Spotify, accusé par ses détracteurs de ne pas en faire assez contre les musiques générées par intelligence artificielle, a de nouveau évoqué ce sujet lors d’une présentation à laquelle BFM Tech a pu assister.
Alors que Deezer communique beaucoup sur son détecteur de musiques générées par l’IA depuis plusieurs mois, Spotify repart au combat pour défendre son modèle, consistant à ne pas imposer de label ni à supprimer ou invisibiliser les titres ou artistes concernés, mais aussi à ouvrir les vannes de remixes par IA.
Le service de streaming leader de son secteur, interrogé à ce sujet par BFM Tech lors d’une conférence de presse, a de nouveau défendu son modèle, qu’il décrit comme “non figé dans le temps”.
“Il y a forcément un humain quelque part”
“Sur l’intelligence artificielle, nous n’avons pas une politique qui est figée dans le temps,” précise Antoine Monin, directeur général de Spotify pour la France et le Benelux. “Il y a forcément un humain quelque part, et il n’y a pas encore de robot capable d’uploader de la musique.”
Pour Spotify, “avoir une position dogmatique”, comme ce serait le cas de Deezer qui a fait de l’IA sa bête noire afin de “préserver les vrais artistes”, reviendrait à “avoir une piètre vision de l’industrie musicale”.
“Quand on a inventé la radio, on nous a dit que c’était la mort des artistes, pareil pour la platine vinyle,” ajoute Antoine Monin. “Si vous n’avez pas de talent au début, vous n’en aurez pas plus à la fin”, lâche-t-il. Mais justement avec l’IA le talent est-il encore un prérequis quand un prompt bien conçu suffit?
Pour la plateforme, ce n’est justement pas qu’une question de prompt que l’on aurait écrit à la va-vite sur des plateformes spécialisées comme Suno. Car même si une musique a été générée par IA, il y aurait toujours des petites mains qui pourraient venir la modifier afin qu’elle puisse ensuite fonctionner auprès des auditeurs. Une vision volontairement angélique?
Les ayants droit attendus au tournant
Contrairement à Deezer, qui affiche sur les pages d’album qu’un ou des morceaux ont été générés par IA, Spotify se contente de laisser cette tâche aux maisons de disque, au sein des crédits: “Ce n’est pas à nous de mettre un label sur les artistes. Ce n’est pas à nous non plus de juger le processus créatif. Aujourd’hui, il y a de l’IA partout, que ce soit dans les logiciels de mixage ou de création, alors à quel moment on considère que ce n’est pas bien?”, questionne-t-il. Il insiste également sur la multiplication des accords signés entre les maisons de disque et les plateformes de génération de musiques par IA.
Spotify voudrait plutôt que le monde politique, comme les organismes liés à la culture, se saisissent du sujet. Aujourd’hui, selon Antoine Monin, le sujet n’est pas de rayer de la carte des morceaux générées par IA, mais plutôt de rémunérer ceux qui les imaginent. Sur ce point, la Sacem, en France, joue la montre, avance la plateforme. “Le principe fondamental, c’est le respect du droit d’auteur”, assure le représentant du géant du streaming, qui explique qu’une rémunération n’est de toute façon possible que s’il y a une structure derrière l’artiste (label, producteur, ayants droit).
“De tout temps, ce sont les artistes qui se sont emparés des sujets d’innovation qui ont fini par émerger ensuite. Et une fois le respect du droit d’auteur réglé, la manière dont ils y auront recours sera importante,” conclut Antoine Monin.
Deezer met en avant le choix des consommateurs
Contacté par BFM Tech, Deezer explique que si “chacun est libre de ses choix et des valeurs qu’il souhaite défendre,” la plateforme française rappelle néanmoins privilégier “la transparence et le respect des droits des artistes”:
“Le signalement des contenus générés par IA répond à une demande des utilisateurs – 80% des consommateurs de 8 pays interrogés par Ipsos en novembre 2025,” rappelle Deezer, qui ajoute que son détecteur IA est avant tout développer pour lutter contre la fraude et “préserver une rémunération équitable des créateurs humains”.
“Nous sommes favorables à l’IA en tant qu’outil créatif pour les artistes et les fans, tant qu’elle est utilisée de manière transparente et responsable,” précise la plateforme française dans sa déclaration.



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