L’anniversaire a donné le ton. «C’est un peu l’âge adulte pour un ouvrage comme celui-ci», a observé M. Bassou, qui inscrit le rapport dans une visée constante : en faire «la tribune donnée aux Africains pour récupérer le discours sur leur continent». Un discours qui, au lendemain des indépendances, «était encore accaparé par les anciennes puissances coloniales», et que c’est, selon lui, «le XXIe siècle surtout» qui a vu les Africains chercher à se le «réapproprier».
Un «paradigme africain de la paix»
Premier à intervenir, Hachem El Moummy, diplomate et chercheur en relations internationales, a défendu un paradigme articulant sécurité et développement. Pendant des décennies, «le narratif dominant a réduit l’Afrique à des espaces de déficit : déficit de gouvernance, de sécurité, de stabilité», a-t-il rappelé, et la réponse a presque toujours été la même : «On envoie des soldats, des Casques bleus, des experts, on impose des conditionnalités.» Une logique «séquentielle», stabiliser d’abord, développer ensuite, qu’il juge inopérante : «C’était un peu comme traiter une pneumonie à l’aspirine : on fait baisser la fièvre, mais le mal reste là .» À cette approche, il oppose l’idée que paix, sécurité et développement sont «mutuellement constitutifs». Le paradigme, souligne-t-il, a dépassé le stade théorique : il figure dans l’acte constitutif de l’Union africaine et dans l’Agenda 2063, et a connu une «consécration» en 2019, «sous la présidence marocaine du Conseil de paix et de sécurité», prolongée par le «processus de Tanger». M. El Moummy invite toutefois à la lucidité : «70% du budget opérationnel des opérations de l’Union africaine provient de bailleurs externes», et le Conseil de sécurité de l’ONU «demeure l’organe qui légitime la majorité des interventions». Sa conclusion : «Le défi n’est plus de convaincre le monde de la pertinence de ce nexus : ce débat a déjà été gagné. Le défi, c’est de le concrétiser.»
La friperie, «objet géoéconomique»
Le contributeur a décrit une «désindustrialisation textile accélérée», la cotonnière SICAM ne pèse plus que 5% du marché, et un secteur où «plus de 150.000 personnes vivent de la revente des vêtements usagés», dans «des emplois sans valeur ajoutée, sans protection et sans avenir industriel», «terreaux pour les frustrations sociales, voire pour la radicalisation». Sa proposition : faire du Cameroun un pôle régional de tri et de recyclage. À l’appui, un projet pilote du Bureau international du travail à Douala, où «les ballots triés localement se vendent trente fois plus cher que ceux importés bruts». «Un jeune qui travaille dans un atelier de recyclage textile n’est pas un jeune qui rejoint des réseaux informels violents», a-t-il fait valoir, plaidant pour «un modèle de paix par l’industrie».
«Sur la table, pas au menu»
Venu de Nairobi, Tallam Marvin, directeur des Affaires juridiques et des politiques, Bureau exécutif du Président du Kenya, a résumé sa thèse par une formule appelée à essaimer dans la suite des échanges : l’Afrique doit «se mettre sur la table plutôt que d’être au menu». Un monde multipolaire serait «meilleur pour l’Afrique que ne l’ont jamais été les systèmes bipolaire et unipolaire», a-t-il avancé, mais cet optimisme «suppose que l’Afrique parle d’une seule voix». Il a pointé un nombre de foyers de tension simultanés inédit «du Sahel à la Corne de l’Afrique», la montée du terrorisme comme «menace première» et, «au même moment», l’affaiblissement de «la réponse diplomatique collective».
Sidi Mohamed Sidi Fall Ould Oumeir, avocat et professeur de droit mauritanien, a pour sa part inscrit sa contribution dans les initiatives Royales marocaines autour de l’Atlantique. La Mauritanie, «premier pays atlantique qui avoisine le Royaume», y occupe selon lui une position de «pivot», au nom d’une «paix positive» entendue comme «l’arrêt des hostilités plus un plan de développement économique». Il a cité la contribution marocaine de «3,3 milliards de dollars» au programme prioritaire du G5 Sahel et l’ouverture d’un second passage commercial vers la frontière mauritanienne, «avec un investissement de 215 millions de dirhams».
L’IA, «multiplicateur de puissance»
La chercheuse a insisté sur le risque que représente l’usage de ces armements par des acteurs non étatiques «qui n’obéissent à aucune règle de droit international», avec des conséquences possibles «sur la sécurité des populations civiles». Le défi premier, à ses yeux, n’est pas l’accès mais la maîtrise : «Peu de pays africains présentent les potentiels et la capacité de maîtriser les chaînes de valeur.» D’où un risque de «dépendances» et d’«asymétries». Interrogée par un participant sur la comparaison avec l’avènement de l’internet, elle a répondu que les analystes décrivent l’IA comme «une rupture totale, presque assimilée à la révolution industrielle», et que la capacité à en tirer parti suppose «des écosystèmes complets, qui vont de la recherche à la formation, à la maîtrise technologique, aux startups». Sa mise en garde : «Les pays qui arrivent à faire émerger cet écosystème feront le meilleur usage de l’IA. Les autres seront des consommateurs.»
En clôture, M. Bassou a relevé les convergences apparues «sans que nous nous soyons concertés» : la nécessité de réexaminer la place de l’Afrique dans le monde, l’économie circulaire, la paix positive, l’exigence d’une voix commune. Autant de thèmes qui, selon lui, se rejoignent dans une pensée panafricaine en train de passer «d’une conception théorique et idéologique à une philosophie de gouvernance».





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