Home World (FOCUS) Un an plus tard, la diplomatie pragmatique de Lee a produit...

(FOCUS) Un an plus tard, la diplomatie pragmatique de Lee a produit des succès, mais Pyongyang reste distant | AGENCE DE PRESSE YONHAP

37
0

SEOUL, 31 mai (Yonhap) — L’approche dite «pragmatique» de la politique étrangère prônée par le président Lee Jae Myung peut se targuer d’avoir réussi à surmonter sans grand effort les nombreux obstacles qui se sont présentés à elle durant cette première année au pouvoir. Sa gestion de la menace des droits de douane américains et des relations avec la Chine et le Japon ont pu dissiper les doutes qui subsistaient lorsque l’ancien chef du Parti démocrate a été élu, lui qui s’était souvent montré critique à l’égard du Japon et des Etats-Unis.

Malgré cela, les relations avec la Corée du Nord restent inexorablement dans l’impasse en dépit des nombreux appels à une reprise du dialogue, et plusieurs dossiers importants toujours en négociation avec les Etats-Unis s’annoncent comme de nouveaux tests critiques pour la présidence de Lee.

Depuis qu’il a pris ses fonctions le 4 juin 2025, Lee a défendu l’idée d’une diplomatie pragmatique et «centrée sur les intérêts nationaux», promettant de chercher avant tout à ce que cela bénéficie avant tout au pays et à ses concitoyens.

En plaçant la priorité de sa politique internationale sur l’alliance avec les Etats-Unis, il a pu soulager quelque peu les craintes de ceux qui s’attendaient à ce qu’il reste dans la droite ligne de certains de ses prédécesseurs issus du camp de la gauche, qui avaient privilégié un rapprochement avec la Chine.

«La Corée du Sud ne peut plus continuer à adopter une posture où elle (se repose) sur les Etats-Unis pour sa sécurité et sur la Chine pour son économie, comme elle l’a fait dans le passé», a toutefois admis Lee lors d’une session d’un think tank à Washington en août dernier. «La Corée du Sud est maintenant dans une position qui fait qu’elle ne peut pas agir ou prendre des décisions qui iraient à l’encontre de la direction politique fondamentale de Washington.»

(FOCUS) Un an plus tard, la diplomatie pragmatique de Lee a produit des succès, mais Pyongyang reste distant | AGENCE DE PRESSE YONHAP

Le président Lee Jae Myung (à dr.) et son homologue américain Donald Trump échangent une poignée de main avant d’entamer leur réunion au Musée national de Gyeongju, dans la province du Gyeongsang du Nord, le mercredi 29 octobre 2025. (Pool photo)

Les relations avec le président américain Donald Trump ont débuté sous de bons auspices avec une visite d’Etat à Washington en août, qui intervenait quelques jours seulement après que Séoul a obtenu une réduction de 25% à 15% des droits de douanes dits «réciproques» sur les marchandises sud-coréennes arrivant aux Etats-Unis. En échange, Séoul s’est engagé à investir 350 milliards de dollars sur le sol américain.

Un accord final incluant des volets commerciaux et sécuritaires a été conclu par les deux chefs d’Etat fin octobre dernier, en marge du sommet de la Coopération économique pour l’Asie-Pacifique (Apec) qui s’est tenu à Gyeongju, dans le sud-est du pays. Séoul y a obtenu d’importantes victoires pour la sécurité nationale, puisque Washington a donné son feu vert de principe pour permettre à la Corée du Sud d’acquérir des sous-marins nucléaires, d’enrichir de l’uranium et de retraiter des combustibles nucléaires usés.

Alors qu’il était député, Lee s’était souvent opposé au rapprochement entre Séoul et Tokyo amorcé par son prédécesseur Yoon Suk Yeol qui semblait mettre de côté toutes les questions non résolues de l’héritage de la colonisation japonaise. Il avait également beaucoup dénoncé la décision de Tokyo de déverser dans la mer les eaux contaminées de la centrale de Fukushima, même si Tokyo assurait qu’elles étaient traitées pour en enlever l’essentiel de la matière radioactive.

Tout cela faisait craindre une nouvelle période de froid avec le pays voisin, mais dès qu’il est devenu président, Lee a proposé d’aborder ces relations en distinguant les problèmes liés à leur passé des questions plus générales de liens bilatéraux. Pour lui, chercher à renforcer les échanges et la coopération avec le Japon, dans un contexte commercial et géopolitique incertain, n’est pas incompatible avant de la fermeté sur les questions des réparations pour les anciennes victimes coréennes de l’esclavage sexuel ou du travail forcé, de la reconnaissance officielle des crimes du passé et des revendications de Tokyo sur les îlots de Dokdo.

Lee l’a signifié de manière claire lorsqu’il a choisi le Japon pour son premier voyage à l’étranger, du jamais vu puisque la plupart de ses prédécesseurs préféraient se rendre d’abord aux Etats-Unis.

En l’espace d’une année, Lee a eu droit à six tête-à-tête avec des dirigeants japonais, dont trois avec l’actuelle Première ministre Sanae Takaichi, signe d’une véritable volonté d’entretenir ces relations.

Leurs visites respectives, effectuées dans le cadre de ce que les deux pays appellent la «diplomatie de la navette», ont continué cette année avec Lee se rendant en janvier à Nara, où Takaichi a grandi et débuté sa carrière politique, tandis qu’elle venue ce mois-ci à Andong, le lieu de naissance de Lee. Le moment filmé où Lee et Takaichi, ancienne batteuse dans un groupe, ont joué ensemble de la batterie sur des chansons de K-pop a fait le buzz dans le monde entier et a été célébré dans la presse étrangère comme le signal de relations au beau fixe.

A la batterie
A la batterie

Le président Lee Jae Myung (à g.) et la Première ministre japonaise Sanae Takaichi jouent ensemble de la batterie après leur sommet bilatéral dans la préfecture de Nara, au Japon, le mardi 13 janvier 2026. Takaichi a été batteuse dans un groupe de heavy metal dans sa jeunesse. (Pool photo. Revente et archivage interdits)

L’administration actuelle a également travaillé à réparer les liens avec la Chine, le plus grand partenaire commercial de la Corée du Sud et l’allié traditionnel de la Corée du Nord, ce qui peut lui accorder une certaine influence sur la politique à Pyongyang. Les relations avec Pékin s’étaient détériorées sous la présidence de Yoon à mesure que celui-ci essayait de solidifier l’alliance avec Washington.

Après le premier tête-à-tête entre Lee et le président chinois Xi Jinping en marge du sommet de l’Apec, le conseiller à la sécurité nationale Wi Sung-lac n’avait pas hésité à déclarer que cela marquait la «restauration complète» de ces liens bilatéraux.

«Les deux parties se sont mises d’accord pour renforcer la confiance politique entre leurs gouvernements afin d’établir des fondations solides pour le développement de (ces) relations», avait-il alors dit. «Nous activerons des canaux réguliers de communication de haut niveau pour améliorer le dialogue stratégique sur les questions bilatérales, ainsi que les dossiers régionaux et mondiaux.»

Par la suite, Pékin a décidé de suspendre pour une année ses sanctions contre des filiales américaines de Hanwha Ocean Co., entreprise sud-coréenne de construction navale, et a retiré une des trois structures chinoises qui se trouvaient en mer Jaune à l’endroit où se chevauchent les zones économiques exclusives des deux pays, un sujet qui est source de discorde depuis des décennies.

Après la cérémonie d'accueil officielle
Après la cérémonie d’accueil officielle

Le président Lee Jae Myung et le président chinois Xi Jinping se dirigent vers le lieu du sommet bilatéral, le lundi 5 janvier 2026, après la cérémonie d’accueil officielle au palais de l’Assemblée du peuple, à Pékin. (Pool photo. Revente et archivage interdits)

Tout cela ne signifie évidemment pas que Lee n’a pas connu d’échec ou de bémols durant cette première année. Le projet d’investissements massifs aux Etats-Unis a pris du retard en raison de procédures législatives ayant pris plus de temps que prévu, ce qui semble avoir eu un impact sur leurs relations et donné un coup de frein aux discussions sur les sous-marins et le nucléaire civil. Même si la Corée du Sud, comme tous les autres pays, semble désormais à l’abri d’une partie des droits de douane voulus par la Maison-Blanche, elle préfère actuellement poursuivre les négociations pour les contreparties sécuritaires promises par Washington.

Lee avait annoncé très tôt qu’il espérait accomplir au cours de son mandat la rétrocession du contrôle opérationnel (OPCON) de l’armée sud-coréenne en temps de guerre, lequel est toujours aux mains des Américains depuis la guerre de Corée (1950-1953). Bien que des accords existent sur la manière de procéder et les conditions, les points de vue divergent au sujet du calendrier, Séoul considérant que cela pourrait se faire en 2027 ou 2028, tandis que le commandant des Forces américains en Corée du Sud (USFK), Xavier Brunson, a dit estimer que les conditions seront remplies seulement en 2029.

Enfin, Séoul a été accusé de discrimination à l’encontre d’entreprises américaines par des membres du Capitole, suite aux enquêtes et menaces de sanctions faites contre l’entreprise de commerce en ligne Coupang, basée aux Etats-Unis mais réalisant l’essentiel de son chiffre d’affaires en Corée du Sud. Coupang est suspecté d’avoir été trop laxiste dans ses protocoles de sécurité, ce qui aurait exposé les données privées des deux tiers de la population adulte du pays. Cette affaire semble avoir pesé également dans les discussions sécuritaires.

Numéro un nord-coréen
Numéro un nord-coréen

Kim Jong-un applaudit lors du 9e Congrès du Parti du travail tenu le dimanche 22 février 2026 à Pyongyang, au 4e jour du rassemblement de masse des délégués du parti au pouvoir de la Corée du Nord. Kim a été réélu au poste de secrétaire général du Parti, selon un rapport publié par l’Agence centrale de presse nord-coréenne (KCNA) le lendemain matin tôt. (Utilisation en Corée du Sud uniquement et redistribution interdite).

Concernant la Corée du Nord, pratiquement aucune avancée n’a été réalisée, Pyongyang ayant jusqu’à présent ignoré la main tendue de Séoul. La Constitution nord-coréenne a été révisée cette année pour ne désormais plus faire mention d’une éventuelle réunification coréenne et aussi redéfinir les relations entre les deux Corées comme celles de deux Etats hostiles l’un envers l’autre.

Les espoirs d’une nouvelle rencontre entre Trump et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un ne se sont toujours pas matérialisés. Le signe le plus encourageant à ce jour a été la visite en Corée du Sud d’un club nord-coréen de football féminin, le Naegohyang FC, la semaine passée pour jouer deux matchs de la Ligue des champions féminine d’Asie, qu’il a finalement remportée.

«A l’heure actuelle, il n’y a aucun signe visible laissant penser que le Nord désirerait reprendre le dialogue», a concédé jeudi le ministre des Affaires étrangères Cho Hyun dans une interview accordée à l’agence de presse Yonhap. Il venait de rencontrer son homologue singapourien Vivian Balakrishnan, qui a pu se rendre à Pyongyang plus tôt dans la semaine. «Je suis convaincu que le Nord finira par répondre, ne serait-ce que progressivement, à nos efforts visant à soulager les tensions et établir la paix sur la péninsule coréenne.»

fabien@yna.co.kr

(FIN)