À Pen Bron, en Loire-Atlantique, plusieurs bunkers du Mur de l'Atlantique glissent progressivement vers le sable sous l'effet de l'érosion côtière. Sous les assauts de la houle, du vent et de la montée des eaux, ces colosses de béton sont devenus des marqueurs visibles du recul du littoral.
Courant février 2026, à la Une de l’actualité figuraient les inondations, les rivières qui gonflent et envahissent les villages. Tous les regards étaient tournés vers la Sarthe, la Mayenne et le Maine-et-Loire. En Loire-Atlantique, la Loire prenait également ses aises et la Brière devenait un immense lac.
Sur la côte, rien de particulier, en apparence. Car le travail se fait lentement, mais sûrement. Inlassablement, le vent et la houle, souvent venus de l’ouest, s’en prennent à la dune. Une dune qui part de la pointe de Pen Bron et rejoint le port de la Turballe, là -bas au loin. Une dune superbe, faite de sable fin tenu par des oyats aux longues racines. Avec le temps, ces plantes dunaires s’installent et donnent des résultats, mais face aux rouleaux de l’océan et à la montée des eaux, la lutte est inégale.
Dans le silence de l’hiver, un blockhaus a ”dévissé” de la dune de Pen Bron où il trônait depuis des décennies. Face à ces évènements touchant notre littoral, il était intéressant de faire appel à des spécialistes pour comprendre ces phénomènes touchant aussi bien à l’histoire qu’à la géographie.
Marc Robin, géographe, professeur et chercheur, spécialiste des risques littoraux, de l’Université de Nantes, ainsi que Luc Brauer, co-directeur du musée du Grand Blockhaus à Batz-sur-Mer, nous en parle.
Durant la Seconde Guerre mondiale, l’occupant, craignant un débarquement, a fait construire des milliers de bunkers le long du littoral français et européen pour surveiller et repousser l’ennemi, l’ensemble formant le Mur de l’Atlantique.
Le blockhaus construit au milieu de la dune de Pen Bron./regions/2026/06/12/6a2c0dbb7aa29425062445.jpg)
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© Christophe Francois / France Télévisions
Sur la commune de La Turballe, des dizaines de blockhaus ont ainsi été installés en zone rétro-littorale pour ceux abritant des armes lourdes et d’autres sur le littoral pour une réponse défensive immédiate. La dune de Pen Bron bordant une plage pouvant accueillir potentiellement un débarquement a été ”équipée” de plusieurs sentinelles en béton.
“C’est vraiment un petit poste, avec quelques blockhaus, des blockhaus pour mitrailleuses, pour mortiers. Il faut imaginer qu’il y avait autour des mines et des barbelés. On parle d’un petit dispositif à Pen Bron, mais un dispositif qui s’étend autour du port de Saint-Nazaire et qui est une véritable forteresse pour les Allemands, avec environ 1300 blockhaus dans la région”, détaille Luc Brauer, co-directeur du musée du Grand Blockhaus à Batz-sur-Mer.
Luc Brauer, co-directeur du musée du Grand Blockhaus à Batz-sur-Mer./regions/2026/06/12/6a2c26de5a42d723724375.jpg)
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Ces bunkers de petite taille surveillent la mer depuis des décennies. Construits en un temps record avec pour ingrédients du béton et de l’acier. Le poids suffisant à leur assise, les colosses n’avaient pas de fondation ancrée dans le sable.
Avec le temps, le vent, la pluie, les vagues, ils ont été de plus en plus mis à jour, jusqu’à leurs soubassements. Et puis un jour, il n’y a plus eu suffisamment de sable sous ces colosses qui ont commencé à basculer vers la plage. Mais comme tout se fait lentement, l’un des derniers encore sur le haut de la dune en début d’année est désormais au pied de celle-ci.
Blockhaus victime de l’érosion du littoral à Pen Bron./regions/2026/06/12/6a2c13bb2fce3823398695.jpg)
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“Le socle du bunker reposait sur du sable, mais comme la mer enlève le sable, on a un affouillement qui se créé et donc il bascule”, précise Marc Robin, géographe, professeur à l’université de Nantes, spécialiste des risques littoraux. Les blockhaus donnent donc cette impression d’être descendus sur la plage, mais ce n’est qu’une impression.
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Les bunkers n’ont donc pas avancé, tout au plus ils ont glissé au pied de la dune. Pour le reste, c’est bien cette même dune qui a reculé, qui a perdu son sable, emmené par les courants et les vagues.
À Pen Bron, le géographe estime que la dune a reculé d’environ 23 à 25 mètres. Cette estimation a été possible, entre autres, grâce à ces témoins de l’Histoire. Difficile, pour ne pas dire impossible, de déplacer ces masses de béton armé, nous sommes bien en présence d’une évolution géologique renforcée par le réchauffement climatique.
“Ce sont des marqueurs de la tendance érosive ou de la tendance en accrétion de certains secteurs côtiers. Ici on est plutôt sur un secteur en érosion, donc ils se retrouvent sur la plage. Dans d’autres endroits, on peut retrouver des blockhaus qui sont toujours dans les dunes, et même, où les dunes avancent. Si je prends l’exemple du sud Loire : Saint-Brévin par exemple.“, fait remarquer Marc Robin.
Ce bunker de petite taille, appelé Tobrouk, a donc quitté le sommet de la dune. Sa descente vers la plage a commencé. Dans un temps non défini, il se retrouvera au milieu de cette plage, comme ses congénères.
Jadis alignés sur la dune de Pen Bron, ces blockhaus le sont encore aujourd’hui, mais en milieu de plage./regions/2026/06/12/6a2c14aed3508844437013.jpg)
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Seuls, quelques bunkers situés en plein milieu de la dune peuvent espérer rester encore longtemps à dominer la plage.
À gauche, un blockhaus au milieu de l’espace dunaire, à droite, la forêt de pins maritimes./regions/2026/03/05/img-2220-69a9af5bce52c101146318.jpg)
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Mais ces dernières années, les choses se sont aggravées. L’océan s’est fait plus agressif et a lancé ses vagues à l’assaut de la dune. Avec une houle et un vent d’ouest arrivant directement sur leur cible, notamment lors des dépressions hivernales répétées, l’érosion est devenue régulière, implacable et irrémédiable.
Un blockhaus de la même époque, victime de l’érosion dunaire, se trouve désormais en milieu de plage, le béton par endroits fracturé sous les coups de boutoir de la houle./regions/2026/03/05/img-2124-69a9b31856cfd941223872.jpg)
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Le dernier blockhaus en date à avoir ”quitté” la dune va à terme retrouver d’autres congénères qui ont ”dévissé” bien avant lui. Avec la pointe de Pen Bron dans le dos et le port de la Turballe en ligne de mire, une ligne de démarcation d’un genre nouveau saute aux yeux.
Ce n’est plus celle qui séparait la zone libre de la zone occupée durant la Seconde Guerre mondiale, mais plutôt une ligne de démarcation du XXI° siècle. Celle qui marque l’érosion du littoral et la puissance des éléments.
Les blockhaus ont changé de fonction, avec le temps. Ils appartiennent à l’Histoire et désormais à la Géographie./regions/2026/06/12/6a2c19f29fa3d178360786.jpg)
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Ceux qui se promènent sur cette plage de Pen Bron durant leurs vacances ne sont pas tous passionnés d’histoire . Et ces cubes en béton, là , sur la plage, ne sont pour eux que des promontoires pour échapper aux vagues, dominer la plage et ou admirer le soleil couchant. Il n’est plus question du Mur de l’Atlantique mais de blocs épars et bancals ayant perdu toute silhouette impressionnante ou menaçante.
Ainsi va la vie des blockhaus sur notre littoral. Jadis menaçants, voire redoutables, ils ont perdu leur aura mais en ont gagné une autre auprès des enfants. Devenus spots d’aventures balnéaires, ils cumulent les fonctions de témoins de l’Histoire et de témoins de l’érosion littorale, voire du réchauffement climatique.
Dans une région comme l’Aquitaine où la dune est encore plus attaquée, certaines batteries de blockhaus se visitent avec palmes et masques de plongée. Prenons donc le temps d’observer ces bunkers descendus de la dune avant que l’océan ne les avale.
La ligne de démarcation du XXI° siècle marque aujourd’hui le recul du trait de côte./regions/2026/06/12/6a2c1c66e7da6281942799.jpg)
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À chaque fois qu’un blockhaus ”quitte la dune pour rejoindre la plage”, c’est la fin d’un cycle et le début d’un autre. D’abord en haut de plage, puis au milieu, puis, un jour, sous l’eau, le bunker modifie son environnement.
Certes, la houle va se heurter à lui, mais elle va aussi finir par le contourner et ainsi générer des courants différents. Ceux-ci vont parfois accélérer l’érosion marine qui va s’attaquer à la dune. On décide alors d'intervenir soit pour la protection de la dune, soit pour la protection des personnes. Ainsi en était-il à Brétignolles-sur-Mer en Vendée il y a une vingtaine d’années et à Olonne sur Mer en 2018.
Les trous béants laissés par les bunkers déchus sont autant de plaies dans lesquelles le vent, la pluie, les embruns vont se glisser. Les municipalités font leur possible, ainsi que le Conservatoire du littoral et l’Office national des forêts, mais chacun peut prendre sa part. Il suffit par exemple pour les promeneurs d’emprunter les accès indiqués et de ne pas multiplier les descentes sur la plage, même si cela fait le régal des enfants, et parfois de leurs parents.
Même malmenés par l’érosion marine, les accès balisés sont préférables pour accéder à la plage, ils ont été choisis pour protéger le reste de la dune./regions/2026/03/06/img-2205-69aa86f7b56b5187926587.jpg)
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Un peu partout sur le littoral de Loire-Atlantique, de Vendée, et d’ailleurs, les vestiges du Mur de l’Atlantique racontent ou rappellent la triste période de la Seconde Guerre mondiale, mais ils racontent également l’époque moderne que nous vivons à travers le prisme de l’érosion côtière.
Dans quelques années, il faudra plonger sous l’eau pour photographier ce blockhaus./regions/2026/06/12/6a2c1d4032beb604910446.jpg)
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Pour celles et ceux qui fréquentent souvent les mêmes plages, les promenades peuvent être l’occasion de suivre cette progression à travers un suivi photographique de la position évolutive des blockhaus de la dune vers la plage et, un jour, vers l’océan.
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