La dégradation s'installe. Le 155e baromètre Grant Thornton de la confiance des PME-ETI, publié mi-avril, confirme un basculement durable du climat économique. Réalisée par OpinionWay auprès de 220 dirigeants, l'étude met en lumière une chute marquée de l'optimisme, dans un contexte international sous tension.
“Mars nous alertait. Avril confirme : les dirigeants d’ETI et de PME ne font plus face à un choc conjoncturel, mais à une recomposition profonde des équilibres économiques mondiaux. La prudence s’est installée dans les stratégies, l’emploi marque le pas, les arbitrages s’imposent. C’est précisément dans ces moments-là que l’accompagnement de qualité fait la différence, celui qui aide à décider, pas seulement à attendre“, a déclaré Adam Nicol, président de Grant Thornton.
Une confiance en berne dans l’économie français et mondial
Le signal est net d’après l’étude : seuls 22 % des dirigeants se déclarent optimistes quant à l'évolution de l'économie française, un niveau historiquement bas depuis la sortie de la crise sanitaire, contre 66 % un an plus tôt. Tous les secteurs sont touchés, avec une majorité d'acteurs inquiets dans l'industrie, le commerce et les services.
À l'international, la situation est encore plus dégradée. La confiance chute à 18 %, un plancher inédit depuis 2020. En cause, les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, qui amplifient les effets du choc pétrolier et perturbent les chaînes d'approvisionnement mondiales.
Activité : un recul généralisé
Les perspectives d'activité des entreprises elles-mêmes reculent également. Ce mois-ci, 66 % des dirigeants se disent confiants pour leur propre entreprise, soit une baisse de 10 points en deux mois. L'indicateur passe sous les 70 %, rompant avec la dynamique positive observée en 2025. Tous les secteurs sont concernés : les services reculent à 75 %, le commerce à 65 % et l'industrie à 61 %. Un repli homogène qui traduit une inquiétude généralisée.
Jusqu'ici résiliente, la dynamique de l'emploi marque un net ralentissement. Seuls 11 % des dirigeants envisagent d'augmenter leurs effectifs, tandis que 10 % prévoient de les réduire. Le solde d'emploi tombe à 1 point, signalant une situation fragile. Cette stabilisation apparente masque un risque réel de basculement en territoire négatif, dans un environnement marqué par l'incertitude.
Croissance et investissements sous pression
Les perspectives de croissance se contractent fortement : 39 % des dirigeants anticipent une progression, contre 55 % en février. À l'inverse, la stagnation devient le scénario dominant pour 50 % d'entre eux.
Les arbitrages stratégiques évoluent. La part d'entreprises se déclarant non concernées par certains investissements augmente, notamment en R&D et à l'international, traduisant un recentrage sur les priorités immédiates. Par ailleurs, 26 % des dirigeants envisagent des opérations de croissance externe, dont 10 % de manière certaine.
Les tensions internationales redeviennent la principale préoccupation des dirigeants : 61 % placent les enjeux géopolitiques en tête de leurs inquiétudes. Par ailleurs, 64 % estiment que le conflit au Moyen-Orient influence leurs perspectives.
Stratégies d'adaptation et recentrage
Face à ce contexte, les entreprises ajustent leurs stratégies. Près de 59 % anticipent un impact sur leurs prix, majoritairement à la hausse, sous l'effet des coûts énergétiques. Les chaînes d'approvisionnement évoluent également : 53 % des dirigeants envisagent des modifications, entre diversification et réduction des fournisseurs.
Enfin, les projets énergétiques sont réévalués. Près d'un dirigeant sur deux prévoit des ajustements, entre ralentissement et accélération des investissements. Dans ce climat incertain, certains enjeux comme les compétences, la cybersécurité ou la réglementation passent temporairement au second plan, signe d'un recentrage stratégique dicté par l'urgence économique.





