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Au bout de cinq ans, le différentiel sera frappant: le chef détat-major des Armées alerte sur le décrochage de la France par rapport à lAllemagne qui dépense trois fois plus chaque année

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Auditionné mi-mai par la commission des Finances au Sénat, le chef d’état-major des Armées Fabien Mandon a pointé un risque de “décrochage” vis-à-vis de l’Allemagne qui “prévoit de dépenser trois fois plus que la France chaque année”.

C’est une sonette d’alarme tirée au plus haut sommet de la hiérarchie militaire française. Le général Fabien Mandon, chef d’état-major des Armées, a partagé ses critiques sur les capacités industrielles de la France en matière d’armement, lors d’une audition devant la commission des Finances au Sénat le 13 mai dernier, dont le compte rendu vient d’être publié.

S’il souligne que “nos entreprises savent faire des choses remarquables, de très haute technologie”, il regrette que la BITD (Base Industrielle de Technologie et de Défense) française “ne sait pas produire vite et low cost”.

“Or c’est ce dont nous avons besoin à présent, tout en conservant des domaines de très haute technologie. Nous avons de l’orfèvrerie, de l’artisanal, alors que les armées ont besoin de prêt-à-porter. Pour faire face au niveau de menace auquel nous sommes confrontés, il faut du prêt-à-porter, et réserver la haute couture à quelques éléments clés”, a développé Fabien Mandon devant les sénateurs.

“Pour les Américains, la référence européenne devient peu à peu l’Allemagne”

Pour appuyer son propos sur “ce modèle de grande qualité qui n’est pas adapté, en temps et en coût de production, pour faire face au volume de la menace”, le chef d’état-major des Armées a rappellé certains chiffres des conflits récents ou en cours.

“Tous les soirs, 200 drones attaquent l’Ukraine. Au Proche et au Moyen-Orient, dans les premières semaines du conflit, nous avons tiré plus de missiles de défense sol-air de haute technologie qu’en quatre ans de guerre en Ukraine”, souligne-t-il.

Par exemple, il regrette que “plusieurs années peuvent être nécessaires pour certaines munitions”. Résultat, selon lui, la France “n’y est pas en matière industrielle” et alerte sur un “décrochage possible”. “Si l’Allemagne continue à ce rythme, dans cinq ans, l’argument selon lequel nous bénéficions d’une expérience opérationnelle et d’une certaine culture ne tiendra plus. Pour les Américains, la référence européenne devient peu à peu l’Allemagne. Les Allemands prévoient de dépenser trois fois plus que la France chaque année. Au bout de cinq ans, le différentiel sera frappant”, a prévenu Fabien Mandon.

Selon un rapport publié en février dernier par l’Institut international d’études stratégiques, l’Allemagne est le quatrième pays qui dépense le plus en matière de défense dans le monde, derrière les États-Unis, la Chine et la Russie. Selon ce classement, la France se trouve en huitième position.

Alors, l’actualisation de la loi de programmation militaire, actuellement débattue au Sénat et qui prévoit une rallonge budgétaire supplémentaire pour les armées, pourra-t-elle combler les difficultés énoncées par Fabien Mandon? Ce dernier se montre dubitatif.

“Le Premier ministre, alors ministre des armées, avait utilisé l’image du poids de forme, en évoquant un budget de l’ordre de 100 milliards d’euros par an. Nous n’y sommes pas: nous consacrons moins de 2,5% de notre PIB à la défense. Mais c’est ce vers quoi nous tendons”, indique le chef d’état-major des Armées.

Le projet de loi doit portere à 436 milliards d’euros les dépenses militaires prévues d’ici 2030. Les sénateurs Les Républicains ont plaidé pour une enveloppe supplémentaire de 14 milliards d’euros, une proposition rejetée de peu ce mardi soir. Et même si le budget sera revu à la hausse, le modèle des armées françaises restera identique avec aucune commande supplémentaire de Rafale ou de frégates par exemple. Ces équipements avaient pourtant été réclamés par Sébastien Lecornu lorsqu’il était ministre des Armées.