Au lendemain de la fin du G7 à Evian-les-bains (Haute-Savoie) et avant de se rendre à une réunion du Conseil européen, Emmanuel Macron était l’invité de l’émission “L’Evénement” sur France 2, jeudi 18 juin.
Le président de la République a répondu aux questions de Caroline Roux au sujet de la guerre au Moyen-Orient, du conflit en Ukraine et de ses relations bilatérales avec Donald Trump. Depuis l’Elysée, le chef de l’Etat a aussi été interrogé sur quelques sujets de politique intérieure, comme la mort de Lyhanna, et sur son bilan, à dix mois de la fin de son mandat.
Emmanuel Macron “ne croit pas” que la guerre entre les Etats-Unis et l’Iran “soit totalement terminée”
“Ça s’est fait de manière assez spontanée”, relate Emmanuel Macron, quelques heures après la signature par Donald Trump, à Versailles, de l’accord de paix avec l’Iran. Le chef de l’Etat assure que la décision d’organiser cette signature en France a été prise “d’un accord commun” entre Paris et Washington.
“C’est une bonne chose”, mais “je ne crois pas qu’on puisse dire que [la guerre] soit totalement terminée”, avance Emmanuel Macron. “On rentre dans une nouvelle phase, qui est celle de la coopération, du dialogue”, précise-t-il, ajoutant qu’il faudrait reprendre des négociations sur le nucléaire iranien. “Pour qu’elles se finissent, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni sont indispensables, pour lever les sanctions décidées par l’ONU.”
Cet accord n’est-il pas un simple retour à la situation précédant la guerre déclenchée les Etats-Unis et Israël, avec une réouverture du détroit d’Ormuz, mais aucune garantie définitive sur le nucléaire iranien et un régime de Téhéran renforcé par ce bras de fer ? “C’est toujours mieux d’avoir un accord que la guerre, surtout quand il y a un risque d’escalade et c’était le cas”, réplique le chef de l’Etat, qui juge également que cette guerre a “affaibli” les “capacités militaires” de l’Iran.
“On n’a pas un changement de régime par des bombardements”, commente également Emmanuel Macron, estimant que “des gens autour de [Donald Trump] le poussaient à aller beaucoup plus loin, beaucoup plus fort” dans le cadre de cette opération visant l’Iran.
“Les prix à la pompe vont progressivement baisser”, juge le président
“La signature de cet accord a immédiatement baissé les prix” du baril de pétrole et “donc les prix à la pompe vont progressivement baisser”, estime le chef de l’Etat. “C’est important que le détroit d’Ormuz soit rouvert de manière durable”, poursuit-il, pour tous les navires, y compris sous pavillon français, comme celui qui a passé le détroit jeudi matin. “Nous n’avons obtenu aucune garantie, car la France n’est pas partie prenante de cet accord”, souligne-t-il, ajoutant que Donald Trump lui avait assuré que le détroit rouvrirait sans conditions et sans péage payant.
Emmanuel Macron continue de le marteler : la France “est disponible pour aider à la réouverture du détroit d’Ormuz”, même si pour l’instant, Washington ne saisit pas cette offre. Le chef de l’Etat insiste également sur la nécessité d’établir d’autres voies d’acheminement du pétrole. “On ne peut pas dépendre de ce détroit”, utilisé comme “outil de pression” par Téhéran.
Emmanuel Macron souhaite que le Liban puisse “reprendre le contrôle de ses territoires”
Emmanuel Macron insiste sur l’importance de cet accord de paix pour le Liban, alors que l’armée israélienne mène des frappes dans le sud du pays pour combattre le mouvement pro-iranien du Hezbollah. “On va très rapidement mobiliser la communauté internationale pour aider l’armée libanaise à reprendre le contrôle de ses territoires”, affirme-t-il.
Interrogé sur la position de Benyamin Nétanyahou, qui refuse de retirer ses troupes du sud du Liban, Emmanuel Macron estime que Donald Trump “a raison [quand il dit que le Premier ministre israélien] doit faire preuve d’esprit de responsabilité”. “La politique que [Benyamin Nétanyahou] continue de mener à Gaza, en Cisjordanie, et au sud-Liban est, dans la durée, contraire aux intérêts d’Israël parce qu’elle alimente le ressentiment, la violence de toutes les populations de la région”, déclare-t-il.
Emmanuel Macron estime que “l’Ukraine” résiste “très bien” face à la Russie
Plus de quatre ans après le début de l’invasion russe en Ukraine, Emmanuel Macron loue la résistance de l’armée de Kiev et sa capacité de production de drones, “stupéfiante”. “L’Ukraine est en train de très bien résister”, réagit-il. Selon lui, le G7 a permis à Donald Trump d’en prendre conscience, “une vraie avancée”.
“Quand Donald Trump est arrivé [au pouvoir], il pensait que l’Ukraine allait perdre, c’est pour cela qu’il voulait faire conclure une paix rapide, (…) ça se passait mal entre le président Trump et le président Zelensky dans le bureau ovale”, retrace le président français. “Je suis convaincu que Donald Trump va mettre plus d’engagements pour qu’on puisse collectivement aider l’Ukraine”, a-t-il ajouté.
Le “style” de Donald Trump, “c’est un peu toujours la provocation”, selon le chef de l’Etat
Interrogé sur ses relations avec le locataire du bureau ovale à la Maison Blanche, Emmanuel Macron reconnaît qu’“il y a des sujets sur lesquels on n’est pas d’accord : l’égalité hommes-femmes, le climat, le rapport au droit international. Ce ne sont pas des petits sujets”, concède-t-il. “Mais je suis pragmatique, j’ai essayé d’avoir un G7 où j’ai engagé les Américains partout où on pouvait avoir des accords”, poursuit-il.
“Le style c’est un peu toujours la provocation, plus exactement une forme de menace pour avoir un rapport de force”, analyse Emmanuel Macron. Alors que Donald Trump promet de taxer les vins français si Paris impose une taxe aux géants de la tech, le président français affirme être parvenu à “apaiser” les choses. “On a décidé d’ouvrir un travail avec l’administration américaine pour leur montrer qu’on doit taxer ces groupes”, affirme-t-il.
Pour Emmanuel Macron, “l’Europe ne met pas assez d’argent sur l’IA”
La suspension de certains outils d’Anthropic en Europe, décrétée par Washington, a aussi été au menu des discussions entre Donald Trump et Emmanuel Macron. Ce dernier se veut rassurant au sujet des modèles d’intelligence artificielle (IA) développés par l’entreprise américaine.
“Il y a deux leaders sur l’IA : les Etats-Unis et la Chine. L’Europe a décroché. En Europe, [la France] est de loin la meilleure. (…) On est champions d’Europe, maintenant on veut être dans la compétition mondiale”, a déclaré le chef de l’Etat. Emmanuel Macron déplore cependant que “l’Europe ne [mette] pas assez d’argent sur l’IA”.
“Il faut rendre nos procédures plus efficaces”, déclare-t-il après la mort de Lyhanna
Interrogé sur la mort de Lyhanna, Emmanuel Macron estime qu’“une profonde transformation est en cours” dans le pays après le choc causé par cette affaire. “Je l’ai dit dès le premier jour, il y a des choses qui n’ont pas été bien faites”, a-t-il ajouté. “Il y a un travail d’inspection qui a été demandé. Il sera rendu le 22 juin.”
“On ne doit jamais s’habituer, on doit toujours s’indigner, mais ça ne doit pas signifier l’impuissance, ni la vindicte. (…) Si on veut que cette indignation soit féconde, il faut qu’elle se traduise par des gestes utiles”. Sur le sujet, il reconnaît qu’“il faut qu’on continue inlassablement de rendre nos procédures plus efficaces”.





