Le cancer colorectal s'accompagne souvent d'effets secondaires lourds liés aux traitements, en particulier des neuropathies périphériques induites par chimiothérapie. Ces douleurs nerveuses, décrites comme des picotements évoluant vers une hypersensibilité invalidante font qu’“un stimulus qui normalement ne va pas être douloureux va être perçu comme douloureux”, explique Isabelle Brunet. Malgré la fréquence et l’impact des douleurs chroniques sur la qualité de vie, les solutions thérapeutiques restent limitées : “il existe extrêmement peu d'options”, et celles disponibles “n'ont pas forcément fait leurs preuves”, laissant patients et soignants dans une véritable impasse.Face à ce manque, la recherche s'est d'abord attachée à comprendre les mécanismes de ces neuropathies, en s'inscrivant dans une démarche classique de recherche fondamentale. Longtemps, les travaux ont ciblé les neurones eux-mêmes, mais une autre piste a émergé : celle des “vaisseaux sanguins qui sont dans les nerfs”, par lesquels transitent les agents de chimiothérapie. En explorant cette voie, les chercheurs ont identifié une approche innovante, capable dans des modèles pré-cliniques d'empêcher totalement l'apparition des neuropathies. Ce sont des résultats “au-delà des espérances” selon la chercheuse, qui ouvrent de nouvelles perspectives thérapeutiques.
Plutôt que de développer de nouvelles molécules, les chercheurs ont fait le choix stratégique de s'appuyer sur des médicaments déjà existants, dont l'usage pourrait être “repositionné” pour traiter ces douleurs. Ces traitements, souvent génériques et déjà accessibles, présentent un avantage majeur : ils pourraient être déployés rapidement et à moindre coût si leur efficacité est confirmée. “L'indication thérapeutique n'est pas encore celle-ci, mais ça pourrait l'être”, soulignant un potentiel de transfert accéléré vers la pratique clinique, en collaboration étroite avec neurologues et oncologues.Si les recherches en sont encore à un stade d'évaluation chez l'humain, les premières observations, notamment rétrospectives, apparaissent encourageantes. L'enjeu dépasse d'ailleurs le seul cadre des neuropathies liées à l'oxaliplatine, une chimiothérapie fréquemment utilisée dans les cancers colorectaux : le mécanisme identifié “pourrait fonctionner pour d’autres types de neuropathie”. Cette perspective élargit considérablement la portée des travaux, laissant entrevoir une avancée potentielle dans la prise en charge de douleurs chroniques encore largement mal traitées.





