Notre avis 4/5. D’Avril Tembouret et Vladimir Rodionov (France), avec Jean Rochefort, Anouk Aimée, Jacques Perrin. Documentaire. 1h11. Notre avis 4/5.
L’histoire Alexandre Trannoy. Le nom de ce réalisateur ne vous dit rien ? C’est normal : malgré 30 ans de projets et de tournages avec Jean Rochefort, Anouk Aimée ou Lino Ventura, Trannoy n’a jamais réussi à terminer le moindre film…
Notre avis C’est un destin fou, hors norme, que choisit de raconter Avril Tembouret. Pendant plusieurs années, le réalisateur s’est lancé dans un véritable chemin de croix digne du parcours chaotique de l’artiste dont il retrace le cheminement à l’écran. Car le méconnu Alexandre Trannoy est une véritable énigme. Peu ou pas d’images de lui, encore moins de ses films… Le seul qu’il aurait terminé aurait fini brûlé dans un accident de voiture, alors qu’il se dirigeait, en compagnie de Claude Lelouch, vers le festival de Cannes pour la projection.
Racontée comme une enquête, l’œuvre s’appuie sur les témoignages de ceux qui l’ont côtoyé de près : Claude Lelouch donc mais aussi le scénariste Jean-Claude Carrière, l’actrice Anouk Aimée et… Jean Rochefort. Ces derniers livrent plusieurs anecdotes face caméra sur cet illustre inconnu.
Au-delà de cette trajectoire, L’Œuvre invisible est avant tout un hommage vibrant à tous les rêveurs, aux créateurs maudits et à ceux qui vouent leur vie à une passion sans arriver à en vivre correctement. Il s’agit aussi, à travers ce portrait, de parler d’une époque révolue où les films se concevaient également avec de la débrouille, grâce à des producteurs qui osaient prendre des risques souvent inconsidérés, laissant une totale liberté aux créateurs et sans se soucier des répercussions économiques.
L’humour est aussi de rigueur. Entendre de la bouche de Rochefort – qui, rappelons-le, était aussi dans l’aventure maudite de Terry Gilliam autour de Don Quichotte – avoir commencé à tourner “par ego” dans un biopic sur Napoléon en sachant que Trannoy se faisait passer pour Stanley Kubrick, ou apprendre qu’Édouard Baer travaillait sur un biopic avec Modiano ne sont que quelques exemples croustillants. D’un bout à l’autre, la folie n’est jamais loin et le mystère reste entier, comme si le principal intéressé était un fantôme qui échappait toujours à Tembouret.
Les seuls indices, des prises de notes et des croquis faits à la va-vite, renforcent cette sensation… Sensation qui prend une ampleur supplémentaire – attention spoiler, ne lisez les lignes suivantes qu’à l’issue de la projection – si l’on a conscience que tout est faux. Oui… Car ce cinéaste invisible n’a jamais existé et tous les prestigieux témoins ont joué le jeu de ce faux documentaire. L’art de faire croire, de mélanger le mensonge et la vérité : en somme, la volonté, toute simple, de faire du cinéma jaillit donc au sein de cette entourloupe jubilatoire et culottée.





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