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La Banque de défense, lhypocrisie linguistique et le déni souverainiste

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Le Canada sera l'hôte de la nouvelle Banque de la défense, de la sécurité et de la résilience. Très grossièrement, il s'agira d'une sorte de bras financier de l'OTAN (Organisation du traité de l'Atlantique Nord), afin de soutenir la capacité de défense des pays membres.

Quatre villes canadiennes, dont Montréal, se disputent le siège social, le prestige et les retombées espérées. Le soutien des politiciens québécois envers la candidature de leur métropole est presque aussi unanime qu'envers son équipe de hockey. Seul Québec solidaire s'y oppose, pour des raisons idéologiques.

(Madame Ghazal, nous aussi on est contre la guerre, mais allez donc expliquer ça à Vladimir Poutine ou à Donald Trump.)

Malgré les qualités de Montréal, la candidature d'Ottawa semble plus logique, ne serait-ce que parce que la capitale fédérale est à la fois le siège du gouvernement et du ministère de la Défense et de l'Armée, ainsi que celui de la quasi-totalité des ambassades étrangères présentes sur le territoire canadien.

Cela n'empêchera pas Toronto, Vancouver et Montréal de faire du lobbying en espérant que la Banque de défense s'installera chez elles, et chacun des maires et premiers ministres de vanter leur ville et leur province. Parce que c'est ce que font les politiciens.

Ce qui est fascinant, ce sont certains des arguments invoqués pour promouvoir la candidature montréalaise.

Dans une lettre au National Post, le ministre des Relations internationales et de la Francophonie du Québec, Christopher Skeete, a rappelé que Montréal est « la seule métropole nord-américaine dont le français est la langue officielle et où l'anglais demeure incontournable en affaires, en science et en diplomatie ».

Le siège de l'OTAN est en effet situé à Bruxelles, et ses deux langues officielles et fondatrices sont le français et l'anglais, comme le précise l'article 14 du Traité de l'Atlantique Nord.

Bernard Drainville, maintenant ministre de l'Économie, en a rajouté une couche, mentionnant que les 18 pays qui ont appuyé le Canada « seraient très heureux que la banque atterrisse dans une ville multilingue » où on peut « trouver des gens qui parlent [leur] langue ».

D'autres points forts de Montréal ont été soulevés. Oui, oui, le lien avec l'Europe, les organisations internationales, l'intelligence artificielle, l'aérospatiale (ce n'est pas la Banque de défense qui va construire les avions militaires, mais passons).

Mais « la seule métropole nord-américaine où l'anglais demeure incontournable » ? « Une ville multilingue » ?

Le gouvernement qui, depuis huit ans, a mis au cœur de son action législative la menace de l'anglais et le déclin du français (qui ne « décline » pas tant que ça, en passant) voit soudainement des vertus au bilinguisme et au multilinguisme de sa métropole ?

En fait, c'est surtout l'anglais dont il est question. Personne ne parle « multilingue ». Mais beaucoup d'Allemands, de Norvégiens, de Finlandais et d'Européens de l'Est parlent anglais, sans compter les Britanniques et les Américains. Et c'est vrai que Montréal est plus anglophone que Vancouver, Toronto ou même Ottawa sont francophones. Mais depuis quand la Coalition avenir Québec (CAQ) trouve-t-elle qu'il s'agit d'un avantage ?

On parle du même gouvernement qui a haussé les exigences linguistiques pour les petites entreprises, malgré les coûts additionnels et le message envoyé aux entrepreneurs, et malgré le lien ténu entre la langue de travail avec des clients et partenaires internationaux et la langue parlée en public.

On parle du même gouvernement que celui qui a assoiffé les universités anglophones et haussé le coût des études des étudiants du ROC (rest of Canada) parce que le précédent premier ministre trouvait que ça parlait trop anglais à Montréal.

On parle du même gouvernement que celui qui a imposé un plafond d'étudiants pouvant étudier en anglais au cégep, et qui menace de forcer les élèves déjà inscrits en anglais à la formation professionnelle et aux adultes à suivre leurs cours en français.

On parle du même gouvernement que celui qui a pensé à légiférer pour interdire le « Bonjour-Hi ». Et là, on vante le caractère anglais de la métropole ? Ben coudonc. C'est Michael Rousseau qui serait content.

La palme de la dissonance cognitive va néanmoins au Parti québécois (PQ), dont le député Pascal Paradis (salut, mon ami !) a offert un vibrant plaidoyer pour la candidature de Montréal, vantant la « diversité linguistique » de Montréal et dénonçant la « campagne de peur » de Toronto, après que le premier ministre ontarien eut évoqué peu subtilement l'éventuelle tenue d'un référendum au Québec.

D'accord. Peut-on se mettre à la place des dirigeants de l'OTAN, juste deux minutes ?

Les pays membres de votre organisation ont choisi le Canada, et un peu Mark Carney aussi, à la suite du repositionnement face aux États-Unis qu'a illustré son discours à Davos.

Pour le siège de la nouvelle Banque de défense, vous avez le choix entre quatre villes. L'une d'elles est située dans une province qui pourrait faire sécession, ou à tout le moins tenir un référendum sur la question, comme le promet le chef du Parti québécois. Accessoirement, c'est aussi le politicien qui a le plus de chances de devenir premier ministre dans cinq mois.

Paul St-Pierre Plamondon a aussi dit qu'il considère que Mark Carney — le gars qui a gagné la candidature du Canada — est en position de « domination coloniale » sur le Québec, comme l'Angleterre pouvait l'être envers l'Inde ou l'Afrique du Sud. Sans blague.

Un autre chef de parti souverainiste, Yves-François Blanchet, a soutenu pour sa part que le fédéralisme canadien représente pour le Québec une plus grande menace que les États-Unis.

Même si la rhétorique enflée relève davantage de la posture que du contenu, allez-vous sérieusement insister pour installer le siège social de votre nouvel organisme dans une région qui pourrait se déchirer pendant des années sur son statut politique, avant et après un éventuel référendum, quand il y a d'autres villes parfaitement convenables, dont la capitale du pays (Ottawa) et sa métropole financière (Toronto) ?

Moi non plus.

La « campagne de peur » qu'ont dénoncée des politiciens de toutes allégeances n'est pas envers le Québec, et elle ne vient pas de Toronto. Elle est un produit bien québécois, manufacturé par les politiciens indépendantistes et dirigé vers Ottawa, parce que ça sert leurs intérêts.

Mais, parfois, le boomerang revient et il y a des conséquences. Ça serait honnête de le reconnaître.