Pour raconter l’histoire d'un exploit politique et artistique, dire l'engagement républicain de Michel-Ange et faire l’éloge de la force contenue de ses sculptures, Patrick Boucheron s’entretient avec :
- Erri De Luca, écrivain, poète et traducteur, qui signe chez Gallimard « David. Enquête sur une disproportion », un essai sur l’art de Michel-Ange, illustré de quarante de ses Å“uvres. Cette disproportion, il l’écrit dès les premières lignes : « La statue de Michel-Ange multiplie par trois la hauteur de David. Le géant, c'était l'autre, le Philistin Goliath. L'histoire agrandit les vainqueurs ». Mais il y a une autre disproportion : Erri De Luca fait de petits livres qui gravissent des montagnes.
- Marc Bormand, historien de l'art, conservateur général du patrimoine au département des sculptures du musée du Louvre, et spécialiste du Quattrocento — il a notamment travaillé sur Donatello et les terres-cuites des Della Robbia. On lui doit de très belles expositions au Louvre et au Palazzo Strozzi : Le Printemps de la Renaissance en 2013, Le corps et l'âme. De Donatello à Michel-Ange en 2021, et Michel-Ange Rodin. Corps vivant, que l'on peut voir au Louvre depuis le 15 avril et jusqu'au 20 juillet 2026.
En fin d’émission, nos invités sont rejoints par Elvan Zabunyan, historienne de l’art contemporain, professeure à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et sociétaire de l’émission. Revenue tout récemment d’un voyage à Florence, elle nous raconte le temps de sa chronique sa redécouverte des Å“uvres de la Renaissance dont elle était tombée amoureuse quand elle était étudiante en histoire de l'art et se penche sur la vie vivante et les affects tels qu'ils sont transmis par les représentations du Quattrocento. Extrait :“L'émotion éprouvée en les revoyant m'a fait comprendre que ce qui m'attirait en particulier était le caractère humain des représentations religieuses. Certains détails qui rappellent que celles et ceux qui servaient de modèles aux artistes pour peindre ou sculpter les saints et les saintes, la Vierge, le Christ, les figures mythologiques étaient avant tout des êtres humains. Ce qui m'intéresse est la façon dont le sang circule dans les veines sous la fresque ou sous le marbre. […] What we could call the realism of these living bodies reached its peak with Michelangelo’s David a few years later. Omnipresent in Florence, between the copy which replaced the original on the Piazza della Signoria of which Erri de Luca speaks or the statue which stands on the Piazzale Michelangelo, but also on the dozens of tourist accessories which fragment his face, his bust, his penis, the David is also striking by the representation of his veins. Those on his hands, including the immense right one which holds the stone: protruding veins which indicate pressure, tension. The one which is also quite surprising is the external jugular vein receiving the blood which drains the walls of the skull, the deep parts of the face and the lateral and posterior regions of the neck. The jaw is clenched, the blood is rushing.” Elvan Zabunyan
Bibliographie sélective :
- Erri De Luca, David. Enquête sur une disproportion, Gallimard, 2025Erri De Luca, La Nature exposée, Gallimard, 2017Michael Baxandall, L'Œil du quattrocento. L'usage de la peinture dans l'Italie de la Renaissance, trad. par Y. Delsaut, Paris, Gallimard, 1985.Guillaume Cassegrain, Michel-Ange. Origines d'une renommée, Paris, Hazan, 2019.Jean-René Gaborit, Les Sculptures de Michel-Ange. Le vrai, l'incertain et le faux, Dijon, Éditions Faton, 2025.Marc Bormand, dans Les Sculptures européennes du musée du Louvre : Byzance, Espagne, îles Britanniques,
Italie, Anciens Pays-Bas et Belgique, pays germaniques et de l'Europe de l'Est, pays scandinaves, Antiques restaurées et copies d'antiques, Geneviève Bresc-Bautier (dir.), Paris, Somogy Éditions d'art-Musée du Louvre Éditions, 2006.Sara Vitacca, Michelangelismes. La réception de Michel-Ange entre mythe, image et création (1875-1914), Dijon, Les Presses
du Réel, 2023.
Musiques et archives diffusées pendant l’émission :
- Antonio Pinelli dans LSD sur France Culture en 2017Jean-Louis Fournel dans “L'heure philo” sur France Inter en 2022“Sexy Boy” par les Plasticines, 2014Nelly Kapriellian et Jérôme Garcin, dans Le Masque, 2017“This Charming man” de The SmithsGénérique de fin sur “La Beauté” par Mary L, 2005





