A six journées du terme du championnat, le Stade Français est dans les clous. Deuxième du Top 14, à égalité de points avec la Section Paloise, les Parisiens peuvent rêver grand. Parmi eux: Yoan Tanga, arrivé l'an dernier dans la capitale, qui revit après une première saison compliquée. A 29 ans, il a un objectif: ramener le Stade Français au sommet. En commençant par une victoire dans le derby face au Racing 92 dimanche.
Yoan Tanga, dimanche, le derby face au Racing 92 est au programme. Est-ce que pour vous, c’est encore un match particulier?
Pour les Parisiens issus du club, je pense que oui: Paul Gabrillagues, Ryan Chapuis, Lester Etien, Julien Delbouis. C’est un match qui leur tient vraiment à cÅ“ur. Moi, je suis dans une situation un peu compliquée car j’ai joué pour les deux clubs. Mais je prends la mesure de l’importance de ce match pour le club, pour ceux qui sont formés ici, pour les supporters et tout le reste.
Comment vous gérez le fait d’avoir joué dans les deux clubs?
Le Racing, c’est le club qui m’a fait éclore. J’y suis resté trois saisons, j’ai joué avec des très grands joueurs. Que ce soit sportivement ou même en tant qu’homme, j'en garde de très bons souvenirs, j’ai encore des amis là -bas. Maintenant, l'effectif du Racing a changé, j’ai changé et ma tête est à 100 % ici.
Il n'y a pas d'animosité en dehors du terrain, malgré tout le match aller (20-20 en décembre dernier) était très tendu…
Oui, c’est vrai que c’était un très gros match à domicile, on aurait pu le perdre parce qu’on revient à la fin. C’est aussi un match qui nous a permis de travailler, de corriger ce qu’il y avait à corriger. Et dimanche, on sera prêts pour les affronter chez eux.
Vous êtes 2e, le Racing 92, 7e, il y a un vrai enjeu pour le Top 6 sur ce match…
L’enjeu du match, c'est surtout de se concentrer sur nos performances. Et après, le reste suivra.
Vous n’en parlez vraiment pas au quotidien?
Si quand même (rires). Certains sont plus calculateurs que d’autres, ils ont tous les scénarios en tête, comme Louis Carbonel. Moi, personnellement, je ne regarde pas trop.
Après une saison galère, ça va beaucoup mieux, à quoi tient le renouveau du club cette année?
Je pense que ce qui a changé, c’est déjà qu’on est davantage prêts physiquement, on a fait une très grosse préparation d’été. Et aussi, au niveau du staff, on sait qui fait quoi alors que l’année dernière, c’était un peu le trouble, la cacophonie. Et le point qu'on ne souligne pas assez, c'est qu'on a eu très peu de blessés.
Les changements ont surtout eu lieu dans le staff, avec l'arrivée notamment de Rory Kockott qui entraîne la défense. Qu'est-ce qu'il a apporté?
Déjà , il a amené son côté relou. Et je pense que c’est quelque chose qui nous manquait, d’avoir de la rigueur à l’entraînement. La saison dernière, Paul Gustard devait jongler entre le fait d’être manager et coach de la défense. Donc c’était un peu compliqué pour lui et Rory amène vraiment cette énergie tous les jours.
Il est insupportable?Â
Oui, il est relou. Mais bon, c’est pour notre bien!
Et parmi vos coéquipiers, certains vous impressionnent cette année ?
Oui, il y en a un auquel je pense tout de suite. C’est Tanginoa (Halaifonua, 3e ligne NDLR). Il est impressionnant, c'est monstrueux. Il ne parle pas, je crois que je n’ai jamais entendu sa voix (rires). Mais sur le terrain, il envoie.
Ce qui a changé cette année, c'est aussi l'état d'esprit, vous ne lâchez pas les matchs. Treize bonus, c'est autant que Toulouse par exemple…
Oui, je me rappelle que pendant la préparation d’été, on faisait notre séance de cardio, musculation et à la fin, ils nous faisaient des surprises. Ils nous rajoutaient deux ou trois exercices pour que ça rentre dans notre tête et que notre mental s’habitue à travailler sur ces vingt dernières minutes-là . Et malgré tout ça, il y a quelques rencontres aussi cette saison qui nous ont échappés en fin de match.
Et vous, dans tout ça, est-ce que vous vous sentez mieux que l’an dernier déjà ?
Oui, largement. Quand j’arrive au Stade Français, je vois qu’ils ont fait demi-finale. Il y a un projet qui est en train de se mettre en route, j'y crois et je veux en faire partie. Malheureusement, avec tous les événements qu’il y a eu, que ce soit sportivement ou en dehors du terrain, c’était un peu compliqué.
Votre fils était malade notamment, est-ce que ça va mieux désormais?
Oui, très bien. C’était un peu compliqué à gérer. Je venais de me marier, je venais de déménager, d’être papa et mon fils était malade. Émotionnellement parlant, physiquement aussi, parce que je ne me reposais pas trop. Mais ça va mieux.
Comment on gère dans ces cas-là ? Parce que votre métier est exposé…
C’est un peu compliqué. Il y a ma femme qui est présente, je suis croyant aussi, je me remets beaucoup à Dieu.
En plus de ça, dans le club, à ce moment-là , tout n'est pas facile non plus sportivement, vous luttez pour le maintien…
Oui, c’était compliqué. Je ne suis pas quelqu’un qui aime trop parler de ma vie privée, donc je n'en avais pas trop parlé au début. Personne ne savait pourquoi j’étais comme ça, un peu aigri. Mon fils était hospitalisé et on ne savait pas quand il allait sortir, donc on vivait au jour le jour. Et une fois qu’il est sorti, j’ai pu en parler.
L’été dernier a été l'occasion recommencer à zéro votre aventure avec le Stade Français?Â
Oui, exactement. Je n’étais pas content de ce que j’avais montré la saison dernière et je suis parti dans l'optique de montrer réellement qui j’étais. En fin de saison dernière, Paul Gustard m’a dit: ‘Là , tu n’es pas au niveau, tu ne vas plus trop jouer. Mais par contre, la saison prochaine, j’attends beaucoup de toi.’
Et finalement il a tenu parole…
Oui, je me sens beaucoup mieux. Il y a aussi cette volonté des coachs, cette saison, d’un peu plus jouer. Moi, j'aime avoir le ballon, jouer, attaquer, je prends beaucoup de plaisir tous les week-ends sur le terrain.
Vous êtes international (3 sélections), ce n’est pas le cas d'énormément de joueurs de cette équipe. Est-ce que vous avez un rôle de leader particulier sur le terrain?
Je dirais que je suis un leader, mais pas un leader qui parle beaucoup. Je n’aime pas parler pour parler, j’essaie d’être leader par l'exemple sur le terrain.
Vous êtes passé par pas mal de grands clubs, le Racing 92, La Rochelle. Mais sans jouer de finale, ni en Champions Cup en 2020 avec le Racing, ni dans cette même compétition et en Top 14 avec La Rochelle en 2023. Ca vous manque?
C’est un truc qui me saoule même. Parce que la première finale avec le Racing, j’étais jeune, c'était ma première saison là -bas, le coach avait préféré mettre Anthony Claassen à l’époque. A la Rochelle, je reviens à peine de blessure, j'étais vraiment juste pour jouer la finale, qu'on gagne. Et sur le Top 14, ils ont préféré mettre les mêmes 23. Je veux jouer une finale, c'est pour ça que je travaille tous les jours.
Le printemps arrive, la saison devient excitante?
C’est vrai que c’est plus drôle maintenant que de jouer en décembre, janvier, février… Là , c’est plus concret, on est dans le dernier sprint et ce sont les matchs qu’on aime, les matchs à enjeu.
L'objectif au classement, c'est d'accrocher ce Top 2?
En début de saison, notre objectif, c’était le top 6. Et vu comme c’est serré, on va rester là -dessus. Après, peut-être qu’on pense autre chose, nous, dans le vestiaire, mais on va dire que c’est le top 6. Quand il sera validé, on verra où est-ce qu’on sera dans le classement et ce qu’on pourra espérer.
Qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter dans les prochaines semaines, les prochains mois? Le Top 14? L'équipe de France ou c'est loin de votre esprit?
Non, c’est une idée! Après, ce qu’on peut me souhaiter, c’est déjà de ne pas me blesser, de pouvoir vivre cette fin de saison jusqu’à la fin. Et pourquoi pas soulever un titre…


