Un petit écriteau rappelle qu'ici même, il y avait une écurie qui pouvait abriter 36 chevaux. «L'hygiène et le confort étaient des préoccupations permanentes qui assuraient la bonne santé des étalons», est-il indiqué. Nous sommes dans l'ancien Haras d'Annecy, au cœur de la préfecture de Haute-Savoie. Il a été construit en 1880, a fermé en 2005 et été inscrit en 2007 comme monument historique. Après sept années d'un chantier qu'Antoine Armand, le maire d'Annecy, a qualifié de «pharaonique», va ouvrir ici-même le 19 juin la Cité internationale du cinéma d'animation (CITIA).
Pour rappel, Annecy accueille depuis 1960 le plus grand festival du film d'animation au monde. L'édition 2026 se tiendra du 21 au 27 juin. 140 000 spectateurs sont attendus et 15 000 professionnels venant d'une centaine de pays sont invités. «C'est le troisième festival de cinéma après Cannes et Berlin», avance Martial Saddier, le président du conseil départemental de Haute-Savoie. Nouveauté: si les projections auront lieu comme tous les ans à l'espace Bonlieu et en extérieur sur le Pâquier, certaines auront pour cadre la nouvelle Cité, qui a été dotée d'une salle modulable de 332 places, financée par le département, qui en est le propriétaire, à hauteur de 19 millions d'euros.
Le coût total de la réhabilitation de la Cité se monte à 55 millions d'euros, porté essentiellement par la ville d'Annecy. Outre la salle de projection, le nouvel espace de 2,7 hectares qui sera ouvert au public comprend un musée, deux salles d'exposition temporaire, une résidence d'artiste, un vaste parc arboré et une halle dédiée à la gastronomie locale. La Cité propose aussi des ateliers pour apprendre à faire de l'animation. «Grâce à ce lieu permanent, Annecy va s'inscrire tout au long de l'année comme le rendez-vous mondial incontournable du film d'animation», insiste Dominique Puthod, président de CITIA, l'établissement public qui organise le festival.
«Fantasmagorie», dessin animé de 1908
Arrêt au musée (450 m²), ouvert dans les anciennes écuries. Sur un écran, un cheval court au galop. Un clin d'œil, évidemment. Animal emblématique du lieu, le cheval occupe une place centrale dans les origines mêmes du cinéma. Hommage à Eadweard Muybridge, un précurseur du cinéma, qui au XIXe siècle a décomposé photographiquement la locomotion animale, marquant ainsi une avancée décisive dans l'histoire des images animées. «Le parcours invite à une immersion depuis la naissance de l'animation. Le visiteur découvrira les fondements et la diversité de style du cinéma d'animation», résume Dominique Puthod.
Illustration avec L'Ecran d'épingles inventé en 1932 par les cinéastes Alexandre Alexeïeff et Claire Parker, instrument qui permet de créer des films d'animation par le jeu de lumière sur des milliers de pointes d'acier qui traversent une surface claire. On peut voir Fantasmagorie, le premier dessin animé cinématographique réalisé par Emile Cohl et projeté pour la première fois en 1908 à Paris. A l'aide d'une caméra fixée sur un axe vertical, le réalisateur français a photographié ses dessins les uns après les autres et nous montre Fantoche, un petit bonhomme représenté d'un simple trait.
L'animographe, une drôle de machine
Trait comme celui, plus récent (1969), d'Osvaldo Cavandoli, nommé La Linea, avec ce personnage légendaire bougon et moqueur, au nez imposant et au corps ainsi que son environnement matérialisés par une ligne unique. Les Shadoks ont aussi fait le déplacement jusqu'à Annecy. Ils ont débarqué à la télévision française un soir de 1968. Oiseaux rondouillards aux pattes filiformes, plus bêtes que méchants, créés par Jacques Rouxel. La première saison fut animée sur l'animographe, une drôle de machine que la Cité présente.
Un saut dans le temps et dans une autre dimension: l'ancien Manège héberge l'exposition temporaire Ankama, du nom des célèbres studios basés à Roubaix qui sont à l'origine des séries Wakfu et Dofus. Du 19 juin prochain au 31 janvier 2027, les visiteurs sont invités à plonger dans l'univers du Krosmoz. Le public pourra découvrir le processus de création d'une œuvre d'animation, l'art du jeu vidéo et les nuances d'un monde et de ses personnages. Les studios LAIKA sont aussi à l'honneur jusqu'au 27 septembre 2026. Ils sont à l'origine des longs métrages Coraline, L'étrange pouvoir de Norman, les Boxtrolls.
Pour l'occasion, LAIKA lèvera le voile sur son prochain film avec l'exposition inédite Wildwood. «Notre film célèbre la primauté de l'art sur les algorithmes et la conviction que les films réalisés à la main peuvent être audacieux, surprenants et vivants», assure Travis Knight, réalisateur de Wildwood.
Cité internationale du cinéma d'animation, ouverture le 19 juin. Festival international du film d’animation d’Annecy, du 21 juin au 27 juin.







