Près de la moitié des enfants en Haïti, qui est en proie à une grave crise politique, économique et de sécurité, font face au quotidien à des meurtres, des enlèvements, des viols ou du recrutement forcé par des bandes criminelles.
C’est ce qu’a révélé une analyse réalisée par l'Armed Conflict Location and Event Data Project (ACLED) en collaboration avec Save the Children, une ONG internationale.
Au cours des cinq premiers mois de 2026, 47 % des enfants vivaient à moins de cinq kilomètres des lieux où des incidents violents s'étaient produits au cours des cinq premiers mois. En outre, 43 % des enfants en Haïti vivent dans le département de l'Ouest, qui comprend la capitale, Port-au-Prince, un foyer de violence et de l'activité des groupes armés dans le pays.
La situation sur l’île caribéenne ne cesse de se détériorer depuis que les gangs ont pris le contrôle d’une grande partie du territoire après l’assassinat du président Jovenel Moïse, en juillet 2021. En réponse à l'escalade de la violence et de l'anarchie dans le pays, en particulier à Port-au-Prince, Haïti a déclaré l'état d'urgence en mars 2024.
Cette situation difficile affecte particulièrement les deux millions d'enfants du pays, qui représentent environ un tiers de la population. Ils sont les plus vulnérables face à la violence et aux conséquences néfastes qu'elle entraîne.
Un homme porte un enfant alors que les habitants fuient un quartier après les violences entre gangs qui ont éclaté dans la région la nuit précédente, à Port-au-Prince, en Haïti, le 20 avril 2026.
Photo : Getty Images / CLARENS SIFFROY / AFP
Les parents ne savent plus quand leurs enfants pourront aller à l'école, jouer dehors ou même dormir toute la nuit sans entendre le bruit des coups de feu en toute sécurité
, a témoigné la directrice des opérations de Save the Children, Gabriella Waaijman, en visite à Haïti.
Ce rapport intervient alors que la Force de répression des gangs (GSF), une mission militaire internationale récemment lancée et approuvée par l'ONU, entame ses opérations à Port-au-Prince. Sa mission consiste à combattre les groupes armés qui dominent la plupart des quartiers de la capitale.
L'utilisation accrue de drones armés en Haïti pour cibler les groupes armés, en particulier dans les zones urbaines densément peuplées, a donc exposé les enfants à de nouvelles formes de violence.
Depuis mars 2025, un enfant sur quatre en Haïti a vécu à moins de cinq kilomètres d'une frappe de drone armé, ce qui accroît considérablement le risque de blessures physiques chez ces jeunes.
Le recrutement d'enfants par des gangs
Un membre d’un gang armé, âgé de 14 ans, patrouille dans les rues du quartier de Mariani à Port-au-Prince, en Haïti, le 6 octobre 2025.
Photo : Getty Images / CLARENS SIFFROY / AFP
Le document publié par Save the Children souligne aussi la complexité pour la GSF de gérer le problème croissant de l'enrôlement d'enfants par des groupes armés, qui a triplé l’année dernière selon l’UNICEF.
Ces enfants ne sont pas des combattants, mais des victimes de violations graves et doivent être traités en conséquence
, indique le rapport, qui précise que la moitié des membres des gangs est composés de jeunes.
Gabriella Waaijman, explique que les déplacements, la pauvreté et le manque d'accès aux services de base accentuent la vulnérabilité des enfants face au recrutement.
Des habitants fuient leurs maisons pour échapper aux affrontements entre des gangs armés à Port-au-Prince, le lundi 11 mai 2026.
Photo : Associated Press / Odelyn Joseph
De nombreux enfants sont recrutés sur la simple promesse d'une paire de baskets ou d'argent pour un repas sûr.
L'un des impacts les plus marquants du conflit en Haïti est l'afflux de personnes déplacées à travers le pays. Plus de 750 000 enfants font partie des 1,5 million de personnes déplacées dans une population totale d'environ 11 millions d’habitants.
Une crise de l’enfance
La directrice des opérations de l’ONG internationale parle d’une crise de l'enfance
pour le cas haïtien, soulignant les besoins non satisfaits, comme la sécurité, l’éducation, l’alimentation, qui ont un impact sur le développement des enfants.
Lorsque les enfants grandissent entourés de violence, cela façonne leur vision du monde, ce qu'ils croient possible pour leur vie, et leur capacité à imaginer un avenir libéré de la peur
, a-t-elle affirmé.
Des enfants observent les habitants qui fuient un quartier après les violences entre gangs survenues la nuit précédente, à Port-au-Prince, le 20 avril 2026.
Photo : Getty Images / CLARENS SIFFROY / AFP
À cela s’ajoute le triste constat que plus de cinq millions de personnes sont confrontées à une grave insécurité alimentaire, selon les chiffres de l'ONU.
Mme Waaijman croit que les jeunes resteront vulnérables au recrutement tant que leurs besoins fondamentaux ne seront pas satisfaits. Par conséquent, son organisation exhorte les parties concernées à prioriser le traitement des enfants rencontrés lors d'opérations de sécurité […] comme des victimes
afin qu’ils puissent être dirigés vers les services humanitaires.
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