Alors que 20 000 marins sont bloqués dans le détroit d’Ormuz, des profiteurs de guerre proposent des services de ravitaillement à des prix exorbitants
Alors que près de 20 000 marins sont toujours bloqués dans le détroit d’Ormuz, des profiteurs de guerre proposent des services de ravitaillement à des prix démesurés. Décryptage.
C’est le 49e jour de blocage dans le détroit d’Ormuz. Des centaines de navires sont toujours à l’arrêt, isolés du reste du monde. Nous avons obtenu des images qui révèlent les misères subies par certains équipages et l’émergence d’un réseau de ravitaillement très lucratif. La vidéo est filmée depuis un porte-conteneurs bloqué. Il est abordé par un petit bateau chargé de colis. Soulagement de l’équipage chinois. “Vous voyez ça ? Vous voyez ? C’est notre nourriture !” lance l’un des hommes.
Les colis de vivres sont acheminés par grue à bord du porte-conteneurs pour nourrir l’équipage bloqué. Nous avons identifié le navire ravitailleur. Son nom ? Dulsco, pavillon Émirats arabes unis. Sur une application de suivi du trafic maritime, nous l’avons retrouvé, localisé à Dubaï. Il effectue des allers-retours incessants entre Port Rachid, son port d’attache, et plusieurs navires bloqués. Nous avons identifié plusieurs entreprises similaires, basées dans les ports émiratis. Depuis le début du blocage, certaines ont fait flamber les prix de leurs livraisons, selon un marin chinois que nous avons pu joindre : “1,88 dollar la bouteille d’eau, 24 dollars le kilo de légumes. La viande est plus chère, 45 dollars. C’est trois fois le prix habituel”.
Un marché noir commence à s’installer avec des organisations clandestines. “Les prestataires sur les réseaux sociaux qui ont monté leur petite société, et à partir d’un bateau de pêche ou de n’importe quelle embarcation qui traîne dans le coin vont se permettre de fournir des aliments sur lesquels il n’y a aucun contrôle sanitaire”, explique Emmanuel Chalard, délégué syndical CGT officiers de la marine marchande.
Car la demande est croissante, près de 20 000 marins sont toujours bloqués. Les étagères de certains bateaux se vident, les estomacs aussi. Certains marins se disent contraints de pêcher pour avoir de quoi manger. Plus critique encore, économiser l’eau douce. Des membres d’équipage se filment, tenant minutieusement les comptes : “Si on fait le calcul, il nous reste 167 tonnes d’eau disponible. Hier, on n’a utilisé que 3 tonnes. On surveille ça très près, chaque jour”. Comme le reste du monde, les équipages souffrent aussi de la hausse des prix du carburant à chaque ravitaillement. Et là non plus, ils n’ont encore aucune perspective d’amélioration.


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