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Conflit au Moyen-Orient :  Invoquer le réalisme géopolitique ne peut servir dexcuse au renoncement 

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À l'heure où la France va accueillir les dirigeants du G7, nous observons que, face à l'usage débridé de la force par certains États et à la multiplication des crimes contre les populations civiles, les principes du droit international semblent être sciemment ignorés. Certains responsables européens laissent même entendre que celui-ci serait dépassé, devenu inopérant face aux rapports de force contemporains.

Les règles issues de l'après-guerre ne seraient plus adaptées au monde actuel. On retrouve aussi ce discours lorsque la présidence française accepte qu'Israël impose « une zone tampon » dans le sud du Liban, qualifiée de « temporaire ». La destruction systématique d'infrastructures et d'habitations dans des villages déjà en ruine n'aurait-elle donc que des conséquences temporaires ?

L'usage de la force est illégal

L'idée sous-jacente est claire : le droit céderait désormais devant la puissance. Mais est-ce réellement le droit international qui échoue, ou bien les dirigeants dont la responsabilité première est de le faire respecter ? L'interdiction du recours à la force inscrite dans la charte des Nations unies est sans ambiguïté : l'usage de la force est illégal, sauf s'il est autorisé par le Conseil de sécurité de l'ONU ou invoqué au titre de la légitime défense face à une menace imminente.

Même dans ces contextes, la guerre n'est jamais une zone de non-droit : les États demeurent liés par le droit international humanitaire et le droit international des droits humains, qui s'applique en tout temps et en toutes circonstances afin de garantir une protection essentielle aux populations civiles. Ces règles n'ont pas disparu. Ce qui manque aujourd'hui, c'est la volonté politique de les appliquer.

Chaque jour, nous en voyons les conséquences : écoles, hôpitaux, convois humanitaires et civils deviennent des cibles, au mépris du droit. « Vous pourrez toujours compter sur la France, qui a toujours cru et œuvré à la consolidation du droit international », rappelait le président de la République, il y a presque trois ans.

Des règles conditionnelles

Une telle parole engage, car la crédibilité exige la cohérence. Présentée comme une avancée diplomatique importante, la reconnaissance par la France de l'État de Palestine ne s'est pas accompagnée des mesures concrètes demandées par la Cour internationale de justice afin de ne pas aider et assister la situation illégale créée par Israël dans les Territoires palestiniens occupés.

Depuis, les violations se poursuivent, l'impunité demeure et le droit continue d'être piétiné. Les initiatives politiques comme la conférence internationale, organisée le 12 juin à Paris avec les sociétés civiles israélienne et palestinienne, ne peuvent être effectives si la France n'œuvre pas par ailleurs pour faire respecter le droit international, et sanctionner les violations.

Les règles ne valent que si elles s'appliquent partout. Elles ne peuvent varier selon les intérêts du moment. Un civil en Ukraine, au Liban, à Gaza ou au Soudan a droit à la même protection au regard du droit international.

Pourtant, lorsque des dirigeants européens condamnent des violations dans un conflit mais restent silencieux dans un autre, le message envoyé est clair : les règles seraient conditionnelles. Les récentes déclarations de la France et d'autres dirigeants européens illustrent cette application sélective.

Du courage politique

Rien de tout cela ne signifie que les principes du droit international soient dépassés. La réalité, c'est que ces règles n'ont jamais été conçues pour les moments confortables de la diplomatie. Elles existent précisément pour les moments les plus difficiles, quand la pression pour les abandonner est souvent la plus forte. C'est justement dans ces moments-là que le leadership compte le plus. Invoquer le réalisme géopolitique ne peut servir d'excuse au renoncement.

Ce qu'il faut aujourd'hui, ce n'est pas de la résignation, mais du courage politique. Certains pays de l'Union européenne, comme l'Espagne, ont montré la voie en condamnant fermement les frappes américaines et israéliennes contre l'Iran, en dénonçant l'instauration d'une peine de mort en Israël ne s'appliquant, dans les faits, qu'aux Palestiniens.

La France peut encore choisir d'être fidèle à sa parole, défendre réellement le droit international et la justice en commençant par réaffirmer l'engagement et le soutien inébranlable du G7 qu'elle préside cette année. L'alternative est inimaginable : un monde où la loi du plus fort l'emporte, et où les engagements fondateurs de notre République et de l'Union européenne envers le droit international et les droits humains seraient abandonnés.

(1) Signataires : Cécile Duflot, directrice générale d'Oxfam France ; Claire Magone, directrice générale de Médecins sans frontières ; Anne Savinel-Barras, présidente d'Amnesty International France ; Jean-François Corty, président de Médecins du monde ; Olivier Bruyeron, président de Coordination Sud ; François Leroux, président de la Plateforme des ONG françaises pour la Palestine ; Guillaume Nicolas, délégué général du CCFD-Terre solidaire ; Adrien Sallez, directeur général d'Asmae – Sœur Emmanuelle ; Erwan Le Grand, directeur général de Première Urgence Internationale ; Véronique de Geoffroy, directrice générale du Groupe URD ; Aurélie Gal-Régniez, directrice exécutive d'Equipop ; Manuel Patrouillard, directeur général de Handicap International – Humanity&Inclusion ; Raphaël Pitti, président de Humanité Solidarité Médecine (HuSoMe) ; Bertrand Quinet, président de Triangle génération humanitaire ; Gérard Feldzer, président d'Aviation sans frontières ; Hervé Gouyet, président d'Électriciens sans frontières ; Cathy Blanc-Gonnet, directrice-coordinatrice d'Humatem.

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