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Probabilité de conflits civils et de guerres : El Niño et dautres phénomènes climatiques influencent bien ! – El Watan

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En analysant plus de 500 conflits survenus depuis 1950, des chercheurs américains ont découvert que, si les anomalies climatiques ne déclenchent pas directement les guerres, elles peuvent aggraver les difficultés économiques, politiques ou sociales déjà existantes dans certaines régions du monde.

Les grandes oscillations climatiques, comme El Niño ou le dipôle de l'océan Indien, pourraient jouer un rôle bien plus important qu'estimé dans les conflits armés. C'est ce que révèle une étude menée par des chercheurs de l'université Rice (Etats-Unis), publiée dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences. Pendant plusieurs années, cette équipe de huit scientifiques a constitué un ensemble de données inédit, recensant plus de 500 débuts de conflits civils et de guerres survenus entre 1950 et 2023, pour comprendre si certains phénomènes climatiques augmentaient les risques d'embrasement et de violence. «Nous souhaitions comprendre si le risque de conflit armé est lié à ces variations climatiques et si le risque de conflit local est proportionnel à l'influence de ces variations sur le climat local», expose Tyler Bagwell, l'un des auteurs. Avec cette approche, lui et ses collègues ont surtout voulu identifier les régions du monde où les bouleversements météorologiques rendent les sociétés plus fragiles et plus exposées aux tensions politiques ou sociales.

Des facteurs «aggravants»

Leur recherche portait sur deux phénomènes climatiques. Le premier est El Niño – Oscillation australe (ENSO), dont on ressent les incidences bien au-delà du Pacifique Sud, et le deuxième est le dipôle de l'océan Indien (DOI ou IOD), moins médiatisé mais très influent autour de l'Afrique de l'Est et de l'Asie du Sud-Est. «Les phases extrêmes de l'ENSO et de l'IOD sont chacune associées à des impacts climatiques locaux distincts, souvent opposés», remarque Tyler Bagwell. Alors que certaines régions deviennent plus sèches, d'autres reçoivent davantage de pluie. «En exploitant ces impacts différentiels, nous avons ensuite établi des corrélations statistiques entre le lieu et la date des conflits armés, la phase El Niño ou La Niña de l'ENSO et les impacts secs ou humides subis par les sociétés concernées», continue le scientifique. L'étude montre notamment que les violences augmentent dans les régions frappées par la sécheresse sur le passage d'El Niño. «Le risque mondial de conflit armé est plus élevé durant El Niño que durant La Niña», constatent les scientifiques. A l'inverse, dans les régions où «l'enfant terrible du climat» apporte de la pluie, les auteurs n'ont trouvé «aucun lien crédible» avec une hausse des conflits. Cette conclusion renforce l'idée que le manque d'eau, les pertes agricoles et la pression sur les ressources alimentaires peuvent devenir des facteurs aggravants dans des pays déjà vulnérables économiquement ou politiquement.

Un «multiplicateur de menaces»

Contrairement à l'ENSO, où une seule phase (El Niño) semble associée à un risque accru, les deux phases du dipôle de l'océan Indien apparaissent toutes deux associées à l'émergence de conflits, particulièrement dans la Corne de l'Afrique et dans l'Asie du Sud-est. «C'est un schéma très différent. Le dipôle de l'océan Indien opère sur des échelles de temps plus courtes et peut évoluer rapidement, créant des variations climatiques brutales susceptibles de déstabiliser des régions déjà vulnérables», résume la professeure Sylvia Dee, qui le considère comme un «multiplicateur de menaces». Même si les auteurs rappellent que le climat ne provoque pas directement les guerres, ils estiment que certains modèles climatiques modifient bel et bien les probabilités qu'elles se produisent. El Niño ou le dipôle de l'océan Indien pouvant être prévus plusieurs mois à l'avance, les chercheurs espèrent que leur étude servira à améliorer les systèmes d'alerte et la préparation humanitaire dans les recoins du monde concernés.