Roberto Fonseca met en musique la création “Islas all Stars”, présentée vendredi 12 juin, à 22h15, à Rio Loco. Le pianiste cubain mène une carrière internationale, ponctuée de nombreux concerts dans le Sud-Ouest et à Toulouse, où il est accueilli par sa famille de cÅ“ur. Rencontre.
Comment est née cette création “Islas all stars” et pourquoi avez-vous accepté de mener ce projet pour Rio Loco ?
D’abord, je voulais montrer l’importance qu’ont les îles pour la culture mondiale. Ensuite, il fallait trouver l’endroit où ce projet allait être présenté. Je pense que l’un des festivals les plus importants au monde aujourd’hui, où existe cette diversité de sons et de cultures, c’est Rio Loco. J’ai toujours adoré la façon dont le festival travaille ses thématiques. Cela se ressent quand on se promène sur cette magnifique prairie au bord de l’eau, où l’on voit aussi la diversité des gens. Et cela a beaucoup à voir avec ma musique. J’ai beaucoup d’influences de plusieurs cultures. J’ai donc immédiatement été d’accord pour conduire ce projet. D’ailleurs, il est tellement riche culturellement et spirituellement que nous avons l’intention de le présenter dans d’autres festivals. Quand on voit l’état de chaos dans lequel se trouve le monde, on a besoin de cette union et de voir les petits pays davantage représentés. Car quand ils s’unissent, ils deviennent grands.
À lire aussi :
Rio Loco 2026 : c’est parti pour cinq jours de musiques des îles et 40 concerts au fil des océans à Toulouse
Avec cette diversité de styles et d’artistes comme Ruzzo MC (ex-Orishas), Fanny J, Ebony et David Walters, comment tout cela va-t-il fonctionner ?
Je suis très serein, parce que justement, le plus difficile dans un projet était de trouver le chemin commun. Et le principal point de rencontre, c’est la musique cubaine. Il ne s’agit donc pas de faire de la musique pour faire de la musique, mais de faire passer un message, tant par les mots que par la spiritualité.
Y aura-t-il une référence ou un hommage à des artistes cubains ?
Oui, beaucoup, et il y aura des surprises. Je ne vais pas te dire maintenant parce que ce ne serait plus une surprise, mais j’aime revisiter des morceaux. Un en particulier, et la manière dont j’ai fait l’arrangement, personne ne peut imaginer le morceau qui arrive derrière. Et c’est un morceau très connu, un morceau extrêmement connu mondialement, mais l’arrangement que j’ai fait, l’introduction que j’ai créée, personne ne s’attend à ce que ce morceau arrive.
À lire aussi :
ENTRETIEN. Morcheeba au festival Rio Loco 2026 à Toulouse : “Jouer de la guitare m’a sauvé de la folie et de la prison”
À 14 ans, vous aimiez mélanger la musique cubaine traditionnelle avec le jazz nord-américain. C’était audacieux, non ?
Non, pas vraiment. Nous, les Cubains, nous avons une bénédiction, pour le dire ainsi, c’est que nous avons des écoles de musique classique avec des professeurs qui venaient d’Europe de l’Est, de Russie, de Pologne. De très bons professeurs, qui nous ont enseigné la technique, les styles. D’un autre côté, nous avons la bénédiction d’avoir la musique afro-cubaine, la musique traditionnelle, le Son montuno, le Cha-cha-cha qui sont très importants. En même temps, nous sommes aussi très proches des États-Unis. Je me souviens donc que, quand j’étais petit, à la maison, on écoutait la radio, on captait la bande FM, et il y avait des stations de jazz. Et Cuba et les États-Unis, grâce à Chano Pozo, le percussionniste, et à Dizzy Gillespie, ont créé le latin jazz, et ça, c’est super cubain. Donc la connexion entre le jazz et la musique cubaine a toujours été très importante. Même si, dans les écoles, on ne pouvait pas jouer de jazz, c’était interdit de jouer du jazz, parce qu’ils disaient que c’était l’image de l'ennemi yankee. Parmi tant d’erreurs qui ont été commises, l’une des plus grandes a été de dire aux musiciens que, dans les écoles à Cuba, on ne pouvait ni jouer ni étudier le jazz. C’est-à -dire une musique pour laquelle les musiciens cubains sont internationalement connus.
Avec les difficultés économiques et politiques actuelles, est-il encore possible de former à Cuba de grands musiciens comme vous et Chucho Valdes ?
La situation à Cuba est un désastre en ce moment. Il y a beaucoup de tristesse, beaucoup d’incertitude. Face à tous les problèmes que nous rencontrons, nous essayons de nous soulager spirituellement par la musique. Comme la musique est tellement forte pour le Cubain, la musique ne cessera jamais d’être un enseignement. Il y aura toujours des personnes pour enseigner aux plus jeunes. Pour nous, c’est la soupape d’échappement émotionnelle, spirituelle et mentale. On se sent mal ? Si on est musicien, on joue. Si on se sent bien, on joue de la musique. Si on se sent extrêmement triste, on y va et on joue.
À lire aussi :
La fête à Cesaria Evora a donné le coup d'envoi du festival Rio Loco, mercredi soir, à la Prairie des Filtres, devant 15 000 spectateurs enthousiastes
Vous jouez dans le monde entier, mais continuez-vous à jouer à Cuba ?
Oui, bien sûr. Comme j’ai la chance de tourner sur tous les continents. Tout le monde pense soit que je vis à New York, ou à Paris, ou à Barcelone, mais non, je vis à Cuba. J’espère pouvoir rentrer et reprendre ma tournée parce que la situation est incertaine. Les avions commencent, s’arrêtent. En ce moment, dans la zone où je vis, les coupures d’électricité durent 25, 26 heures. Il faut donc que quelque chose change. Nous, les Cubains, nous ne pouvons pas continuer comme ça.
Le changement peut-il venir de l’intérieur ?
Je vais être sincère. Je ne me mêle pas de politique, mais il y a une vérité que je dis toujours. Il y a beaucoup de choses dans la politique étrangère envers Cuba qui doivent changer, parce que ce n’est pas juste. Mais en même temps, à l’intérieur de Cuba, il y a aussi beaucoup de choses qui doivent changer. Parce que parfois, ce n’est pas seulement la politique que l’on mène de l’extérieur vers Cuba, mais ce sont des façons de penser à l’intérieur de Cuba. C’est la chose qui me fait beaucoup souffrir en ce moment, parce que je vois beaucoup de gens qui souffrent.
À lire aussi :
Rio Loco 2026 : poulet grillé, burger rougail et colombo, treize chefs et 900 repas par soir à la Guinguette des chefs
Est-il vrai que vous êtes accueilli dans une famille toulousaine ?
Oui, c’est vrai. Je les appelle “les tontons” et eux, ils m’appellent leur neveu. Ce sont deux personnes qui m’ont énormément soutenu et qui continuent de me soutenir. Ils s’appellent Jean-Marie et Françoise. On s’est rencontrés à un concert du Buena Vista à Juan-les-Pins. Je sortais de scène et, au moment où je passe, ils commencent à chanter une mélodie d’un de mes disques. Je m’arrête net. Et à partir de là , c’est devenu une de ces amitiés où on est presque de la famille. Ils ont eu aussi la gentillesse de m’offrir un piano. Parce que j’ai fini par avoir un piano maintenant, à 50 ans, avant je n’en avais pas. Ils ont fait tout leur possible pour m’envoyer un piano à Cuba. J’ai pu ainsi continuer à créer de la musique. Cette connexion a comme éveillé en moi le désir de faire de la musique de film. Je suis très concentré, en ce moment, pour pouvoir travailler pour le cinéma.







