Le projet d'actualisation de la loi de programmation militaire (LPM) a été présenté le mercredi 8 avril en conseil des ministres. Deux jours plus tard, le texte était publié. Le parlement va maintenant l'examiner, son adoption étant souhaitée par l'exécutif avant le 14 juillet. Le projet prévoit d'affecter 36 milliards d'euros supplémentaires aux armées d'ici 2030, alors que la LPM, en forte hausse, était déjà dotée de 413 milliards d'euros entre 2024 et 2030. Mer et Marine fait le point sur les conséquences de cette actualisation pour l'équipement des forces navales, aériennes, spatiales et terrestres françaises. Un article de Vincent Groizeleau et Yannick Smaldore.
Comme d'autres rédactions, Mer et Marine avait eu connaissance de l'avant-projet de loi portant actualisation de la LPM. Nous attendions cependant de disposer du texte final pour vérifier les choix actés par l'exécutif. Le projet de loi a finalement été publié le vendredi 10 avril sur le site de l'Assemblée nationale.Â
Le gouvernement propose donc d'allouer 36 milliards d'euros supplémentaires au ministère des Armées d'ici 2030, ce qui permettra d'atteindre à cette échéance les 2.5% du produit intérieur brut (PIB). Le budget du « Minarm » doit, ainsi, passer à 50.5 milliards en 2025 à 57.1 milliards cette année puis 63.3 milliards en 2027, soit à cette date un doublement de l'effort dans la défense française depuis 2017 (32.2 milliards). Un effort très important, surtout dans un contexte budgétaire particulièrement contraint comme celui que connait actuellement la France. Mais, comme le font remarquer certains parlementaires, une grande partie de ces sommes supplémentaires ne feront qu'absorber le renchérissement du coût des acquisitions de matériels tel que prévu lors du vote de la LPM, fin 2023, cela du fait de l'inflation. Et dans le même temps, elles compenseraient une sous-évaluation des coûts initialement présentés pour certains programmes. Ce qui consommerait en réalité plus des deux tiers de l'enveloppe.Â
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Marine nationale : pas de bateau en plus mais des unités mieux équipées
Par conséquent, cette nouvelle « surmarche » ne se traduit pas par un accroissement du format des armées. Ce qui n'est pas une surprise. Pour la Marine nationale par exemple, à aucun moment il ne fut question d'accroître dès maintenant le nombre de frégates de premier rang, encore moins celui des sous-marins. Si tel doit être le cas, en particulier le retour à un format de 18 frégates de premier rang, au lieu de 15, ce ne sera qu'au cours des années 2030 et cette question sera du ressort de la prochaine LPM. Â
Le patron de la flotte française, l'amiral Nicolas Vaujour, l'avait très clairement indiqué en début d'année lors d’une rencontre avec l’Association des Journalistes de Défense (AJD). Avant de parler de format, il faut d'abord travailler sur la létalité des bateaux et la cohérence des moyens. C'est à ce deux premiers axes que l'accroissement budgétaire doit servir. Ainsi, le projet d'actualisation de la LPM prévoit un effort massif sur les munitions, avec pour le volet naval, un accroissement de 230% des livraisons de torpilles MU90 et F21 à horizon 2030 par rapport à la cible initiale prévue par la LPM sur la période 2036-2030. Une hausse qui doit atteindre 310% en 2035. Autre exemple : les livraisons de missiles antinavires Exocet doivent augmenter de 100% d'ici 2030 et de 200% d'ici 2035. Et les hausses concernent les autres armements, souvent mutualisés avec les autres armées, comme les missiles surface-air Aster et Mistral, les missiles de croisière Scalp et MdCN, ou encore les missiles air-air Mica et Meteor, ainsi que les armements air-sol modulaires (AASM) mis en Å“uvre par les Rafale Air et Rafale Marine. Un effort significatif sera également fait pour l'acquisition de munitions téléopérées (MTO), y compris en emploi naval, ainsi que dans le domaine des drones. La production des nouvelles bouées acoustiques actives/passives Sonoflash produites par Thales et qui devraient entrer en service cette année sur les avions de patrouille maritime Atlantique 2 et les hélicoptères Caïman Marine (NH90) sera quant à elle accrue de 50% d'ici 2030 par rapport à ce qui était initialement prévu par la LPM.Â
Pour reprendre capacité par capacité les moyens de la flotte française et les prévisions de la LPM et de son actualisation :Â
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Porte-avions
Dans le domaine des porte-avions, la situation est quasiment inchangée. En service depuis 2001, le Charles de Gaulle, qui sera rénové lors de son troisième et dernier arrêt technique majeur à Toulon entre 2027 et 2028, naviguera jusqu'en 2038. À cette date, il sera remplacé par le porte-avions de nouvelle génération (PA-NG) France Libre, dont le dossier de lancement en réalisation (DLR) a été signé fin décembre. Le prochain jalon majeur pour ce programme est la signature avec les Chantiers de l'Atlantique et Naval Group du contrat de construction du bâtiment, attendue sous trois ans. Pour le PA-NG, l'actualisation de la LPM prévoit des crédits supplémentaires pour renforcer les développements liés à la supériorité informationnelle, ainsi que la létalité du bâtiment (armement, groupe aérien embarqué, drones…) La commande d'un troisième rail de catapultage est également acté.Â
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Porte-hélicoptères amphibies (PHA)
Pour ce qui est des trois porte-hélicoptères amphibie (PHA), les Mistral, Tonnerre et Dixmude, mis en service en 2006, 2007 et 2012, aucune grande rénovation à mi-vie n'est prévue sur l'actuelle LPM. Les bâtiments, ce qui était déjà prévus, bénéficient néanmoins d'évolutions ponctuelles (nouveaux bossoirs, liaisons de données tactiques L22), d'autres étant à l'étude (nouveau radar de veille, nouveau système de direction de combat) ou encore, en matière d'autodéfense, l'intégration de la capacité de tir Akeron/MMP (Missile Moyenne Portée).
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Sous-marinsÂ
En ce qui concerne les sous-marins, aucune mention n'est faite des sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE). La flotte se constitue toujours de quatre unités, Le Triomphant (1997), Le Téméraire (1999), Le Vigilant (2004) et Le Terrible (2010) qui ont été modernisés et peuvent maintenant mettre en Å“uvre le missile balistique M51.3, officiellement mis en service en octobre dernier. La construction de L'Invincible, premier des quatre SNLE de troisième génération qui succèderont aux Triomphant, est en cours au chantier Naval Group de Cherbourg. Il doit être à la mer en 2036, les entrées en flotte de ces sous-marins devant être échelonnées tous les cinq ans.Â
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Pas de changement non plus du côté du programme Barracuda portant sur la réalisation de six nouveaux sous-marins nucléaires d'attaque. Les trois premiers, les Suffren, Duguay-Trouin et Tourville, ont été mis en service en 2022, 2024 et 2025. Le quatrième (De Grasse), actuellement en essais, devrait être livré cet été et admis au service actif en 2026. Quant aux deux derniers (Rubis et Casabianca), ils rallieront d'escadrille des SNA de Toulon d'ici 2029. Les deux ultimes bâtiments du type Rubis seront quant à eux désarmés en 2026 pour la Perle (1993) et 2027 pour l'Améthyste (1992).Â
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Bâtiments ravitailleurs de forces (BRF)
La situation est inchangée pour les quatre nouveaux bâtiments ravitailleurs de forces (BRF), indispensables pour assurer le train logistique des forces maritimes, en particulier le groupe aéronaval emmené par le porte-avions. Après la livraison des deux premiers BRF par les Chantiers de l'Atlantique et Naval Group, les Jacques Chevallier et Jacques Stosskopf, en 2023 et 2025, le troisième (Émile Bertin), qui vient d'être mis à l'eau à Saint-Nazaire, entrera en flotte en 2027. Le quatrième (Gustave Zédé), dont la construction a été retardée pour des questions budgétaires, s'y ajoutera en 2032.Â
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Frégates : des capacités supplémentaires pour les FREMM et FDA
Concernant les frégates, la surmarche va permettre de financer l'accroissement de l'autodéfense des huit frégates multi-missions (FREMM), mises en service entre 2015 et 2023. Avant 2030, elles seront dotées chacune de deux systèmes surface-air Simbad-RC et pour celles qui n'en ont pas encore (Aquitaine, Provence, Languedoc et Auvergne) d’une conduite de tir radar STIR 1.2 EO Mk2 en lieu et place du système optronique Najir afin d'améliorer les performances de l'artillerie principale (une tourelle de 76 mm).Â
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Les frégates de défense aérienne (FDA) Forbin (2010) et Chevalier Paul (2011) vont bénéficier des mêmes améliorations, en plus des évolutions prévues dans le cadre de leur rénovation en 2029/2030. FREMM et FDA vont par ailleurs bénéficier d'une connectivité durcie pour le combat collaboratif et, ce qui a débuté et va être généralisé avec les data-hubs embarqués, de moyens de traitement de données de masse. De nouveaux moyens de lutte anti-drones (LAD), notamment des systèmes de brouillage vont également être intégrés sur les frégates.Â
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Les FDI attendront la prochaine LPM
Pour ce qui est des cinq nouvelles frégates de défense et d'intervention (FDI), dont la tête de série, l'Amiral Ronarc'h, a été livrée en octobre dernier pour une admission au service actif à partir de cet été, l'accroissement des capacités militaires se fera manifestement, pour l'essentiel, après 2030. Il s'agit en l'occurrence de passer de deux à quatre lanceurs verticaux pour pouvoir doubler le nombre de missiles surface-air Aster 15 ou Aster 30 (de 16 à 32 missiles) et d'ajouter un système surface-air à courte portée (peut-être le LMP de Naval Group) et des brouilleurs de nouvelle génération (possiblement du même modèle que ceux développés dans le cadre de la rénovation des FDA). Aucune ligne relative à ces sujets ne se trouve en effet dans le projet de loi portant actualisation de la LPM. Ces évolutions devraient être intégrées sur la quatrième (Amiral Nomy) ou la cinquième (Amiral Cabanier) FDI, dont les livraisons sont à ce stade prévues en 2031 et 2032 mais qui pourraient être reculées en fonction des contrats à l'export. Pour mémoire, la cinquième frégate de ce type vient d'être commandée à Naval Group, qui doit procéder le mois prochain à la mise à l'eau le de la seconde FDI française, l'Amiral Louzeau, dont la livraison est prévue en 2027. Elle sera suivie, normalement en 2029, par l'Amiral Nomy, là encore sous réserve des commandes à l'export.Â
Ces cinq FDI succèderont nombre pour nombre, avec des capacités militaires sensiblement accrues, aux cinq frégates légères furtives (FLF) de la classe La Fayette, dont la durée de vie a été prolongée à 35 ans, ce qui leur permettra de rester en service jusqu'en 2031 (La Fayette), 2032 (Surcouf, Courbet), 2034 (Aconit) et 2035 (Guépratte).Â
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Corvettes hauturières (CH) retardées et frégates de surveillance (FS) prolongées
Évoqué en novembre dernier par l'amiral Vaujour, le prolongement d'une partie des six frégates de surveillance (FS), basées outre-mer, est acté par l'actualisation de la LPM. Au moins trois de ces bâtiments devraient être prolongés pour tenir au-delà de 2035. Leur succession par six nouvelles corvettes hauturières (CH) est en effet retardée. La première de ces nouvelles unités, prévue pour être livrée en 2030, ne le sera probablement qu'en 2033, la LPM actualisée prévoyant que la flotte française dispose, en 2035, de trois CH et trois FS prolongées. Les CH devraient intégrer des briques technologiques développées par dans le cadre du programme European Patrol Corvettes (EPC).Â
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Patrouilleurs : le programme PH accéléré mais la cible réduite
Le glissement des CH va permettre de financer la fin du programme des nouveaux patrouilleurs (PH), conçus par Naval Group et réalisés par les chantiers Piriou, CMN et Socarenam. Ils sont appelés à succéder, à Brest et Toulon, aux neuf patrouilleurs de haute mer (PHM, ex-avisos) du type A69 (dont les trois derniers exemplaires, datant de 1982 à 1984, seront désarmés en 2026/2027), ainsi que les trois patrouilleurs de service public (PSP) basés à Cherbourg, opérationnels depuis 1997 et qui vont être prolongés jusqu'en 2034-35. Seuls les sept premiers PH ont été commandés fin 2023, sur les dix souhaités par la Marine nationale. Celle-ci en a finalement perdu un dans la bataille budgétaire. Les négociations sont en cours avec les industriels pour la commande des huitième et neuvième PH. Alors que la tête de série, le Trolley de Prévaux, a été mis à l'eau en février en vue d'une livraison à partir de 2027, les neuf unités de ce type doivent, selon le projet de loi d'actualisation de la LPM, tous être livrés d'ici 2032. Ce qui constitue une accélération du programme, la cible étant initialement de disposer de dix PH d'ici 2035. L'abandon du dixième est compensé par la réattribution à la Marine nationale du Beuzeval, deuxième des six patrouilleurs côtiers de nouvelle génération (PC NG) de la Gendarmerie maritime, qui sera mis en service cette année à Cherbourg.Â
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Guerre des mines : la livraison du premier BGDM repoussée à 2032
Autre évolution sensible par rapport aux objectifs initiaux de la LPM : le renouvellement de la composante de guerre des mines. Celle-ci va connaitre des changements importants, bien que déjà évoqués pour certains. Déjà reporté à plusieurs reprises, le programme des futurs bâtiments de guerre des mines (BGDM) continue de glisser. Aucun ne sera livré d'ici fin 2030. L'actualisation de la LPM prévoit que les trois premiers soient en flotte à l'horizon 2035, avec arrivée de la tête de série maintenant prévue en 2032. La coopération avec la Belgique et les Pays-Bas, les BGDM devant être développés à partir du design des douze nouveaux chasseurs de mines porte-drones belgo-néerlandais conçus par Naval Group et réalisés par Kership. Le premier de ces bâtiments de 84 mètres a été livré fin 2025, le dernier de la série devant être achevé fin 2030.Â
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Comme leurs homologues belgo-néerlandais, les BGDM seront conçus pour déployer les nouveaux systèmes robotisés de guerre des mines combinant drones de surface (USV), drones sous-marins (AUV) et robots téléopérés (ROV). La Marine nationale a pour l'instant retenu le système de Thales développés dans le cadre du programme franco-britannique MMCM. Les premiers systèmes, avec notamment deux drones de surface mettant en Å“uvre un sonar remorqué T-SAM ont été livrés depuis la fin 2024, quatre autres USV neufs, ainsi que le prototype retrofité, doivent les rejoindre d'ici 2027. Une première capacité opérationnelle est attendue cette année à Brest. À terme, chaque module doit comprendre deux USV avec sonar remorqué et ROV, ainsi que deux AUV (trois A27 déjà livrés seront remplacés par huit A18-M entre 2028 et 2030). Les objectifs de la LPM restent inchangés avec six systèmes de drones en parc fin 2030 et huit prévus à l'horizon 2035.Â
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Ces systèmes sont dans un premier temps mis en Å“uvre depuis la terre, à Brest puis, normalement à partir de 2028, à Toulon. Mais ils ont aussi, comme c'est le cas pour les modules développés par Exail sur les nouveaux chasseurs de mines belgo-néerlandais, être embarqués pour pouvoir être projetés en haute mer et sur des théâtres d'opération extérieurs.Â
Deux navires civils pour embarquer les drones avant 2030
En attendant l'arrivée des futurs BGDM, la Marine nationale va recourir à une solution de porteur civil, avec non pas un mais deux navires, dont on ne sait pas encore s'ils seront affrétés ou achetés. À l'instar de la Royal Navy avec le Stirling Castle, la flotte française va se doter de navires conçus pour les services à offshore pétrolier et gazier. Des bateaux de bonne taille avec d'importants moyens de manutention et un vaste pont de travail permettant le déploiement de drones et robots. Appelés Plateformes modulaires de guerre des mines (PMGM), ces moyens arriveront selon le projet de loi d'actualisation avant 2030. Ils permettront notamment de déployer les systèmes de drones en haute mer. Et seront peut-être conservés durablement pour les missions dans les zones de faible danger, en particulier au large des côtes françaises, alors que les BGDM auront plus vocation, en tant que plateformes militarisées, à évoluer sur les théâtres d'opérations extérieurs. De ce fait, l'actualisation ne prévoit plus que quatre BGDM, au lieu de six, en 2035, avec en complément deux PMGM.Â
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En attendant, la Marine nationale, qui a compté jusqu'à treize chasseurs de mines tripartites (CMT), doit prolonger ceux qui restent. Ils ne seront plus que sept à la fin de cette année après le retrait de l'Andromède, datant de 1984. Les six autres ont été pour cinq d'entre eux (Pégase, Croix du Sud, L'Aigle, Lyre, Céphée et Capricorne) mis en service entre 1985 et 1988, le Sagittaire ayant quant à lui été construit en 1996. Tous seront désarmés en 2030, à l'exception du Capricorne et du Sagittaire qui doivent respectivement naviguer jusqu'en 2031 et 2032. Â
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Les cinq BBPD NG maintenus pour des livraisons à partir de 2030
Quant aux bâtiments bases de plongeurs démineurs (BBPD) mis en service en 1986-87, ils sont prolongés jusqu'en 2030 (Vulcain), 2031 (Pluton et Styx) et 2033 (Achéron), alors que le bâtiment d'expérimentation de guerre des mines (BEGM) Thétis, opérationnel depuis 1988, va continuer jusqu'en 2033. Ils seront remplacés par cinq BBPD NG, dont la commande est prévue en 2027, la livraison des trois premiers devant intervenir d'ici la fin 2030.Â
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Maîtrise des fonds marines (MFM) : quatre tandems AUV/ROV à l’horizon 2035
Complémentaire des moyens de guerre des mines dans le cadre de la stratégie de maîtrise des fonds marins (MFM), la nouvelle capacité de surveillance et d'intervention dans les grands fonds marins (jusqu'à 6000 mètres de profondeur) voit aussi ses objectifs confirmés. Un premier tandem sera constitué d'un robot téléopéré ROV-D commandé à LD Travocean et d'un drone sous-marin (AUV) A6KM développé par Exail à partir du modèle scientifique Ulyx de l'Ifremer. Ces engins devraient être livrés entre 2027 et 2028. La LPM prévoit que la Marine nationale dispose, d'ici 2035, de quatre couples AUV-ROV pour les moyens et grands fonds marins. On s'oriente ainsi probablement vers deux paires d'engins capables de plonger à 6000 mètres et deux autres pouvant atteindre au moins 3000 mètres de profondeur. L'A6KM pourra être déployé depuis les bâtiments de soutien et d'assistance métropolitains (BSAM) et outre-mer (BSAOM), et au besoin à partir du bâtiment hydro-océanographique (BHO) Beautemps-Beaupré. Quant au ROV-D, beaucoup plus lourd, il sera déployé sur le bâtiment de soutien et d'assistance affrété (BSAA) Jason, qui va être modifié à cet effet.Â
Capacité hydro-océanographique future (CHOF)
Concernant la capacité hydro-océanographique future (CHOF), une commande est prévue fin 2026 en vue d'une mise en service des deux bâtiments hydrographiques de nouvelle génération (BH NG) en 2029 et 2030. Ils succèderont aux vieux BH Lapérouse, Borda et Laplace, mis en service en 1988-89 et dont les retraits ont été repoussés entre 2027 et 2030. Les BH NG seront complétés par quatre systèmes de drones dans le cadre de CHOF. Quant au BHO Beautemps-Beaupré, opérationnel depuis 2003, il va être rénové pour durer jusqu'en 2033, au moins. La LPM prévoit sa succession par un « complément capacitaire » aux BH NG, qui sera soit un nouveau navire hydro-océanographique, soit une capacité de drone(s) océanique(s), un premier système de ce type devant être financé dans le cadre du plan d'investissement France 2030. Le Shom s’est par ailleurs déjà doté de ses premiers drones de surface et sous-marins.Â
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Un vaste effort sur les drones
Sur les drones de manière globale, les efforts vont s'accentuer, afin que ces outils se généralisent au sein de la flotte dans les années qui viennent. La LPM prévoit des investissements tous azimuts en matière de drones sous-marins, de surface et aériens, allant des micro-drones aériens aux engins de type MALE (moyenne altitude longue endurance), en passant par les drones tactiques à voilure tournante, mais aussi comme on l'a vu des drones sous-marins de guerre des mines et de surveillance des grands fonds marins, ainsi que des systèmes hydro-océanographiques qui commencent déjà à entrer en service.Â
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Il y aura aussi des drones de surface armés déployés depuis la terre et les bâtiments de surface, en particulier les frégates, dans le sillage du projet DANAE. En la matière, de premières capacités sont attendues avant 2030 et une flottille opérationnelle par type de drones de surface d'ici 2035. Pour les drones tactiques à voilure tournante du programme SDAM (flotte mixte de VSR700 et de Camcopter S-100), la LPM conserve sa trajectoire avec au moins 10 systèmes équipant les frégates de premier rang ainsi que les BRF d'ici la fin 2030 et au moins 15 systèmes à l'horizon 2035.Â
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L’aéronautique navale
Enfin, pour ce qui est de l'aéronautique navale, une réévaluation du parc de Rafale Marine n'a pas encore été actée cette fois-ci. Le format reste à 41 Rafale Marine, contre 46 à l'origine (quatre ont été perdus accidentellement entre 2009 et 2012, alors que le M1 est gardé pour l'expérimentation de nouveaux équipements), sachant que le Charles de Gaulle embarque normalement 24 avions, ce qui en laisse peu de disponibles en comptant les maintenance et l’entrainement, sans parler de l’attrition en cas de conflit. De nouveaux appareils devraient être commandés au-delà de 2030 pour remplacer les plus anciens, le format n'étant pas encore décidé puisqu'il dépendra aussi du nombre de drones de combat furtifs (UCAV) qui seront acquis pour accompagner les Rafale F5 qui opèreront sur le PA-NG.Â
Toujours au sein du groupe aérien embarqué sur le porte-avions, le renouvellement des trois E-2C Hawkeye livrés en 1998, 1999 et 2004 par les États-Unis suit son cours, trois nouveaux E-2D Advanced Hawkeye devant leur succéder entre 2027 et 2028.Â
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Dans le domaine de la patrouille maritime, le programme de rénovation de 18 des 22 Atlantique 2 vient de s'achever, ce qui permet à la Marine nationale de recouvrer des capacités de pointe dans ce domaine, en attendant ses prochains « patmar ». Ce programme doit être notifié cette année à Airbus, dont le modèle A321 XLR a été retenu comme base du successeur de l'Atlantique 2. La LPM prévoit toujours un parc de 18 avions de patrouille maritime en 2035, dont trois nouveaux appareils. Le format de la future flotte d'A321 n'est pas encore connu, mais il devrait se situer entre une douzaine et une quinzaine, avec probablement un complément en drones aériens.Â
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L'actualisation de la LPM confirme l'accélération du remplacement des avions de surveillance maritime avec la livraison des 11 premiers Falcon 2000 Albatros par Dassault Aviation d'ici 2030, le douzième allant probablement suivre en 2031. Ces nouveaux appareils vont succéder aux Falcon 50M et aux Falcon 200 Gardian dans l'Hexagone, en Polynésie française et en Nouvelle-Calédonie. Les Albatros voient le jour dans le cadre du programme AVSIMAR, qui doit aussi comprendre un volet de drones aériens.Â
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Enfin, en matière d'hélicoptères, il n'y aura pas non plus, pour le moment, d'accroissement du parc de Caïman Marine, qui reste fixé aux 27 machines actuelles en 2035. Quant aux H160 Guépard, dont 49 doivent rejoindre l'aéronautique navale, le programme a pris du retard, la livraison des premiers appareils à l'aéronautique navale étant reportée de 2029 à 2031. De ce fait, les hélicoptères qu'ils sont appelés à remplacer vont jouer les prolongations. Les trois Dauphin Pedro devraient ainsi voler jusqu'en 2033-34, les six Dauphin SPI jusqu'en 2030 au moins et les seize Panther jusqu'en 2039. S'y ajoutent les six H160 et douze Dauphin de la flotte intérimaire d'hélicoptères, qui seront là également au début de la prochaine décennie.Â
Armée de l’Air et de l’Espace : adapter les capacités existantes à la haute intensité
En ce qui concerne l'armée de l'Air et de l'Espace, l'actualisation de la LPM ne vient pas, non plus, modifier les formats globaux des forces, mais redéploie l'effort vers la haute intensité, la résilience des systèmes critiques – notamment le spatial et la défense antiaérienne –, les stocks de munitions, et bien entendu les drones et la guerre électronique. À défaut d'un véritable tournant vers l'économie de guerre, qui impliquerait l'augmentation du nombre de vecteur, la trajectoire actuelle tend, au moins, à fournir aux vecteurs disponibles la masse de capteurs, d'armements et de systèmes de soutien nécessaires à la conduite d'opérations dans un contexte de guerre de haute intensité.
Une aviation de combat stagnante
Dans le domaine de l'aviation de combat, comme pour l'aéronautique navale, le parc de Rafale ne semble pas devoir évoluer. Une déception, alors même que le chef d'état-major de l'armée de l'Air et de l'Espace avait répété à plusieurs reprises qu'il lui faudrait une vingtaine ou une trentaine de chasseurs supplémentaires pour pouvoir tenir son contrat opérationnel. Alors que le président de la République a annoncé récemment souhaiter augmenter la dotation en armements nucléaires aéroportés, on aurait pu s'attendre à ce que la LPM actuelle soit modifiée en ce sens pour doter l'armée de l'Air et de l'Espace d'un ou deux escadrons supplémentaires, en soutien à cette nouvelle posture dissuasive étendue. Or, en tout état de cause, il faudra attendre après 2035 pour cela.
Petit lot de consolation, le nouveau texte prévoit que, sur les 225 avions de combat dont sera dotée la France à l'horizon 2035 (armée de l'Air et Marine nationale confondues), au moins 47 seront des Rafale portés au standard F5. Il n'est cependant pas précisé quel sous-standard est concerné. Le standard F5, comme le F4 avant lui, devant être divisé en configurations F5.1, F5.2 puis F5.3, il est probable que cette grosse quarantaine de Rafale F5 ne comporte pas encore les principales modifications attendues, notamment l'intégration du futur missile nucléaire ASN4G, et le travail collaboratif avec le drone de combat UCAS.
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En effet, l'avancement exact du programme Rafale F5 dépendra en partie de la possible reprise de la collaboration avec les Émirats Arabes Unis, qui devaient initialement contribuer largement au financement de ce standard, mais qui semblent avoir pris leurs distances avec ce programme fin 2025, en raison de retombées économiques et industrielles jugées insuffisantes. À voir, néanmoins, si l'engagement de la France dans la défense aérienne du pays depuis le début des représailles iraniennes permettra de réinstaurer les EAU comme un partenaire majeur du Rafale F5, ce qui permettrait d'en accélérer le calendrier et l'ampleur.
On notera d'ailleurs que, si le Rafale F5 avance, le NGF (New Generation Fighter), lui, sera retardé. Un démonstrateur de ce nouveau chasseur, prévu dans le cadre du programme SCAF (Système de Combat Aérien Futur) mené avec l'Allemagne et l'Espagne, était initialement attendu avant 2030. Finalement, il n'arrivera, au mieux, qu'à l'horizon 2035… pour peu que le programme survive aux tensions grandissantes entre Dassault Aviation et Airbus.
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Un effort notable sur les avions de mission et de soutien
Si le format de l'aviation de chasse n'est pas appelé à évoluer drastiquement par rapport aux prévisions initiales, l'actualisation de la LPM prévoit cependant de nets efforts dans le domaine des aéronefs de soutien et de mission.
Le premier domaine concerné est celui du renseignement, au sens très large du terme. La flotte actuelle de quatre avions-radars (ou AWACS) de type E-3F Sentry, d'origine américaine, arrive désormais à bout de souffle, et elle devra être remplacée par quatre GlobalEye d'origine suédoise, dont seulement deux ont été commandés à l'heure actuelle.
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Le 9 mars dernier, à l'occasion d'une rencontre organisée par l'AJD (Association des journalistes de défense), Mer et Marine a pu interroger le général Bellanger sur cette récente acquisition de deux GlobalEye auprès du groupe suédois Saab. Nous lui avons notamment demandé si le format aujourd'hui envisagé, avec deux avions en commande ferme et deux autres en option, était possiblement amené à pouvoir évoluer à la hausse :
Je pense que le format n'est pas définitif. Maintenant, attendons de voir ce que va donner le GlobalEye, notamment en matière d'intégration de nouvelles fonctionnalités. Pour le coup, le GlobalEye bénéficie d'une architecture ouverte, ce qui veut dire que nous pourrons l'upgrader, l'actualiser de manière rapide. Il a quand même quelques travers que Saab est en train de corriger, notamment en matière de détection sur le secteur avant. C'est un système auquel je crois beaucoup, et je crois beaucoup justement à cette plasticité qu'il apportera dans la conduite de raid, dans la détection et dans la surveillance. Demain, le GlobalEye ne sera pas seulement un avion de détection et de surveillance, mais il pourra également contribuer directement au C2 aéroporté, et il participera aussi au renseignement d'origine électromagnétique. Donc, voyons d'abord ce que donne les deux premiers avant de nous décider pour la suite. Ce qui est très rassurant, c'est que nous sommes extrêmement proches avec nos homologues suédois. Nous sommes à peu près dans la même dynamique, et nous envisageons d'échanger au plus près, pour pouvoir rapidement nous approprier l'objet et la mission.
L'actualisation de la LPM offre au moins une certaine visibilité sur le tempo de livraison de cette nouvelle capacité. Le premier de ces nouveaux avions-radars doit être livré avant 2030, et les trois autres avant 2035. A voir, donc, si la deuxième commande portera uniquement sur les deux avions en option, sur un plus grand nombre d'appareils, ou sur des capacités dispersées à la fois sur les GlobalEye et sur de nouveaux vecteurs, de types drones ou satellites.
Du côté des avions ISR (renseignement, surveillance et reconnaissance), il n'y a pas de changements notables prévus par l'actualisation de la LPM : l'armée de l'Air et de l'Espace devrait bien disposer, à l'horizon 2035, de trois avions d'écoute électronique Archange, basés sur le Falcon 8X de Dassault Aviation, ainsi que de trois Avions légers de surveillance et de renseignement (ALSR) Vador, basés sur des King Air 350 modifiés. La trame drones MALE, cependant, devrait être largement bouleversée. Comme nous l'avions déjà évoqué en février, le retrait de la France du programme Eurodrone semble désormais acté, les six systèmes prévus pour 2035 étant purement et simplement rayés des effectifs prévisionnels.Â
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En lieu et place, l'armée de l'Air et de l'Espace disposerait dès 2030 d'une première « capacité de MALE de théâtre », en complément des MQ-9 Reaper actuels. Le modèle de drone en question, tout comme le rythme de livraison pour 2035, n'est cependant pas évoqué par le document. Ce point sera particulièrement crucial à observer, puisque plusieurs industriels nationaux, comme Delair, Daher ou encore Turgis Gaillard, pourraient se positionner sur ce créneau, avec des solutions plus ou moins adaptées à un usage tactique de théâtre, ou à des déploiements en outre-mer, notamment pour de la surveillance maritime et de la surveillance aux frontières.
L'aviation de transport n'est pas en reste. Outre la confirmation que les vénérables C-130H seraient retirés du service, l'actualisation de la LPM évoque l'acquisition de 6 avions de transport lourd A400M Atlas supplémentaires, ce qui ferait passer la flotte française à 41 appareils de ce type.
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Des capacités spatiales revues à la hausse
Si l'espace occupait déjà une place croissante dans la LPM initiale, son actualisation entérine un changement de nature : il ne s'agit plus seulement d'un milieu de soutien, mais bien d'un milieu de confrontation à part entière, nécessitant des capacités de surveillance, de protection, mais aussi d'action.
Le premier axe concerne la connaissance de la situation spatiale (SSA), autrement dit la capacité à surveiller l’orbite et à y suivre des satellites et engins spatiaux divers. Le radar GRAVES de l'ONERA (office national de recherches aérospatiales), aujourd'hui au cÅ“ur de cette capacité, doit progressivement être remplacé par le système Aurore, dont la commande est intervenue en 2025. Ce dernier permettra d'étendre significativement les performances de détection des mouvements orbitaux, notamment en orbite basse. À cela s'ajoute le développement de capteurs complémentaires, y compris potentiellement embarqués en orbite, afin d'assurer une surveillance plus fine et plus réactive de l'environnement spatial, en particulier face à la multiplication des objets et des comportements hostiles.
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Le deuxième axe porte sur le renseignement spatial. Le programme CERES (CapacitÉ de Renseignement Électromagnétique Spatiale) est maintenu et ses trois satellites prolongés de quelques années. Cela devrait permettre de consolider le programme CELESTE (Capacité ÉLEctromagnétique SpaTiaLE), qui a été sous-financé ces dernières années, et qui sera finalement lancé après 2035. De même, la composante optique IRIS (Instruments de renseignement et d’imagerie spatiale), qui doit remplacer les deux premiers satellites CSO, sera également retardée, avec un seul satellite attendu en 2035 contre deux initialement prévus.
Ces réductions apparentes sont cependant compensées par une inflexion doctrinale, avec le recours accru à des données commerciales, et surtout le développement de nouvelles capacités, comme la mise au point d'une capacité d'observation dans la très haute altitude (ballons, avions solaires…), disponible d'ici 2030.
Du côté des nouvelles capacités, on notera surtout l’annonce du lancement d’un satellite d’imagerie radar souverain d’ici 2035, absent de la LPM initiale. Cette dernière capacité devra s’appuyer sur les enseignements du démonstrateur DESIR (Démonstration d'Éléments Spatiaux d'Imagerie Radar Souveraine), qui doit être mis en orbite en 2029, et constituera une avancée structurante pour le renseignement militaire français, en permettant une capacité d'observation tous temps, indépendante des conditions météorologiques.
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Le troisième axe, sans doute le plus structurant, concerne les capacités d'action dans l'espace. L'actualisation prévoit ainsi le déploiement de trois satellites patrouilleurs en orbite géostationnaire, destinés à surveiller et, le cas échéant, à protéger les satellites d'intérêt stratégique. Le premier d'entre eux, désigné sous le nom de PALADIN, pourrait être mis en service dès 2027. En parallèle, des capacités offensives sont explicitement évoquées, avec le développement de moyens de brouillage sol-espace à horizon 2030, ainsi que des travaux sur des armes à énergie dirigée (laser) à l'horizon 2035.
Enfin, le segment des communications militaires évolue vers un modèle plus distribué. Si le programme SYRACUSE IV est maintenu, il est désormais complété par un accès à des constellations en orbite basse, notamment OneWeb (la livraison de 300 terminaux est attendue d’ici 2030), auxquelles les armées françaises devraient avoir largement accès dans les toutes prochaines années. Cette hybridation, appelée à se poursuivre avec le programme européen IRIS² à l'horizon 2035, vise à renforcer la résilience des communications face aux menaces de brouillage ou de destruction.
Une défense sol-air renforcée
L'un des enseignements majeurs des conflits récents, en particulier en Ukraine et au Moyen-Orient, réside dans le retour en force de la menace aérienne sous toutes ses formes : missiles balistiques, missiles de croisière, drones, voire aviation pilotée. Dans ce contexte, l'actualisation de la LPM vient corriger partiellement les lacunes capacitaires françaises en matière de défense sol-air.
L'évolution la plus significative concerne le système SAMP/T NG, pilier de la défense antimissile française, dont les livraisons seront accélérées pour le compte de l'armée de l'Air et de l'Espace. Deux systèmes supplémentaires sont prévus d'ici 2030, faisant passer le format de 8 à 10 systèmes, puis 12 à l'horizon 2035. Le tout en configuration NG, avec une conduite de tir modernisée, un radar GF 3000 et une pleine exploitation des capacités du missile Aster 30B1NT. Même son de cloche du côté de l'armée de Terre qui, à l'horizon 2035, devrait disposer de 15 systèmes surface-air à courte portée MICA-VL, au lieu des 12 prévus.
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En parallèle, l'effort porte également sur la détection. L'actualisation prévoit l'acquisition de deux radars semi-mobiles supplémentaires, ainsi que de 16 radars de courte portée spécifiquement dédiés à la lutte anti-drones. Ce renforcement du maillage radar, quasiment doublé par rapport à la LPM initiale, est essentiel pour faire face à des menaces de plus en plus diffuses à basse altitude. La dotation en fusils anti-drones, toutes armées confondues, sera également renforcée, avec 1050 équipements disponibles en 2035, là où la LPM de base d'en prévoyait que 200 environ.Â
Enfin, la montée en puissance de la défense sol-air s'accompagne d'un effort sur les effecteurs. Les livraisons de missiles Aster, destinés aux systèmes SAMP/T, ainsi que de MICA, devraient augmenter de manière significative, dans des proportions allant de +30 % à +50 % par rapport à la trajectoire initiale. Une évolution qui traduit le passage d'un modèle dimensionné pour des opérations limitées à un modèle plus robuste, capable d'absorber un engagement de haute intensité dans la durée, en permettant à chaque système de disposer de plus de stocks de munitions.
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Néanmoins, entre la rédaction de cette actualisation de la LPM et sa publication, les opérations au Moyen-Orient ont entrainé une forte consommation de ces mêmes Aster et MICA. Il est dès lors possible que, très rapidement, ces évaluations soient encore revues à la hausse, l'augmentation de 30% à l'horizon 2030 risquant d'à peine compenser la surconsommation des derniers mois…
De gros efforts sur la lutte anti-drone, et la dotation de drones légers
La généralisation des drones sur le champ de bataille, du niveau tactique au niveau opératif, constitue sans doute l'un des bouleversements les plus marquants des conflits récents. L'actualisation de la LPM en tire des conséquences directes, en opérant un double mouvement : équiper massivement les forces en drones légers, et développer en parallèle une panoplie complète de moyens de lutte anti-drone (LAD).
Sur le premier point, la logique retenue est clairement celle de la diffusion massive. Là où les drones étaient encore récemment concentrés dans des unités spécialisées, ils sont désormais appelés à être déployés à tous les échelons, jusqu'au niveau des unités élémentaires. Le document évoque des acquisitions réalisées « au besoin », dans une logique d'agilité et de réactivité, rompant avec les cycles d'armement traditionnels. Cette approche vise à permettre une adaptation rapide aux évolutions technologiques, mais elle pose également la question de la soutenabilité logistique et de la standardisation des flottes, qui se comptent désormais en milliers voire en dizaines de milliers d'exemplaires, selon les modèles de drones concernés.
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En parallèle, les capacités de lutte anti-drones font l'objet d'un effort structuré. Plusieurs systèmes sont mentionnés, parmi lesquels MILAD, PARADE, PROTEUS ou encore BASSALT, couvrant un spectre allant de la détection à la neutralisation. À cela s'ajoute le développement de solutions plus innovantes, notamment des armes à énergie dirigée, capables de traiter des essaims de drones à coût marginal réduit.
L'enjeu est ici double : protéger les emprises sensibles sur le territoire national, mais aussi garantir la survivabilité des forces déployées en opération, face à des adversaires désormais capables de saturer les défenses avec des moyens peu coûteux.
Attention, toutefois, à ne pas trop attendre d'une LPM sur cette capacité LAD, qui se doit par définition d'être particulièrement réactive, avec un cycle d'obsolescence et de renouvellement qui dépasse largement le cadre pluriannuel d'une loi de programmation militaire. Dès lors, que ce soit pour l'acquisition de mini-drones, l'acquisition de munitions rôdeuses (ou One Way Effectors), ou l'acquisition de systèmes anti-drones, il conviendra de suivre les programmes au fil de l'eau.
Stocks de munitions, nouveau focus de la LPM
C'est sans doute sur ce point que l'actualisation de la LPM marque la rupture la plus nette avec la trajectoire initiale. Là où la programmation précédente restait encore largement inscrite dans une logique de gestion optimisée des stocks, le nouveau texte assume pleinement un basculement vers une logique de stocks de guerre, dimensionnés pour encaisser un engagement de haute intensité dans la durée.
Les augmentations prévues sont, à cet égard, particulièrement significatives. Les livraisons de bombes guidées AASM, utilisées par les Rafale de l'armée de l'Air et de la Marine nationale, devraient ainsi croître de 240 %, traduisant un besoin accru en armement air-sol de précision, adapté à des opérations soutenues. Du côté des missiles air-air, les hausses sont également substantielles : entre +55 % et +90 % pour les MICA et METEOR, afin de soutenir un volume d'engagement aérien plus important et plus durable. La LPM acte également le lancement d'un nouveau programme de missile à très longue portée, évoqué par le CEMAAE depuis quelques mois. Destiné à suppléer puis remplacer le METEOR, ce missile doit être développé conjointement avec le Royaume-Uni, et sera très probablement basé sur le METEOR lui-même.
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Enfin, les missiles de frappe dans la profondeur, tels que le SCALP ou le MdCN, voient leurs livraisons augmenter dans des proportions encore plus marquées, de +85 % à +170 %, signe d'un retour assumé des capacités de frappe stratégique conventionnelle.
Au-delà des volumes, c'est toute la chaîne industrielle qui est concernée. L'actualisation insiste ainsi sur la nécessité de réduire les délais de production, d'augmenter les cadences, et de sécuriser les approvisionnements en composants critiques. Cette montée en puissance industrielle constitue une condition indispensable à la crédibilité de cette nouvelle politique de stocks.
En creux, cette évolution souligne une prise de conscience tardive mais réelle : dans un conflit de haute intensité, la supériorité technologique ne saurait compenser durablement un déficit de masse. En ce sens, les munitions – et le soutien électronique – apparaissent bien comme le véritable nerf de la guerre dans cette actualisation de la LPM.
Des grands programmes terrestres globalement préservés, mais sous tension
Contrairement à d'autres segments capacitaires, les grands programmes structurants de l'armée de Terre ne font pas l'objet de remises en cause majeures dans l'actualisation de la LPM. Le programme SCORPION demeure ainsi le socle de la transformation des forces terrestres, avec la poursuite des livraisons de Griffon, Jaguar et Serval, appelés à remplacer progressivement les parcs anciens de VAB, AMX-10RC et VAB Ultima.
Toutefois, cette continuité masque certaines tensions. D'une part, les cadences de livraison restent contraintes par les capacités industrielles, alors même que les retours d'expérience des conflits récents plaident pour une accélération. D'autre part, la question de la masse demeure posée. Si les nouveaux véhicules offrent des gains indéniables en termes de protection, de connectivité et de puissance de feu, leur nombre reste calibré pour un modèle d'armée expéditionnaire, et non pour un engagement prolongé de haute intensité sur le continent européen. Si le décalage du programme VBAE, devant conduire à l’achat de nouveaux 4×4 de reconnaissance (886 attendus d’ici 2035), est particulièrement commenté, il est sans doute plus inquiétant de voir que le programme EGC (Engins du Génie de Combat) est décalé d’un an, alors même que ces capacités apparaissent essentielles pour soutenir des opérations de combat de haute intensité.
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Du côté des chars de combat, actant le fait que le MGCS (Main Ground Combat System) franco-allemand est au point mort, à défaut d'être officiellement annulé, l'actualisation de la LPM prévoit des études portant sur le développement d'une capacité de char intermédiaire, pour éviter une rupture de capacité après le retrait des Leclerc, et avant l'arrivée du MGCS.
Enfin, l'actualisation confirme la poursuite du renouvellement des capacités d'appui, avec notamment les systèmes d'artillerie CAESAR, dont les livraisons doivent se poursuivre pour compenser les cessions à l'Ukraine et renforcer les capacités nationales. Là encore, l'enjeu porte moins sur la nature des équipements que sur leur volume et leur disponibilité réelle. Ici aussi, la dotation en munition de 155 mm sera cruciale, avec une augmentation de +190 % (2030) et +160 % (2035) par rapport aux prévisions initiales.
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La poignée de lance-roquettes unitaires (LRU) encore en service dans l'armée de Terre doit également être remplacée par 26 systèmes de nouvelle génération, dont le modèle reste à définir. Alors qu'il était initialement prévu que ces 26 systèmes soient livrés en 2035, l'actualisation de la LPM évoque la possibilité d'une livraison totale avant 2030, même si ce point reste au conditionnel dans le texte.
L'actualisation de la LPM confirme également un point majeur, qui concerne les trois armées, comme nous l'avions déjà évoqué : le développement de capacités balistiques conventionnelles d'une portée pouvant aller jusqu'à 2500 km. Les études de ce nouveau système de frappe débuteront cette année, pour une première capacité à l'horizon 2035-2036.
Hélicoptères et aéromobilité : une modernisation sous contrainte
Le segment aéromobile, pourtant central dans la manœuvre interarmes et la capacité de projection de l'armée de Terre, apparaît comme l'un des parents pauvres de l'actualisation de la LPM. Si les grands programmes sont maintenus, aucun effort significatif n'est consenti pour corriger un format déjà jugé contraint, y compris par les états-majors.
Le programme Guépard (H160M) est confirmé, avec une cible globale interarmées inchangée d'environ 169 appareils, dont 80 pour l'Armée de Terre. Toutefois, la montée en puissance reste lente : les premières livraisons ne doivent intervenir qu'à la fin de la décennie, pour une montée en régime progressive à l'horizon 2030-2035, avec seulement 5 machines (au lieu de 20) prévues en parc fin 2030 mais 85 en 2035 (+15). D'ici là , les flottes actuelles, souvent vieillissantes (notamment les Gazelle et les Dauphin), continueront d'assurer l'essentiel des missions, avec des coûts de maintien en condition opérationnelle croissants et une disponibilité en dégradation.
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Du côté des hélicoptères d'attaque, la trajectoire est encore plus contrainte. Le parc de Tigre devrait rester limité à 67 appareils, ce qui apparaît presque comme une bonne nouvelle étant donné le désengagement de ce programme de l'Australie et de l'Allemagne. L'actualisation de la LPM confirme la mise en place du standard Mk.III, désormais sobrement qualifié de rénovation à mi-vie du côté de l'armée de Terre. Mais seules 14 cellules seront rénovées d'ici 2035, sans que l'on ne sache si, au-delà de cette échéance, tout le reste de la flotte pourra être modifié au même standard. À cela s'ajoute l'absence de décision claire sur le renouvellement à long terme de la capacité d'hélicoptère d'attaque, alors que plusieurs partenaires européens ont déjà engagé des réflexions en ce sens.
Guerre électronique et numérisation du champ de bataille : l’interarmées à l’honneurÂ
L'actualisation de la LPM consacre la guerre électronique comme une fonction opérationnelle centrale, au même titre que les feux ou le renseignement. L'effort ne se limite pas à l'armée de Terre, mais s'inscrit dans une logique interarmées, articulée avec les capacités aéroportées (capacités ROEM distribuées sur des avions de missions, avions spécialisés dans la guerre électronique…) et spatiales (démonstrateurs technologiques, surveillance du spectre…).
Pour les forces terrestres, cet effort prolonge et durcit les acquis du programme SCORPION. Le système d'information du combat (SICS) et la mise en réseau des plateformes (Griffon, Jaguar, Serval) sont maintenus, mais avec un accent clair sur la résilience en environnement brouillé et contesté. Il ne s'agit plus seulement de connecter les unités, mais de garantir la continuité des communications et de la chaîne de commandement sous contrainte électromagnétique. Une capacité de combat en environnement dégradé qui dépendra autant des choix de matériels que de l’entraînement des unités et de la formation des officiers.
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En parallèle, l'actualisation prévoit un renforcement des capacités de détection, interception et brouillage à tous les niveaux, avec l'objectif explicite de déployer une guerre électronique de contact au plus près des unités de mêlée, non seulement pour l’armée de Terre, mais aussi pour l’armée de l’Air et de l’Espace et la Marine nationale, notamment pour la protection des bases et des détachements avancés. Cette capacité vise à neutraliser, dans la profondeur tactique immédiate, les drones, les liaisons de données et les capteurs adverses.
Cet échelon tactique est complété par des moyens opératifs et stratégiques mutualisés, permettant d'agir sur l'ensemble du spectre, en coordination avec les autres milieux. La cohérence d'ensemble repose ainsi sur une architecture intégrée, allant du capteur spatial jusqu'à l'effecteur déployé au contact. Au total, l'actualisation traduit un changement d'échelle: la guerre électronique n'est plus un appui spécialisé, mais un levier structurant de la supériorité opérationnelle, dont l'efficacité reposera autant sur les équipements que sur la capacité des forces à en intégrer l'usage dans la manœuvre.
© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs. Â
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