Home World Lombre de Washington plane sur la présidentielle colombienne | Radio-Canada

Lombre de Washington plane sur la présidentielle colombienne | Radio-Canada

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Les élections présidentielles colombiennes qui doivent se conclure dimanche lors du second tour ont de forts échos aux États-Unis.

Des élus de premier plan, démocrates comme républicains, partagent leurs appuis entre le candidat de gauche Iván Cepeda et l'ultraconservateur Abelardo de la Espriella.

Plusieurs d'entre eux ont participé à d’imposants rassemblements politiques dans les rues de Phoenix, de Miami et de New York, un combat inusité en sol américain qui pourrait bien avoir un impact majeur sur le sort des plus de 53 millions de Colombiens.

La tension est montée d'un cran, ces derniers jours, en Arizona, où l’ICE, la police fédérale de l'immigration, a arrêté un militant colombien de gauche bien connu, Beto Coral, qui vivait aux États-Unis depuis 2015.

L'arrestation est survenue quelques jours après sa participation à des manifestations contre le candidat présidentiel préféré des républicains : Abelardo de la Espriella.

Lombre de Washington plane sur la présidentielle colombienne | Radio-Canada

Des partisans du candidat à la présidence colombienne Abelardo de la Espriella agitent un drapeau à son effigie lors de son rassemblement de clôture de campagne à Buga, le 14 juin 2026.

Photo : afp via getty images / JOAQUIN SARMIENTO

Elle a été aussitôt célébrée par des sénateurs, comme le républicain Berni Moreno (Ohio). Dans un message publié sur X, l’élu demande son expulsion.

Tu ne peux pas venir aux États-Unis, demander l’asile, puis agir comme un agent étranger de ce même gouvernement [NDLR : de la Colombie] tout en sapant simultanément notre politique étrangère, a affirmé l'élu, né à Bogota. Bonne vie de retour en Colombie.

En réponse, 11 législateurs démocrates ont adressé une lettre à la Maison-Blanche pour exprimer leur profonde préoccupation et dénoncer ce qu’ils considèrent comme une interférence potentielle dans la souveraineté du pays sud-américain.

Mais ils n'en restent pas là. Ils demandent aussi que le gouvernement américain se penche à nouveau sur les liens présumés d'Abelardo de la Espriella avec des réseaux de financement controversés.

Ils s’inquiètent des conséquences de la stratégie de la Maison-Blanche, qui favorise un camp politique au détriment du processus démocratique local.

Un panneau publicitaire sur lequel on peut lire « Cali, la première ville miracle. Mettez une rayure sur le tigre », invitant à voter pour le candidat à la présidence colombienne Abelardo de la Espriella, du mouvement « Salvadores de la Patria », le 17 juin 2026.

Un panneau publicitaire sur lequel on peut lire « Cali, la première ville miracle. Mettez une rayure sur le tigre », invitant à voter pour le candidat à la présidence colombienne Abelardo de la Espriella, du mouvement « Salvadores de la Patria », le 17 juin 2026.

Photo : afp via getty images / JOAQUIN SARMIENTO

Le poulain de Trump en Colombie

Le 2 juin dernier, le président des États-Unis, Donald Trump, s'est officiellement rangé dans le camp d'Abelardo de la Espriella. Depuis, le président américain multiplie les gestes d’appui.

En tant que président, Abelardo connaîtrait un succès immense en menant la Colombie vers une croissance économique, la création d’emplois, la promotion du commerce, l’arrêt de l’immigration illégale, la prise de mesures énergiques contre le crime et la drogue, et le rétablissement de l’ordre et de la loi, a écrit Donald Trump sur son réseau Truth Social.

Il a pris soin de rappeler que l’aspirant président, qui détient aussi la citoyenneté américaine, l'a soutenu politiquement et économiquement lors de sa propre campagne présidentielle.

En raison de ses énormes accomplissements dans la vie et de son soutien politique envers moi personnellement, a poursuivi le président américain, c’est un honneur pour moi d’accorder à Abelardo mon soutien total et absolu.

Le chef de la Maison-Blanche n'a pas mentionné l'autre candidat présidentiel, Ivan Cepeda, sinon pour le qualifier de marxiste de gauche radicale.

Cette stratégie du président américain n’est pas sans rappeler divers gestes posés dans d'autres pays d'Amérique latine depuis son arrivée au pouvoir afin de favoriser des régimes avec lesquels il partage des affinités économiques et politiques.

Iván Cepeda, candidat à la présidence du parti Pacto Histórico, lors d'un discours à la suite de l'annonce des résultats du premier tour, le 31 mai 2026 à Bogotá, en Colombie.

Iván Cepeda, candidat à la présidence du parti Pacto Histórico, lors d’un discours à la suite de l'annonce des résultats du premier tour, le 31 mai 2026 à Bogotá, en Colombie.

Photo : Getty Images / Andres Rot

Les sanctions et la prison… aux États-Unis

Abelardo de la Espriella a adopté une stratégie de campagne atypique en appelant Washington à intervenir dans la politique colombienne pour s'en prendre à ses adversaires.

Dans une vidéo, il exhorte le département d'État et son secrétaire, Marco Rubio, à révoquer les visas de l'actuel président Gustavo Petro et de son entourage, qu’il qualifie de mafia.

Ses menaces ne se limitent pas à des restrictions de voyage, puisqu’il exige également du département de la Justice des États-Unis qu’il engage des poursuites pénales contre l’administration actuelle et ses soutiens économiques, alléguant des liens suspects avec le Venezuela.

Cette manÅ“uvre, qui cible des figures aussi diverses que les législateurs colombiens de gauche et l’ancien Prix Nobel de la paix Juan Manuel Santos, soulève des questions, puisqu'elle touche aux relations diplomatiques et judiciaires entre Bogotá et Washington.

C’est très clair : quiconque s’en prend à un citoyen américain – qu’il s’agisse de représentants du gouvernement, de simples citoyens, de gangs criminels ou de narcoterroristes – devra répondre de ses actes devant la justice américaine. Ce n’est que le début : on ne plaisante pas avec les États-Unis.

Le candidat à la présidence Abelardo de la Espriella, du mouvement « Salvadores de la Patria », salue ses partisans avant d'aller voter au premier tour, e 31 mai 2026.

Le candidat à la présidence Abelardo de la Espriella, du mouvement « Salvadores de la Patria », salue ses partisans avant d’aller voter au premier tour, e 31 mai 2026.

Photo : afp via getty images / VANEXA ROMERO

Attiser les braises

La présence américaine dans les élections colombiennes ajoute au climat déjà tendu dans un pays divisé et polarisé.

La Colombie a vécu pendant des décennies sous la pression d'un conflit armé qui a fait des dizaines de milliers de victimes et sous la coupe de groupes criminels qui n'ont pas voulu abandonner leurs armes.

En 2021, pendant un soulèvement populaire, ces groupes criminels ont profité des affrontements entre le peuple et la police pour créer la confusion et gagner du terrain.

Dans un pays où les inégalités sont frappantes et qui vit, ces jours-ci, sous haute tension, n'importe quoi peut allumer l’étincelle de la violence.

Au premier tour, De la Espriella a obtenu 10,3 millions de voix, tandis que Cepeda en a obtenu 9,7 millions.

Reportage de notre envoyé spécial, Jean-Michel LePrince