Plus rien ne sera jamais comme avant. Depuis les révélations tonitruantes du 18 mars dernier issues de l’enquête de Mediapart sur Patrick Bruel, qui informe que le chanteur de 67 ans est accusé par plusieurs femmes de viols, tentatives de viols et agressions sexuelles, sa réputation est en chute libre à mesure que les langues se délient sur son comportement présumé au sujet des femmes… S’il se dit complètement innocent des faits qui lui sont reprochés, dont certains, comme le viol présumé de la présentatrice Flavie Flament, ou de la Belge Karine Viseur, sont prescrits par la loi, il a annoncé l’annulation d’une partie des concerts de sa tournée, et a dû rendre des comptes au commissariat : le 10 juin, l’interprète de Qui a le droit était en effet mis en examen pour des faits de viols, tentatives de viols, agressions sexuelles et harcèlement sexuel sur neuf femmes, avant d’être remis en liberté sous contrôle judiciaire.
“Nos clients sont désemparés”
Une affaire de violences faites aux femmes que la justice a prise très au sérieux : trois mois à peine après les première plaintes, une information judiciaire est ouverte par le parquet de Nanterre et quatre juges d’instruction sont nommés pour mener les investigations… Une rapidité peu banale pour une justice traditionnellement lente, qui ne fait pas que des heureux. Selon une enquête du Parisien parue ce mercredi 24 juin, certains professionnels du droit seraient en désaccord avec cette manière de procéder. Plusieurs avocats du tribunal de Nanterre dénoncent le deux poids, deux mesures que révèle cette affaire Bruel, alors qu’eux croulent sous des dossiers qui s’éternisent.
“Nos clients sont désemparés. Ce qu’ils voient, c’est que la justice est capable d’aller très vite alors que pour eux, ça n’avance pas”, déclare notamment Me Jordana Uzan au micro de nos confrères. Un sentiment corroboré par une victime de viol, qui a déposé sa plainte il y a plusieurs années : “C’est très bien de mettre les moyens, confie la jeune femme aujourd’hui âgée de 25 ans. Mais forcément, ça délaisse des gens comme moi. J’ai subi un viol quand j’avais 19 ans, j’ai déposé plainte. J’ai donné des informations sur mon agresseur mais il ne se passe rien.” “Les plaignants ne comprennent pas le silence et l’inertie de la justice”, ajoute Me Tristan Vieules-Augendre qui, comme nombre de ses confrères, déplore la lenteur et le manque de moyens mis sur d’autres affaires de viol concernant des anonymes.
Pourquoi le tribunal de Nanterre a-t-il mis les gros moyens sur l’affaire Bruel ?
Alors que les cabinets d’instruction sont surchargés, les avocats de Nanterres théorisent que cette affaire Patrick Bruel serait utilisée pour donner l’exemple, au mépris de dossiers moins médiatisés. Pour Jordana Uzan, la cour de justice ferait “de la com’ sur un dossier médiatique“ et serait hypocrite sur la réalité du temps qui est traditionnellement accordé à des affaires de violences sexistes et sexuelles : “Et comme ça arrive juste après l’affaire Lyhanna, on nous explique que les violences sexuelles sont une priorité.” Pourtant, le président du tribunal assume son choix, afin d’éviter que les cabinets d’instruction ne soient noyés par l’affaire Bruel.
“C’est peut-être contre-intuitif, mais ce qui a motivé ma décision, c’est précisément la surcharge des cabinets. Une telle affaire ne peut pas peser sur un ou deux cabinets parce que ça les emboliserait. On répartit la charge avec un juge qui organise le travail et peut déléguer”, explique Benjamin Deparis. Selon lui, cette affaire est particulièrement “complexe”, puisque les faits allégués sont “multiples” et commis “en différents endroits, même à l’étranger, et à différentes périodes” : “Il y a également une complexité juridique sur la prescription et la pression médiatique est forte”, continue-t-il, assumant “complètement” une décision qu’il concède être “inhabituelle”. Une réponse qui ne risque de ne pas convaincre ses détracteurs.




