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Danseuse émérite au Conservatoire, Pauline Merjanoff a touché du doigt son rêve, avant de le voir se briser. Pourtant, son parcours de combattante l’a endurci. Jusqu’à livrer ses conseils et devenir préparatrice mentale, pour le Comité Départemental de Tennis du Gard.

La danse. Plus qu’un sport, pour Pauline Merjanoff, c’est une raison d’exister. “Depuis que je sais marcher, je voulais être danseuse. J’aimais la danse classique, les tutus et toute la féérie autour de la danse,” explique-t-elle, les yeux scintillants. Le rêve avait bien commencé. À 8 ans, cette passionnée pratique la danse en loisir “deux à trois fois par semaine,” jusqu’à ses 14 ans. Puis, sa passion prend de plus en plus de place dans sa vie. Jusqu’au déclic : “J’ai décidé de rentrer au Conservatoire. Je voulais être danseuse professionnelle, rentrer dans une compagnie,” se projetait-elle, sûre de sa destinée dans un milieu aussi exigeant que privilégié.

L’un de ses meilleurs souvenirs remonte à la surface : “Je dirais que c’est le dernier gala que j’ai fait avec ma professeure, avant de rentrer au Conservatoire. Elle m’a donné le premier rôle, celui de Coppélia. C’est l’histoire d’une poupée qui prend vie.” Pendant le ballet, elle se transcende. Enchaîner les chorégraphies, et les mouvements sur scène, lui procure de bonnes sensations : “Il y a une adrénaline qui monte. Il y avait de l’émotion au-dessus du geste. Je sentais tout,” confie-t-elle. Avant de révéler l’une de ses techniques réalisées, pour se mettre dans sa bulle, avant de s’élancer sur scène.

“Je cassais le caillou avec le bout de la pointe (se mettre sur la pointe des pieds, NDLR). C’était mon rituel.” À la maison, en plus des cours accumulés, Pauline Merjanoff continue de s’entraîner et de répéter les mêmes gestes : “Ma mère m’avait installé deux barres et un miroir,” se rappelle-t-elle. La danse occupe ses journées et ses pensées. Une pression psychologique commence à la toucher. Le rêve touché du doigt devient un désenchantement.

“Je travaillais beaucoup plus que les autres. Un entraîneur, qui connaissait ma tante, m’avait dit : ‘Toi, tu auras la médaille d’or.’ J’étais donc focalisée sur cette médaille. J’étais très exigeante avec moi-même.” Cette volonté de briller, et d’atteindre son objectif, la pousse à faire l’impasse parfois sur son alimentation : “Je mangeais une pomme verte. Car c’est un coupe-faim.” Jusqu’à l’effort de trop : “On s’entraînait beaucoup sur les pirouettes, je suis tombée dans les pommes. Je me suis tordu la cheville droite.” La tuile. Cependant, son esprit de compétition a gagné sur la raison, et lui a joué des tours : “Je ne me suis pas arrêtée, alors que ma cheville était bleue. J’avais très mal, mais je serrais les dents, car il fallait continuer. S’arrêter, c’était prendre le risque qu’une autre passe devant.”

Blessée, la danseuse, à fleur de peau, peut compter sur le soutien de sa famille. De sa mère, en particulier. Celle-ci décide de l’emmener voir un médecin spécialisé. Le verdict fait froid dans le dos : “J’avais une déchirure quasiment complète du talon d’Achille, un décollement du talon, 11 tendinites sur une seule cheville et huit sur l’autre.” La danseuse prometteuse est K.O debout. “On rentre à la maison avec ma mère. Je suis complètement sonnée. Mon médecin me dit, en gros, que je suis morte. Il se passe quelques jours. Je supplie ma mère de me laisser finir mes études au Conservatoire. Parce que je ne sais que danser.”

Après une phase dépressive, la normande d’origine, installée depuis à Gaujac, relève la tête et repart du bon pied : “J’ai mon professeur, pourtant sévère, qui est venu me chercher dans la cour du Conservatoire. Il m’a dit : ‘Demain tu viens en cours.’ Je lui ai dit que je ne pouvais pas, que j’avais mal. J’avais 17 ans, donc il y a un esprit de rébellion. Il insiste. C’est comme un mentor, il y a un respect très fort. Donc j’ai répondu : ‘D’accord je viens.’ Le professeur de danse va faire en sorte qu’elle se sente à l’aise : “Lors de la séance, Il m’a demandé de m’allonger. Tous les exercices étaient faits au sol,” explique-t-elle, en mimant le plié (technique qui consiste à plier les genoux, en gardant le talon au sol).

En juin 2005, cette femme de 39 ans décide de stopper sa carrière de danseuse. Un choix réfléchi, après être allée au bout d’elle-même : “J’ai dit au revoir à la scène. Je faisais beaucoup d’improvisations. J’ai dansé avec la liberté,” se souvient-elle, en décrivant son dernier gala, mémorable.

Que faire une fois le tutu et les chaussons retirés ? Pauline Merjanoff a voulu aider d’autres sportifs à franchir le pas et à se sentir bien, de la tête aux pieds. À ce jour, elle exerce comme préparatrice mentale. Ses conseils ont un but simple : “Éviter aux sportifs de se détruire sous la pression.” Référente au Comité du Gard en santé mentale, elle accompagne les champions de demain, pour que chacun gagne en confiance. Avec une volonté farouche : donnant des clés, pour mieux écouter et contrôler ses émotions.

En janvier 2025, pour que des danseuses comprennent son histoire, et son parcours de combattante, la danseuse a aiguisé sa plume. Son livre “Derrière le rideau,” elle livre ses victoires, ses combats, tout en abordant le mécanisme de la préparation mentale. En donnant sa vision et ses réflexions sur le stress, les émotions et la performance, elle souhaite que le corps et l’esprit ne fassent qu’un.

“Le plaisir passe avant la pression,” rappelle-t-elle, soucieuse de devenir un exemple et une source de motivation, pour les jeunes danseuses, et sportifs gardois en général.