Madame la Présidente,
Je souhaite remercier tout d'abord la Représentante spéciale pour les enfants dans les conflits armés, Mme Vanessa Frazier, ainsi que la Directrice exécutive de l'UNICEF, Mme Catherine Russell, pour leurs exposés précis et rigoureux. Je remercie également M. André Prospery Raymond, dirigeant de l'organisation Plan International Haïti, pour son témoignage qui nous a marqué.
Alors que nous entrons dans les trente ans du mandat « enfants et conflits armés », le rapport du Secrétaire général établit une réalité difficile à entendre mais fondée sur les faits : l'ampleur des violations graves au préjudice contre les enfants est sans précédent et pour la première fois ce sont les forces gouvernementales qui sont responsables de la majorité des violations à l'encontre des enfants.
Pour la France, le mandat « enfants et conflits armés », c'est une méthode éprouvée, c'est un constat objectif fondé sur un outil opérationnel et c'est une obligation d'action résolue.
Le Mécanisme de suivi et de communication de l'information (MRM) est au cœur du mandat. Il recense avec impartialité et rigueur les cas d'atteinte aux droits des enfants en situation de conflits armés. La France le soutient, par exemple en finançant sa mise en œuvre par l'UNICEF, en particulier en République démocratique du Congo.
Là où elles existent, les opérations de maintien de la paix sont essentielles pour la collecte de données fiables et objectives. La France attache donc la plus haute importance à ce que, en ces temps de contraintes budgétaires, la composante « protection de l'enfance » de ces opérations soit préservée dans leur conception et dans leur mandat.
Cette méthode rigoureuse permet d'établir des réalités qui ne sont pas des partis pris politiques mais sont bien fondées sur des faits.
Ainsi relevons-nous qu'en Ukraine, les enfants subissent depuis plus de quatre ans les conséquences de l'invasion illégale de la Russie. Nous exhortons une nouvelle fois la Russie à mettre fin à cette agression. Pour la deuxième année de suite, la Russie est citée à l'annexe I du rapport – situation d'autant plus inacceptable au regard de son statut de membre permanent du Conseil – et je déplore qu'une nouvelle fois la Représentante de la Russie cherche à détourner l'attention de cette vérité déplaisante, en mettant en cause, entre autres, la France, au travers d'accusations alambiquées.
Les violations commises à l'encontre des enfants palestiniens représentent, quant à elles, près d'un tiers des violations vérifiées par le rapport. Nous exhortons Israël, en tant que puissance occupante, à prendre toutes les mesures pour protéger les civils palestiniens, en particulier les enfants.
En Haïti, les enfants, qui représentent, à leur corps défendant, près de la moitié des membres des gangs, sont les premières victimes de la violence des groupes armés.
Sur la base de ces constats irréfutables, le Conseil doit agir de manière résolue.
Premièrement, sanctionner les groupes et forces armés auteurs de ces violations.
Deuxièmement, exiger des parties aux conflits le respect du droit international humanitaire en toutes circonstances, a fortiori s'agissant des enfants pour lesquels les Conventions de Genève de 1949 et leurs Protocoles additionnels prévoient un régime de protection spéciale. A cet égard, à travers l'Initiative mondiale pour le respect du droit international humanitaire lancée par le CICR aux côtés de six Etats, dont la France, et à laquelle plus de 110 Etats ont adhéré à ce jour, la France est engagée pour produire des mesures concrètes permettant d'améliorer la mise en œuvre de cette protection spéciale dans les conflits.
Troisièmement, appeler les parties aux conflits à coopérer avec les Nations unies, y compris avec l'UNICEF et le Bureau de la Représentante spéciale. Nous soulignons les évolutions positives constatées à cet égard en Syrie, qui se relève d'une longue période de guerre civile.
Quatrièmement et enfin, soutenir davantage les institutions judiciaires nationales et, lorsqu'il y a lieu, les juridictions internationales, notamment la Cour pénale internationale, dans le respect du principe de complémentarité.
Madame la Présidente,
La protection de l'enfance est la responsabilité de tous les Etats. La France appelle l'ensemble des Etats à ratifier et mettre en œuvre les protocoles facultatifs se rapportant à la Convention internationale relative aux droits de l'enfant, instrument quasi-universel.
De même, nous appelons les Etats qui ne l'ont pas encore fait à souscrire aux Principes et Engagements de Paris lancés conjointement par la France et l'UNICEF, qui sont déjà soutenus par 115 Etats et dont nous célébrerons le vingtième anniversaire en février 2027.
La protection des enfants dans les conflits armés est une question trop grave pour se prêter aux approximations ou accusations de parti-pris. La France soutient pleinement le mandat « enfants et conflits armés » dans sa mission d'établissement des faits et agit comme membre du Conseil pour mettre fin aux violations. Elle invite l'ensemble des Etats à la responsabilité.
Madame la Présidente,
Peu de réalités sont aussi troublantes que celle dont nous traitons aujourd'hui, tant les violations contre les enfants choquent la conscience humaine. En ce 80ème anniversaire de la Charte, la mobilisation du Conseil contre cette pratique est prioritaire.
Je vous remercie.

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