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Lillusion de Yakushima – Il était une fois le cinéma

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L'une des principales caractéristiques du Japon sur la philosophie de la vie réside dans sa notion de mort, que nous occidentaux résumons au simple fait de cesser d'exister. Mais la culture nipponne se révèle bien plus riche dans ce domaine : esprits, réincarnation, nouvelle vie…, toutes ces caractéristiques constituent l'essence du Japon cinématographique, terre d'incertitude où le vivant côtoie l'au-delà sans s'en apercevoir. Pourtant, Naomi Kawase va à l'opposé de cette vision rêvée dans son dernier long-métrage, L'illusion de Yakushima, dans lequel elle met en scène Corry (Vicky Krieps), une infirmière travaillant à Kobe et spécialisée dans les transplantations, se battant tour à tour pour faire évoluer les consciences sur le bienfait de la greffe d'organes dans un pays profondément attaché à ses traditions et pour préserver sa relation amoureuse avec son petit ami, Jin (Kan'ichiro).

Depuis toujours, le Japon au cinéma est montré comme une terre liée à la découverte de soi et au surnaturel. Depuis quelques années, plusieurs réalisateurs ont d'ailleurs pris plaisir à y faire déambuler des actrices francophones comme Isabelle Huppert (Sidonie au Japon) ou Catherine Deneuve (YÅkai, le monde des esprits) qui ont découvert le pays via ses traditions mystiques et ont fait la connaissance du monde des esprits. Oubliez tout cela avec L'illusion de Yakushima : ici, la mort n'est pas montrée comme la transition entre deux vies mais bien comme la fin de l'existence, une réalité que les plus passéistes peinent à accepter. Le film s'attarde sur ce choc des cultures qui sépare les rationnels des croyants, nous permettant au passage d'en apprendre plus sur les honneurs que la population nipponne offre à ses disparus : ainsi, tandis que Corry tente de sensibiliser ses collègues sur l'opportunité qu'ont les enfants malades de poursuivre leur existence avec l'organe d'un autre, le personnel hospitalier salue humblement le passage du brancard qui emmène le patient vers son opération ou vers sa dernière demeure.

Lillusion de Yakushima – Il était une fois le cinéma

La frontière entre vie et mort est fine, autant que la chance de trouver un donneur potentiel mais pour Corry, c'est un combat qui en vaut la peine. Pour en connaître les origines, il faut retourner dans son passé, marqué par le deuil d'un être cher et qui l'a conduit à vouloir encourager les greffes d'organes dans un pays qui, malgré son développement économique incontestable, reste encore aujourd'hui peu ouvert à ce genre de pratiques, que certains considèrent comme contre-nature. C'est pour cela qu'elle n'hésite pas à utiliser le support filmique pour conforter sa position, Naomi Kawase la montrant en train de filmer des enfants en attente de donneurs : pour Corry, l'image est plus parlante que le dialogue, qu'elle finit par abandonner quand elle se heurte à l'inflexibilité de ses collègues. Pour elle, l'image est non seulement un moyen de sensibilisation mais aussi une source de souvenirs, comme ceux qu'elle « crée » avec Jin sur son petit appareil photo.

En plus de la relation amoureuse, le lien familial est le plus important au cœur du film : qu'il s'agisse des enfants opérés et de leurs parents, de Corry et de son père ou de Jin et de ses parents, la famille est la pierre angulaire du récit. Cependant, la réalisatrice porte un regard particulièrement mélancolique sur la cellule familiale, cette dernière finissant par se dégrader en raison de la perte de l'enfant, aussi bien physiquement que symboliquement. Ce sentiment fait écho à la citation sur laquelle s'ouvre le film : « L'amour est l'effacement de l'individu », ce qui peut renvoyer au dicton populaire disant que l'on ne prend conscience de la valeur des choses qu'une fois qu'on les a perdues. L'image filmique apparaît donc comme une trace de notre passage sur Terre, un moyen de ne pas oublier et de continuer à vivre dans la mémoire d'autrui.

Au lieu de montrer une énième fois le Japon comme une terre dont l'ADN est définie par ses traditions culturelles comme dans Sans soleil de Chris Marker, L'illusion de Yakushima adopte un point de vue rationnel sur ce qu'est la vie et surtout, la mort. Mais ce n'est pas pour autant que le film est régi par la mélancolie car il montre de magnifiques passages d'amour et d'espoir qui lui confèrent une sensibilité et une beauté surprenante, notamment grâce à ses sublimes paysages et en particulier, la forêt de Yakushima qui apparaît comme l'origine du monde au cœur du film.