Le réalisateur a reçu, au Festival de Cannes, le Grand Prix pour son film “Minotaure”.
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Le cinéaste russe exilé en France Andreï Zviaguintsev, qui avait appelé à la fin du “carnage” en Ukraine en recevant le Grand Prix du Festival de Cannes, a livré une nouvelle charge contre le pouvoir russe en l’accusant de répandre “le chagrin et les larmes”.
Récompensé le 23 mai soir à Cannes pour Minotaure, drame de la bourgeoisie russe sur fond de guerre en Ukraine, le réalisateur avait exhorté le président russe Vladimir Poutine à “mettre fin à cette boucherie” et au “carnage”, s’attirant la réponse acérée de Moscou.
Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a reproché le 25 mai au cinéaste de n’avoir jamais “condamné le massacre sanglant” qui aurait été perpétré à partir de 2014 par l’Ukraine dans la région du Donbass, théâtre d’une révolte de séparatistes pro-russes pilotée par Moscou. Ce conflit a constitué l’amorce de l’invasion russe à grande échelle de février 2022. “S’il l’avait fait à l’époque, il aurait sans doute eu son mot à dire. Mais il n’a plus ce droit”, estime-t-il.
Dans un communiqué transmis jeudi à l’AFP par la production du film, Andreï Zviaguintsev lui a, à son tour, répondu sèchement : “Oui, c’est très juste : je n’ai pas voix au chapitre de même que ne l’ont pas non plus une centaine de millions de citoyens russes. Parce que vous n’avez jamais entendu leurs voix”, écrit-il dans ce message traduit en français.
Selon le réalisateur de 62 ans, la seule réponse “juste et rationnelle” des autorités russes devrait être “de mettre fin à cette guerre aussi impitoyable qu’insensée”, sans quoi “rien de bon ne pointe à l’horizon”.
“Rien hormis le chagrin et les larmes ; hormis la déconvenue et une dépressive apathie ; hormis les membres arrachés de vos concitoyens au nom d’un but illusoire ; hormis le massacre de jeunes gens dont le pays a besoin pour construire la vie et l’avenir”, énumère le cinéaste.
Tourné en Lettonie, Minotaure retrace la dérive morale d’un chef d’entreprise russe trompé par sa femme et s’arrangeant avec les appels à la conscription pour aller combattre sur le front ukrainien. Il s’agit d’une adaptation de La Femme infidèle de Claude Chabrol, sorti en 1969, à revoir sur Arte. À Cannes, Andreï Zviaguintsev avait déclaré à l’AFP douter de voir son film un jour projeté dans son pays en raison de son propos anti-guerre.




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