée enfin sur la marge de manÅ“uvre du Premier ministre en matière de politique étrangère, Pauline Schnapper explique que “tant qu’il a le soutien d’une majorité de ses propres députés au Parlement, il a les coudées franches”. Elle rappelle que Keir Starmer avait justement perdu ce soutien au sein de son parti ces dernières semaines, le rendant “extrêmement vulnérable”.
“Tant qu’ils ont ce soutien parlementaire, il y a finalement assez peu de surveillance de la part du Parlement sur l’action de l’exécutif en matière de politique étrangère”, conclut l’experte.
Propos recueillis par Eric Guevara-Frey
Adaptation web: ther
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