Direction deux pays aujourd'hui, l'Estonie et le Luxembourg. Deux pays, mais un seul endroit. C'est possible dans ce qu'on appelle une ambassade numérique ou une ambassade de données.Â
Une ambassade de données, c'est une sorte de coffre-fort numérique réputé inviolable. Elle contient les données les plus sensibles d'un pays stockées dans des serveurs informatiques situés sur le territoire d'un autre pays. C'est ce que l'Estonie a mis en place quelque part au Luxembourg, le lieu exact est tenu secret. Le média américain en ligne Politico s'intéresse à ce phénomène. Dans l'ambassade numérique d'Estonie, on trouve par exemple les données des services publics du pays, l'état civil des citoyens, le cadastre, les registres de propriété foncière, les données du système de retraite et d'autres données dont on n'a évidemment pas connaissance, pour des raisons de sécurité. Â
Continuer à opérer
L'objectif, c’est de mettre les données à l'abri. À l'abri du sabotage, des cyberattaques. C'est déjà arrivé. En 2007, le parlement estonien avait été perturbé, de même que le système bancaire et des journaux. Ces cyberattaques s’étaient produites à la suite de désaccords avec la Russie sur des monuments datant de l'ère soviétique, c’est-à -dire avant l'indépendance estonienne. Le système est conçu de telle façon que les données ne peuvent être effacées à distance, même sous la menace d'une arme. L'objectif est aussi de pouvoir continuer à opérer de l'étranger, en cas d'invasion du voisin russe à laquelle s'attendent et se préparent les pays baltes. Militairement, mais donc aussi numériquement. Â
Un marché
C'est un phénomène qui se développe. Monaco a aussi ouvert une ambassade du même type au Luxembourg, mais également d'autres qui ne veulent pas trop en dire pour des raisons de sécurité. L'Ukraine y pense depuis l'invasion russe en 2022 et en discute avec plusieurs pays. Car c'est désormais un marché. Singapour cherche à ouvrir une infrastructure du même type en Inde, qui a annoncé cette année qu'elle travaille à l'installation d'une ambassade de ce genre aux Émirats arabes unis. L'Arabie saoudite a annoncé qu'elle souhaitait devenir un hub mondial d'ambassades numériques. Bahreïn a fait voter une loi pour que l'accès aux données stockées sur ses serveurs puisse être régi par le droit d'un pays étranger. Les événements dans le golfe pourraient relancer la réflexion.Â
Souveraineté
Cela soulève de nombreuses questions techniques, mais l’enjeu est largement politique et diplomatique. Pour l'instant, les moyens techniques sont essentiellement américains avec les géants du cloud que sont les Gafam, tels Amazon, Microsoft ou Google. Et la loi américaine spécifie que les données enregistrées sur des serveurs de sociétés américaines, même à l'étranger, doivent être accessibles au gouvernement américain. C’est donc un enjeu de souveraineté. Et c'est pour cela que l'Europe travaille à un plan de souveraineté numérique. Il s'agit de rattraper l'énorme retard européen sur les semi-conducteurs, l’intelligence artificielle ou les outils logiciels. Aux dernières nouvelles, ce plan doit être présenté le 3 juin, mais il a déjà été repoussé trois fois sous la pression américaine. L'ambassadeur des États-Unis auprès de l’Union européenne a averti que des règles « protectionnistes » risqueraient de compromettre l’accord commercial transatlantique.Â
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