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Should we continue to have deliveries?

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Aujourd’hui, il est question de morale, avec une controverse qui est dans tous vos journaux, qui est à la une de l’Humanité et à la une de l’Opinion, notamment la controverse sur les livreurs à vélo, parce qu’elle tient une tension très simple, presque embarrassante.Notre confort immédiat repose sur un travail dont nous savons désormais qu’il est au mieux précaire, au pire, complètement exploité. Les enquêtes, notamment celles de Médecins du Monde, décrivent pour ces livreurs à vélo des semaines de plus de 63 heures pour des revenus horaires de 6 euros en moyenne, sans protection sociale stable.Le livreur à vélo est devenu le nouveau visage du prolétaire, visible, indispensable et pourtant maintenu à distance, quelques minutes, à l’embrasure de la porte. D’où la première question morale. Faut-il continuer à se faire livrer ? Un dilemme individuel en apparence : commander, c’est participer à un système qui tire les prix vers le bas en comprimant le coût du travail, s’abstenir, c’est refuser cette logique.Mais cette alternative, évidemment, pose problème, puisqu’elle transforme un problème structurel en un choix de consommation. Ne pas commander ne change pas le modèle économique, ça permet surtout d’avoir bonne conscience.La controverse devient politique lorsqu’on l’observe. C’est ce que souligne l’Opinion, qui est un journal libéral. L’Opinion explique que ces pratiques prospèrent dans les métropoles souvent gouvernées par des majorités progressistes. Peut-on se dire humanistes et recourir à ses services ?La critique suggère une contradiction entre les valeurs affichées et la pratique quotidienne. Pourtant, elle oublie que ces plateformes relèvent d’une économie globale. Les villes ne font qu’en accueillir les effets, elles n’en fixent ni les règles, ni les incitations.Et puis il y a une seconde question, plus dérangeante encore : que va-t-il se passer lorsque ces emplois vont disparaître ? Puisque, de manière quasi-certaine, la robotisation et l’automatisation progressent dans ce domaine, et que l’on va donc réussir à faire en sorte que ces travailleurs disparaissent, soient remplacés par des robots qui livreront cette nourriture. Dans les deux cas, une population peu qualifiée va être encore plus exclue du marché du travail.Ainsi, le débat dépasse la seule question des livreurs. Il révèle une contradiction plus profonde du capitalisme contemporain : nous voulons des services rapides et peu chers, mais aussi des emplois dignes.Or, le système ne produit pas, ne peut pas produire spontanément cet équilibre, tant qu’aucune régulation collective n’imposera des règles, un salaire minimum, des effectifs particuliers, une protection.On se retrouvera au cÅ“ur de ce même dilemme avec une question beaucoup plus large : peut-on transformer une question sociale en scrupule individuelle ? C’est en fait une manière assez commode d’éviter de répondre à cette question politiquement.