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[Live Review] Foo Fighters à Paris La Défense Arena : 40 000 voix et trois heures de rock total – Benzine Magazine

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On pouvait avoir des doutes sur un concert de Foo Fighters dans un lieu aussi difficile que la Paris La Défense Arena, mais la générosité de la bande à Dave Grohl a transformé la soirée en pur triomphe !

[Live Review] Foo Fighters à Paris La Défense Arena : 40 000 voix et trois heures de rock total – Benzine Magazine
Foo Fighters à Paris La Défense Arena – Photo : Cédric Rizzo

Il y a 30 ans, il aurait été difficile d'imaginer que les Foo Fighters rempliraient un jour une salle de 40 000 personnes. Et pourtant, le concert donné par la bande de Dave Grohl à Paris La Défense Arena restera comme l'un des meilleurs de ce premier semestre, comblant à la fois les nostalgiques du grunge et ceux qui étaient venus pour les tubes imparables.

Je m'étais pourtant dit que je n'y retournerais pas, dans cette salle. Pour tout amateur de concert rock en région parisienne, Paris La Défense Arena est en effet synonyme de grand hangar avec le son le plus pourri qui puisse être. Depuis un affreux concert, inaudible, des Who, j'avais vraiment décidé de boycotter. Mais il faut bien reconnaître que l'Arena répond à un besoin : une jauge idéale pour les artistes trop grands pour l'Accor Arena, mais pas encore prêts (ou pas désireux) de s'attaquer au Stade de France. Et c'est comme ça qu'en désespoir de cause, j'ai pris ma place pour les Foo Fighters, quelques mois après avoir déjà craqué pour le concert, immanquable, de Paul McCartney. Avec ce conseil néanmoins, pour éviter la bouillie : éviter les tribunes hautes et même privilégier la fosse.

Foo Fighters La Defense Arena CR 04

Pour ce vendredi soir de début de canicule, ce sera donc la tribune basse, et la salle a l'avantage d'avoir une climatisation correcte sans être trop forte. Le concert a été annoncé sold out quelques jours auparavant, et je constate aux abords de la Grande Arche la présence d'un certain nombre d'étrangers, notamment anglo-saxons. Malgré la hausse spectaculaire du prix des places en France, certains pays font encore pire, au point de rendre le déplacement à Paris presque rationnel pour une partie du public étranger. La récente polémique sur les prix pratiqués par Muse, dans cette même salle lors de leur concert du mois de novembre, n'a pas empêché leur concert d'être complet en quelques minutes. Bref, 117 € pour voir les Foo Fighters, j'ai rarement mis autant, mais il est probable que ce ne soit qu'une étape.

Il n'était pas question de rater ce concert, 31 ans après leurs débuts parisiens au Bataclan avec Beck et Guided By Voices. À cette époque, le groupe était une curiosité pour les fans de grunge, et on découvrait que le batteur de Nirvana pouvait faire autre chose. Pat Smear et Nate Mendel étaient déjà présents à la guitare rythmique et à la basse. Le groupe avait rejoué dans cette salle à l'occasion de la tournée One By One, ce qui m'avait valu des acouphènes pendant une semaine. Depuis, oui, j'ai parfois tiqué sur des refrains trop appuyés ou des tubes un peu faciles. Mais la fidélité demeure, portée par des concerts toujours irréprochables et généreux. Cette année, il y a en outre une nouvelle attraction : la présence d'Ilan Rubin à la batterie. Cela fait quatre ans que Taylor Hawkins est décédé à seulement 50 ans, à Bogota. Il a été remplacé dans un premier temps par Josh Freese, qui n'a manifestement pas fait l'affaire, et Dave Grohl a annoncé en 2025 l'arrivée d'Ilan Rubin en provenance de Nine Inch Nails. Un batteur phénoménal que nous avons eu l'occasion de voir avec Trent Reznor lors de la dernière tournée de NIN. Autant le dire tout de suite, c'est un bon choix !

C'est devant une fosse bien vide que la première partie arrive sur l'immense scène. Otoboke Beaver a une bonne réputation en fer de lance du punk japonais. Le groupe a assuré les premières parties des Foo Fighters lors de leurs derniers concerts japonais. Subjugué, Dave Grohl ne cesse de les promouvoir internationalement, et les quatre filles étaient déjà sur les précédentes dates européennes. Parlons de musique : c'est du punk très radical et totalement déjanté, basé sur des guitares très agressives et surtout sur des changements de rythme incessants. Si l'on ajoute les vocaux hurlés, on comprend facilement que ce n'est pas pour tout le monde. En étant gentil, on dira que c'est « clivant ». La chanteuse Accorinrin pousse régulièrement sa voix dans des aigus stridents, et les 30 minutes du set ont manifestement laissé le public circonspect. Dans notre tribune, les 10 premières minutes ont rapidement laissé la place à la décision d'aller se sustenter, mais j'ai tenu jusqu'au bout, ne serait-ce que pour constater que ce sont de sacrées musiciennes : encore faut-il réussir à tenir ce tempo de fou ! Définitivement pas mon truc, mais on peut néanmoins noter que Grohl continue d'utiliser la notoriété de son groupe pour aider la scène punk/hardcore. Il sait d'où il vient, et la démarche est appréciable.

S'il est un qualificatif qui n'est pas approprié pour Inhaler, c'est bien celui de clivant. Le groupe d'Elijah Hewson œuvre en effet dans une pop rock bien consensuelle, tout à fait agréable et peu susceptible d'engendrer des réactions extrêmes. Sur leur troisième album sorti fin 2024, Open Wide, nous avons remarqué qu'Elijah ne pouvait plus nier la proximité de son timbre de voix avec celui de son père, Bono. C'est typiquement le genre de groupe que je croise en première partie (comme avant les Arctic Monkeys à l'Accor Arena) ou en festival. Et toujours avec la même impression : globalement sympathique, quelques chansons qui se détachent, mais rien qui me donne envie d'aller plus loin dans leur discographie ou d'aller les voir en tête d'affiche. Elijah a indéniablement du charisme, il me fait penser à Jakob Dylan et il a des attitudes à la Springsteen. Leur set dure 45 minutes, de 19 h à 19 h 45, sans vraiment modifier mon opinion : quelques titres faibles (Billy Yeah Yeah Yeah, là on s'ennuie ferme), d'autres plus efficaces et agréables (It Won't Always Be Like This ou Totally, deux extraits de leur premier album), et cette impression de fadeur qui persiste. Le genre de concert loin d'être dérangeant, mais que l'on oublie rapidement.

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Cela ne va pas être le cas des Foo Fighters, et la folie commence à 20 h 30. Le groupe n'a pas lésiné sur les écrans géants, les deux « FF », symboles du groupe, surplombent la scène, et Dave Grohl apparaît, physiquement inchangé avec ses longs cheveux noirs. Il salue la foule et c'est parti avec deux classiques rallongés par rapport à leur version studio : All My Life va forcément ravir les vieux fans ; il introduisait déjà la tournée One By One il y a 25 ans, et son efficacité ne s'est pas démentie depuis, offrant notamment un pur instant thrash sur la fin. All My Life, violent et mélodique, est le morceau qui résume le mieux le groupe. The Pretender ensuite, placé tôt dans la soirée, l'un de leurs plus gros succès. Dans les tribunes, tout le monde est debout et la fosse est en ébullition. Ceux qui ont jeté un œil au programme de la soirée savent qu'il va falloir tenir la distance. Les Foo Fighters vont jouer près de trois heures et presque 30 chansons.

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Le concert se découpe en trois temps, avec une première heure implacable : dix morceaux, aucun temps mort. Grohl nous livre son déhanchement habituel, Rubin frappe comme une mule et Pat Smear semble… heureux… comme il l'est depuis 31 ans dans ce groupe taillé pour lui. Aucun artifice, pas de monstres sur scène, pas de vidéo qui défile, juste six musiciens qui donnent tout à leur public. Difficile d'oublier le sing-along massif sur My Hero, repris par 40 000 voix, puis l'enchaînement avec Learn To Fly. Que dire du son ? Qu'on a connu bien pire dans cette salle, mais qu'on imagine ce que cette prestation aurait donné à l'Accor Arena. Bref, arrêtons sur ce sujet. Grohl rappelle que le premier album est sorti en France il y a pile 31 ans, avant d'attaquer un This Is A Call rageur. Puis il rend hommage à Motörhead en glissant des extraits d'Ace Of Spades dans No Son Of Mine, déjà très marqué par l'esprit du groupe. C'est l'occasion pour moi d'avoir une pensée pour cette formation majeure et pour Phil Campbell, disparu en mars 2026, qui a tant interprété ce morceau aux côtés de Lemmy.

Cette première heure est passée très rapidement, l'énergie déployée a été communicative, et c'est le moment de reprendre notre souffle. Le groupe rejoint ensuite la B Stage pour quelques titres a priori plus calmes. La scène est évidemment plus petite et le groupe ne va pas perdre d'intensité : Grohl nous ressort Marigold, qu'il avait composé pour son projet solo Late! à l'époque de Nirvana, en précisant qu'il était sorti en face B de Heart-Shaped Box. For All The Cows est une jolie surprise, mais le groupe a sacrifié Window, qui avait été joué à Munich et qui avait toute sa place dans la setlist. À ce stade, le dernier album reste encore absent de la setlist. Dave joue Under You en solo, le temps de laisser ses comparses rejoindre la grande scène pour le seul temps faible de la soirée : un enchaînement La Dee Da/Your Favorite Toy qui me laisse dubitatif. Est-ce le manque de repères sur ce nouveau titre ou la qualité intrinsèque du morceau ? Le fait est que personne ne semble convaincu. Il est peu probable qu'il devienne un classique des prochaines tournées.

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Il est alors 22 h, et à partir de là, c'est un sans-faute qui va nous être offert. Ça aide d'avoir des tubes à la fois puissants et fédérateurs : Monkey Wrench, Breakout, Best Of You, c'est imparable. Mais c'est peut-être dans les moments moins attendus que les Foo Fighters se montrent les plus remarquables, quand l'osmose entre les musiciens prend toute la place. Dave Grohl a la réputation d'être un leader généreux, et il le prouve en offrant à chaque musicien son moment de gloire. Aurora est dédié à Taylor Hawkins, l'ancien lieutenant disparu, et un fantastique medley va donner l'occasion aux musiciens de se présenter en interprétant un titre provenant de leur carrière d'avant les Foo Fighters. Chris Shiflett, le guitariste, va alors prendre le micro sur Invincible, du groupe No Use For A Name, dans lequel il a joué cinq ans. Le clavier Rami Jaffee a droit à One Headlight des Wallflowers, Nate Mendel à un titre de Sunny Day Real Estate. Manimal des Germs rappelle à quel point Pat Smear, rayonnant, est une star du punk rock. Mais que dire du choc de Tap Dancing In A Minefield, qui voit Rubin et Grohl échanger leurs places ? Voir Grohl reprendre la batterie, l'instrument qui l'a rendu célèbre, reste toujours un événement. Mais que dire de Rubin, soudain transformé en shredder fou ? Ce type est fabuleux. Non seulement il nous éblouit à la batterie depuis deux heures, mais son solo de guitare s'avère également dantesque. Et dire qu'il est également bassiste, claviériste et… chanteur. Ça laisse sans voix…

Après 2 h 20 de concert, rien ne faiblit. Mais l'heure du rappel approche. Exhausted referme la boucle, comme il y a 30 ans. Everlong achève le travail. Trois heures plus tard, les Foo Fighters quittent Paris La Défense Arena en patrons, et nous avec cette certitude simple : les très grandes machines rock peuvent encore avoir une âme.

Otoboke Beaver :
Inhaler :
Foo Fighters :

Laurent Fegly
Photos : Cédric Rizzo (merci à lui !)

Foo Fighters, Inhaler et Otoboke Beaver à Paris La Défense Arena
Production: Radical Production
Date : 19 juin 2026

Leurs derniers disques :

Super ChamponOtoboke Beaver – Super Champon
Label : Damnably
Date de sortie : 8 mai 2022

 

 

 

 

 

Open WideInhaler – Open Wide
Label : Inhaler Records
Date de sortie : 6 décembre 2024

 

 

 

 

 

Your favorite toyFoo Fighters – Your Favorite Toy
Label : RCA
Date de sortie : 24 avril 2026