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Kivu : conflit et Ebola, le CICR alerte

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Dans l'est de la RDC, les urgences ne faiblissent pas.
Alors que l'épidémie d'Ebola impose une vigilance maximale, les hôpitaux soutenus par le CICR continuent de faire face à un afflux croissant de blessés liés aux conflits armés.
Plus de 300 patients admis en un mois, des structures proches de la saturation, et des besoins humanitaires qui restent immenses. Comment gérer cette double pression sanitaire et sécuritaire ?
Quels sont les défis sur le terrain ? Stephanie Eller , Cheffe des Opérations du CICR en RDC repond a nos questions.

DW : Alors que l'épidémie d'Ebola mobilise fortement les réponses sanitaires, comment éviter qu'elle ne relègue au second plan les besoins médicaux urgents liés aux conflits armés en RDC ?

Stéphanie Eller : Nous attirons l’attention sur le fait que de mi-mai à mi-juin, nous avons assisté à une hausse de plus de 30 % du nombre de blessés par armes reçues dans les différentes structures où nous avons des équipes chirurgicales. Cela démontre une évidente intensification des affrontements dans les Kivu, avec toutes les conséquences humanitaires graves que cela implique pour les populations civiles : les blessures, les morts, les déplacements, les difficultés d’accès aux services essentiels, en plus des pressions supplémentaires dues à l’apparition d’Ebola.

Nous essayons donc de constamment rappeler, sensibiliser et mobiliser les opinions, les décideurs sur les conséquences humanitaires, car l’épidémie Ebola n’a en aucun cas mis un frein aux affrontements. En parallèle, le CICR reste pleinement mobilisé pour apporter l’assistance humanitaire aux populations affectées par les conflits, que ce soit au travers de nos programmes chirurgicaux, du soutien d’urgence en vivres, en accès à l’eau.

Et puis, bien entendu, nous continuons à maintenir un dialogue permanent avec les parties au conflit afin de les sensibiliser au sort des populations civiles, leur rappeler leurs obligations envers cette population civile, des obligations de protection et aussi une facilitation du travail des humanitaires pour garantir aussi que les soins médicaux pour les malades et les blessés soient maintenus.

DW : Vos équipes chirurgicales restent sous forte pression avec un afflux constant de blessés, notamment par armes explosives : comment parvenez-vous à répondre simultanément à cette urgence et au contexte épidémique actuel ?

Stephanie Eller : Il est important de souligner que le CICR en tant que tel, n’est pas un premier répondant en ce qui concerne l’épidémie Ebola, car notre mandat se concentre sur les conflits armés. En revanche, nous apportons un appui à la riposte en soutenant les efforts de la Croix-Rouge de la RDC en coordination avec la Fédération internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge qui, eux, ont le mandat de répondre aux situations de crise sanitaire comme l’épidémie Ebola. La Croix-Rouge de la RDC joue un rôle clé dans la riposte, son action est vraiment déterminante sur le volet de l’engagement communautaire, de la prévention des risques, mais aussi sur celui, crucial, des enterrements dignes et sécurisés sur lesquels l’organisation a une longue expertise.

En tant qu’intermédiaire neutre et bien entendu avec l’accord de toutes les parties, le CICR se tient toujours prêt à faciliter le transport d’intrants et de médicaments pour la riposte Ebola vers les zones touchées par les conflits. Sinon, de notre côté, le CICR, nous nous concentrons sur la réponse aux conséquences humanitaires des conflits armés. C’est là qu’est réellement notre valeur ajoutée.  D’ailleurs, et comme je vous l’ai mentionné, c’est particulièrement important au vu de la recrudescence des affrontements. C’est le cas notamment dans le Sud-Kivu, avec l’augmentation des combats dans le massif d’Itombwe ces derniers jours dans les hauts plateaux de Fizi.

Cela se reflète dans la quantité de blessés par arme que nous recevons dans les hôpitaux de Bukavu Uvira et Fizi. Donc, réellement, maintenir cette action en réponse aux conflitsest fondamental alors que peu d’organisations ont la capacité d’accéder aux zones affectées par les affrontements et l’épidémie. L’épidémie d’Ebola pose des défis supplémentaires d’accès, de ressources et de coordination.