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Kamel Daoud, sentenced to three years in prison in Algeria: “The dictatorship is a forced fiction”

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Mercredi 22 avril, l'écrivain franco-algérien Kamel Daoud a été condamné par la justice algérienne à trois ans de prison ferme accompagnés d'une amende équivalente à 32 000 euros (5 millions de dinars) pour avoir évoqué dans son dernier roman Houris, prix Goncourt 2024, les traumatismes des années noires en Algérie, violant ainsi la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, mise en place depuis 1999 par le président Abdelaziz Bouteflika. Au nom de la concorde nationale, il est interdit d'évoquer en public la guerre civile.
Une sentence qui ressemble donc à une tentative de censure et à un procès politique pour faire taire Kamel Daoud, qui s'exprime pour la première fois depuis sa condamnation.

Interrogé sur sa condamnation, Kamel Daoud dénonce “un procès politique”, auquel il s’attendait, puisque son livre, Houris, était devenu, depuis sa publication, “un objet de tension, de fixation, de diffamation et d’attaque”. Il explique : “Je traite d’un sujet assez sensible, celui de la guerre civile, qui a été effacée de la mémoire, volontairement, auquel on n’a pas le droit de toucher”. Il insiste sur la violence de cette guerre largement ignorée : “L’Algérie a vécu une guerre civile atroce, qui a duré dix ans. C’est un fait de l’histoire très peu connu. Les gens sont étonnés quand on parle de centaines de milliers de morts.”L’écrivain raconte comment le gouvernement algérien a entravé un travail mémoriel pourtant indispensable et légitime : “A l’issue de cette guerre, il y a eu une décision, qui pouvait être nécessaire à cette époque-là, celle d’amnistier, d’effacer, de calmer les choses, d’offrir une issue de secours aux terroristes islamistes qui étaient dans les maquis et d’apaiser les choses. C’était un acte de réconciliation politique entre deux parties : l’armée d’un côté et les islamistes de l’autre, mais nous, les victimes, nous avons droit à une demande d’excuses. Nous avons le droit à la mémoire et je pense que l’Algérie a le droit à un récit entier, au moins pour préserver nos enfants de cette tragédie-là.”

Kamel Daoud décrit la France et l’Algérie comme “deux pays saturés d’histoire et où la fiction est toujours soupçonnée d’être un discours indirect”. Il y est ainsi très difficile, à ses yeux, d’y affirmer : “Je suis écrivain, je ne suis pas représentant politique, je ne suis pas historien, je ne distribue pas de bons points et je ne suis pas l’Arabe au service d’une idéologie ou d’une autre” et “d’incarner une sorte de différence, de droit à l’universalité, à la nuance.”Pour Kamel Daoud, “être politicien, c’est prétendre avoir des réponses”, tandis que la littérature a pour rôle “d’inventer des questions” : “La littérature, c’est affiner les interrogations, écrire sur la précarité, dire le mal et le bien. Nous lisons parce que nous y allons pour retrouver l’ambiguïté qui nous habite. On n’est pas des héros d’un récit définitif, il n’y a pas les bons et les méchants. Je lis Nabokov, Lolita, parce qu’on est tous coupables, je lis Dostoïevski parce qu’on est tous coupables aussi. La littérature, elle a inventé l’ambiguïté, la précarité, le doute sur soi.”

Au sujet de Boualem Sansal, qui a récemment quitté Gallimard pour Grasset, Kamel Daoud explique : “Je l’ai soutenu quand il était en prison, c’est un principe. S’il retourne en prison, je le referai. Un écrivain n’a pas sa place en prison. […] Now, I don’t agree with the way the divorce with Gallimard happened. Gallimard is a very beautiful company, I am very proud to belong to it, it has helped Boualem Sansal a lot. I would have liked this to happen discreetly, in silence […]. On the other hand, be careful, because I love this country, France: be careful to judge writers for their ideas, because we will end up at the auto-da-fé one day or another. What I mean is that if you don’t like Boualem Sansal, you don’t read it. But he’s in France, he can say what he wants.”Kamel Daoud dit néanmoins juger dangereuses “les proximités politiques idéologiques avec le métier d’écrire et le métier d’éditer”. Il précise : “Je conçois qu’il y ait des médias qui appartiennent à certains courants politiques, et je pense que c’est normal. Maintenant, les accointances entre des maisons d’édition et des convictions politiques propres, je les trouve désastreuses pour les écrivains et pour le métier d’éditeur. L’éditeur doit survivre, doit transcender, doit faire son métier. On n’est pas là, encore une fois, pour faire de la politique.”