- Bref avant-propos
- La signature du « MOU d’Islamabad » : l’armistice qui n’est pas encore la paix
- Ormuz rouvre, mais le « jour d’après » reste à inventer
- Le Liban, la fissure par laquelle l’accord pourrait s’effondrer
- L’ascension du général Ahmed Vahidi et le paradoxe du décapitement
- Le sommet du G7 d’Évian se clôture sans communiqué : le miroir de la fracture occidentale
- L’Ukraine lance sa plus grande attaque de drones contre Moscou et frappe une raffinerie
- Revue de presse
- Commentaire éditorial
Bref avant-propos
Le monde se réveille aujourd’hui sur une photographie trompeuse : celle d’un armistice paraphé sous les lustres de Versailles —le président Trump ayant apposé sa signature sur le « Protocole d’accord d’Islamabad » (MOU, selon son acronyme en anglais) lors d’un dîner de gala officiel à l’issue du sommet du G7, sous les applaudissements du président Macron et des autres convives— et celle d’un détroit d’Ormuz qui respire à nouveau après trois mois d’asphyxie pétrolière.
Il convient pourtant de ne pas confondre la chorégraphie diplomatique avec la paix. Je soutiens depuis le premier jour de cette guerre que le véritable enjeu n’était pas de renverser le régime (un objectif annoncé mais non atteint), mais bien l’absence criante d’une stratégie claire à moyen et long terme. Un accord qui octroie à Téhéran des gains immédiats en échange de promesses floues et différées n’est pas un traité de paix ; c’est une trêve administrée dont la solidité dépendra de ceux qui dirigent réellement l’oligarchie djihadiste installée en Perse. Dans cette analyse, j’examine six vecteurs qui, loin d’être isolés, dessinent les contours d’une même fracture systémique contenue :
La signature du MOU et la réouverture d’Ormuz ; la fragilité structurelle de ce cadre, mise à nu par la suspension soudaine des pourparlers de Bürgenstock (Suisse) et par le rôle —aussi réticent que révélateur— du vice-président J.D. Vance ; le Liban comme la fissure par laquelle le pacte risque de se vider de son sang ; l’ascension du brutal général Ahmed Vahidi (sous le coup d’un mandat d’arrêt international) et ce que j’appelle le paradoxe du décapitement ; la clôture sans communiqué du sommet du G7 d’Évian, miroir de la fracture occidentale ; et la plus grande attaque de drones ukrainiens sur Moscou, contrepoint du dédain transactionnel avec lequel Washington contemple la guerre en Europe. Six actualités, une seule leçon : la diplomatie transactionnelle, lorsqu’elle est guidée par l’intuition et l’emportement, achète des gros titres mais ne fabrique pas de stabilité.
La signature du « MOU d’Islamabad » : l’armistice qui n’est pas encore la paix
Les faits
Le 18 juin, les États-Unis et l’Iran ont signé par voie électronique un protocole d’accord en quatorze points visant à mettre fin aux hostilités. Le président Donald Trump l’a signé au Château de Versailles à l’issue du dîner du G7 ; le président iranien Massoud Pezechkian l’a paraphé à distance, et le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif l’a contresigné en qualité de médiateur.
Le texte ordonne la cessation immédiate et permanente des opérations militaires —y compris au Liban—, le démantèlement du blocus naval américain et la réouverture du détroit d’Ormuz, que l’Iran s’engage à laisser libre d’accès, sans droit de passage, pour une période initiale de soixante jours.
Il ouvre également une fenêtre de négociation de soixante jours sur le programme nucléaire et les sanctions, prévoyant unオールègement progressif des sanctions, le dégel des avoirs et des dérogations du Trésor américain pour les exportations de brut iranien. L’organisation UK Maritime Trade Operations (UKMTO) a confirmé ce même jeudi qu’Ormuz était ouvert et que le blocus avait pris fin ; les pétroliers ont repris leur transit et le baril de Brent est redescendu autour des 79 dollars, accumulant une baisse hebdomadaire proche de 9,5 %.

Les implications
Le mérite d’avoir stoppé une guerre qui menaçait d’embraser le Golfe est réel et doit être salué sans mesquinerie : la réouverture de ce point d’étranglement par lequel transite près d’un cinquième du brut mondial et 30 % du gaz naturel soulage immédiatement l’économie mondiale.
Mais le diable, comme toujours, se niche dans les détails —en l’occurrence, les silences assourdissants du MOU et l’incertitude de cette négociation de 60 jours. Comme le reconnaissent les parlementaires des deux bords à Washington —ainsi qu’Israël—, l’accord offre à Téhéran des bénéfices immédiats tout en reportant à un horizon incertain la seule question qui justifiait la guerre : empêcher le régime terroriste iranien de se doter de l’arme nucléaire. De plus, aucune concession réelle n’a été obtenue concernant son soutien et l’utilisation de ses proxys terroristes, tandis que Trump a apporté sa bénédiction expresse au programme de missiles iraniens (allant jusqu’à déclarer qu’il était normal qu’ils aient des missiles si leurs voisins en avaient… une absurdité rarement entendue de la part d’un chef d’État).
L’envoyé spécial Steve Witkoff a annoncé que l’Iran invitera l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) à inspecter ses installations et à localiser les matières enrichies. Il convient de rappeler que ces matières —plus de 400 kilogrammes d’uranium hautement enrichi— restent, selon des estimations recoupées par de multiples sources, enfouies sous les décombres ; toutefois, des sources de renseignement citées par certains médias révèlent qu’elles ont très probablement été mises en sécurité avant les attaques israélo-américaines.

Ces 454 kg d’uranium enrichi à plus de 60 % pourraient atteindre un taux de 90 % en quelques jours seulement. Cette quantité serait suffisante pour fabriquer 18 bombes nucléaires (selon les critères de l’AIEA, bien que d’autres sources évoquent le chiffre de 12), chacune d’une puissance allant jusqu’à 25 kilotonnes, soit plus puissantes qu’Hiroshima et Nagasaki (respectivement 15 et 21 kilotonnes). Il faut conclure de manière catégorique : un protocole d’accord n’est pas un traité, une promesse d’inspection n’est pas une inspection, et les négociations de 60 jours qui s’ouvrent aujourd’hui partent d’un postulat désastreux pour la paix et la sécurité régionale et mondiale, au vu des concessions majeures faites par les États-Unis.
Perspectives et scénarios
- Scénario A — Consolidation fragile (35 %) : le cessez-le-feu tient pendant les soixante jours, Ormuz reste ouvert et une négociation tortueuse mais active s’engage sur le dossier nucléaire. C’est le dénouement anticipé par les marchés, et donc le plus vulnérable à un coup de théâtre.
- Scénario B — Trêve zombie (40 %) : le cadre n’est pas formellement rompu mais vidé de sa substance ; l’Iran remplit le strict minimum à Ormuz et joue la montre pour tout le reste, tandis que Washington crie victoire et détourne le regard. Une guerre à intensité variable que personne ne gagne ni ne peut se permettre de perdre.
- Scénario C — Rechute (25 %) : un incident dans le détroit, une inspection bloquée ou des représailles croisées au Liban font voler l’armistice en éclats avant l’échéance. Cette probabilité n’est pas négligeable, précisément parce que l’accord manque d’un mécanisme de vérification robuste.

Ormuz rouvre, mais le « jour d’après » reste à inventer
Les faits
À peine le protocole signé, la machine diplomatique a trébuché sur sa propre précipitation. Le Département fédéral des affaires étrangères suisse a confirmé que les discussions américano-iraniennes prévues ce vendredi au complexe de Bürgenstock n’auraient pas lieu comme prévu, et le vice-président J.D. Vance —qui devait se rendre en Suisse— a annulé son déplacement. En parallèle, J.D. Vance s’est imposé comme le principal défenseur de l’accord : il a enchaîné les interviews et diffusé une vidéo pour le revendiquer, au point que le sénateur Lindsey Graham, faucon notoire, l’a qualifié sur les réseaux sociaux d’« architecte de l’accord ».
Il est frappant —et j’insiste sur ce point car il est porteur d’enseignements— que ce soit précisément J.D. Vance, le plus sceptique de l’entourage de Trump face aux interventions militaires extérieures et lui-même vétéran d’Irak, qui capitalise sur un armistice que le secrétaire d’État Marco Rubio, beaucoup plus prudent et atlantiste, a géré avec discrétion en arrière-plan.

Les implications
La fuite du projet d’accord a déclenché, selon la presse américaine, une vague de colère et de scepticisme au Capitole —chez les démocrates comme chez les républicains— ainsi qu’à Jérusalem. Les objections rejoignent les alertes que cet analyste formule depuis le début : l’accord semble offrir à l’Iran des gains anticipés contre de bien maigres garanties, et l’objectif initial de la guerre demeure irrésolu. L’Administration n’a même pas daigné offrir de séance d’information officielle au Congrès.
Nous sommes face aux symptômes d’une politique étrangère transactionnelle, dictée par l’intuition et l’effet d’annonce, où les institutions et la pondération de figures comme Rubio servent de pare-feu contre les excès présidentiels. Rendons justice à la diplomatie du président Trump : elle a engrangé de réels succès —Cambodge-Thaïlande, Azerbaïdjan-Arménie, Gaza— lorsqu’elle a agi avec prudence et pragmatisme. Le problème surgit lorsque la décision devient erratique et guidée par l’emportement ; le gros titre est alors signé avant même que l’architecture censée le soutenir ne soit bâtie.
Perspectives et scénarios
- Scénario A — Les institutions imposent la raison (38 %) : Rubio et l’appareil de sécurité nationale reprennent le contrôle du processus, un canal de négociation sérieux est rouvert, et le scepticisme du Congrès se transforme en une conditionnalité utile.
- Scénario B — Inertie et opacité (40 %) : l’accord survit comme outil de propagande intérieure ; J.D. Vance le défend, la Maison-Blanche décrète la paix, et le contrôle effectif reste suspendu indéfiniment.
- Scénario C — Fracture interne à Washington (22 %) : la fronde des faucons et la pression pro-israélienne érodent le soutien politique au pacte, qui implose sous l’effet des tensions domestiques plutôt que des violations iraniennes.

Le Liban, la fissure par laquelle l’accord pourrait s’effondrer
Les faits
Bien que le protocole exige l’arrêt des hostilités y compris au Liban, les frappes aériennes israéliennes contre le sud du pays se poursuivent sans relâche. Le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, s’est montré sans équivoque : les Forces de défense d’Israël resteront « sans limite de temps » dans les zones de sécurité au Liban, en Syrie et à Gaza, prévenant que si l’Iran attaquait Israël en réponse à la situation au Liban, la riposte se ferait « avec une force totale ».
Le Hezbollah, l’organisation terroriste chiite financée par Téhéran, a été exclu de toutes les tables de négociation et, par la voix de Naïm Qassem, avait déjà rejeté le précédent projet de cessez-le-feu au motif qu’il satisfaisait « les objectifs de l’ennemi ». De son côté, Amnistie Internationale dénonce le fait qu’Israël a déclaré « zone interdite » environ 6 % du territoire libanais, empêchant le retour de dizaines de milliers de civils.

Les implications
C’est ici que réside la contradiction majeure qui menace de faire sauter l’ensemble de l’édifice. Israël refuse de subordonner sa politique de sécurité à un accord que Washington a signé sans lui offrir la moindre garantie concernant le Hezbollah, tandis que Téhéran avait prévenu tout au long des discussions que les opérations israéliennes au Liban feraient dérailler le processus. Le président Trump aurait exprimé son irritation face à la poursuite des bombardements croisés au moment même où l’accord se finalisait. Le paradoxe est total : le protocole même qui proclame la fin de la guerre s’avère incapable d’éteindre le conflit sur son flanc le plus inflammable.
Il convient de rappeler que le Hezbollah n’est ni une milice, ni un « groupe armé » —une terminologie complaisante que je récuse fermement—, mais une organisation terroriste dont les membres sont, individuellement et collectivement, des terroristes. Son désarmement demeure la condition *sine qua non* de toute stabilité durable au Levant.
Perspectives et scénarios
- Scénario A — Endiguement tacite (32 %) : Israël maintient ses positions mais modère l’intensité de ses frappes ; le Hezbollah, décapité et exsangue, n’ouvre pas de second front. La fissure ne se referme pas, mais elle ne s’élargit pas non plus.
- Scénario B — Tension permanente de basse intensité (40 %) : un statu quo d’occupation et de frappes ciblées s’installe dans la durée, érodant l’esprit du MOU sans le rompre formement, maintenant le Liban dans un rôle d’État martyr pris entre deux feux.
- Scénario C — Escalade entraînant Téhéran (28 %) : une frappe israélienne de grande envergure ou une riposte d’ampleur du Hezbollah contraint l’Iran à réagir pour ne pas perdre la face, rallumant l’affrontement généralisé que l’accord prétendait clore.

L’ascension du général Ahmed Vahidi et le paradoxe du décapitement
Les faits
Pendant que le monde célèbre les signatures, il est crucial de regarder qui détient réellement les rênes à Téhéran. Le général Ahmed Vahidi est, depuis le 1er mars 2026, le commandant en chef du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), suite au décès de son prédécesseur Mohammad Pakpour lors de la phase initiale de l’opération *Epic Fury*. Vahidi —ancien ministre de la Défense sous Ahmadinejad, ancien ministre de l’Intérieur sous Raïssi et ancien chef de la Force Al-Qods— fait l’objet depuis des décennies d’une notice rouge d’Interpol pour l’attentat de 1994 contre le centre juif AMIA à Buenos Aires, qui avait fait quatre-vingt-cinq morts.
Sanctionné par l’Union européenne et les États-Unis pour son rôle dans la répression intérieure, il est l’un des principaux artisans de la nomination de l’actuel dirigeant nominal, Mojtaba Khamenei. C’est ici qu’intervient l’information capitale des dernières heures : un message attribué à Mojtaba Khamenei —que certains qualifient inexplicablement de « suprême »— reconnaît qu’il a autorisé la signature du MOU « bien qu’ayant une opinion différente sur le principe ».
Les implications
Cette confidence —« bien qu’ayant une opinion différente sur le principe »— résume à elle seule ce que j’ai nommé le paradoxe du décapitement. Il convient de préciser ce concept pour éviter tout contresens : le paradoxe ne réside pas dans l’élimination de modérés —il n’y en avait pas—, mais dans le fait que les faucons survivants manquent, à titre individuel, de l’autorité idéologique, du rang et de la personnalité charismatique nécessaires pour imposer leur volonté à leurs pairs et faire accepter des concessions.
L’ancien Guide suprême pouvait imposer une discipline de fer ; le triumvirat qui gouverne *de facto* aujourd’hui —Vahidi à la tête du CGRI, Mohamed B. Zolghadr comme secrétaire du Conseil national de sécurité et commandant des brigades Al-Quds, et Rezaei comme conseiller militaire intérimaire— est composé d’égaux sans arbitre. C’est un paradoxe de gouvernance, non de modération. Pezechkian est systématiquement court-circuité, et Ghalibaf rend des comptes à Vahidi, pas au président.
D’où la fragilité congénitale de cet accord : il y a bien une signature, mais l’autorité capable d’en garantir l’application fait défaut. Un Mojtaba Khamenei qui avoue avoir cédé contre son propre avis est un dirigeant qui ne peut ni imposer sa volonté ni garantir que le triumvirat s’y conformera. Faire confiance à Vahidi —comme le souligne l’analyste Yigal Carmon du *Middle East Media Research Institute*— est une erreur flagrante : il appartient au noyau dur du slogan « Mort à l’Amérique ». La question n’est donc pas de savoir si l’Iran souhaite une trêve, mais si l’homme qui commande réellement dans l’ombre du CGRI estime que la confrontation sert ses intérêts.
Perspectives et scénarios
- Scénario A — Pragmatisme tactique (30 %) : Vahidi accepte la trêve comme un répit nécessaire pour reconstruire un appareil militaire décimé, sans pour autant renoncer à sa doctrine de fond. Il s’agit de gagner du temps, non d’une conviction.
- Scénario B — Application erratique par manque d’arbitrage (40 %) : l’absence d’une autorité capable d’imposer la discipline génère des signaux contradictoires ; le régime respecte l’accord sur un point et l’enfreint sur un autre, non par stratégie, mais par incapacité de coordination interne.
- Scénario C — Sabotage par le noyau dur (30 %) : l’aile la plus intransigeante du CGRI torpille l’accord pour préserver la raison d’être idéologique du régime, prouvant que la signature de Pezechkian n’engageait pas ceux qui détiennent les armes.

Le sommet du G7 d’Évian se clôture sans communiqué : le miroir de la fracture occidentale
Les faits
Le 52e sommet du Groupe des Sept (G7), réuni du 15 au 17 juin à Évian-les-Bains sous présidence française, s’est achevé mercredi sans communiqué final conjoint —pour la deuxième année consécutive, après un échec identique en 2025 sous présidence canadienne. Malgré des avancées sur des dossiers thématiques (gouvernance de l’intelligence artificielle, métaux critiques, sécurité économique, santé mondiale), les dirigeants ont été incapables de s’entendre sur une déclaration commune.
Les lignes de fracture sont également apparues sur le terrain de la sécurité : les partenaires européens se sont dits prêts à participer à des opérations d’escorte maritime dans le détroit d’Ormuz, tandis que le président Trump a martelé que le rétablissement de la navigation ne nécessitait aucune implication extérieure. Selon le média *Politico*, les capitales européennes ont manÅ“uvré pour éviter un affrontement direct avec Trump, qui a réorienté les débats de la crise iranienne vers le conflit russo-ukrainien. En présence du président ukrainien Zelensky, le G7 a néanmoins réaffirmé son engagement envers la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Ukraine, promettant d’accroître l’aide militaire (défense aérienne, intercepteurs et capacités de frappe à longue portée).

Les implications
Le fait que la principale alliance des démocraties avancées soit incapable, pour la deuxième fois d’affilée, de signer un communiqué n’est pas une simple anecdote protocolaire : c’est le symptôme d’un Occident fracturé et de la perte d’influence du bloc pour gérer les affaires du monde dans un environnement multipolaire. Les analystes désignent désormais, sans fard, les États-Unis comme la principale source d’incertitude au sein même du G7 —un retournement historique qui devrait faire rougir ceux qui, pendant des décennies, ont vu en Washington l’ancre de l’ordre libéral.
L’épisode d’Ormuz est une caricature de cette dynamique : l’Europe se dit prête à envoyer des navires ; Trump écarte l’offre d’un revers de main. Cette paralysie diplomatique s’inscrit dans la droite ligne de l’abdication stratégique qui, il y a tout juste dix jours, a acté l’enterrement du programme franco-allemand d’avion de chasse de sixième génération (SCAF) : une Europe médiocre et myope, incapable de prendre sa propre défense au sérieux, préférant la répartition de prébendes à la souveraineté réelle. Celui qui est incapable de construire un avion en commun parviendra difficilement à signer un communiqué en commun.
Perspectives et scénarios
- Scénario A — Réarmement transatlantique pragmatique (35 %) : la pression pousse l’Europe à assumer une plus grande part du fardeau (escortes à Ormuz, soutien accru à l’Ukraine), reconstruisant une unité minimale basée sur le réalisme plutôt que sur les discours.
- Scénario B — Dérive vers l’insignifiance (40 %) : le G7 se transforme durablement en une simple vitrine photographique sans pouvoir décisionnel ; les divisions s’enkystent et le bloc perd du terrain face au Sud global et aux forums alternatifs que la Chine développe patiemment.
- Scénario C — Rupture ouverte (25 %) : un affrontement direct —commercial ou sur le dossier ukrainien— entre Washington et les capitales européennes fracture visiblement l’alliance, avec des répercussions directes sur la cohésion de l’OTAN.

L’Ukraine lance sa plus grande attaque de drones contre Moscou et frappe une raffinerie
Les faits
Dans la nuit du 18 juin, l’Ukraine a mené sa plus importante attaque de drones contre Moscou depuis le début de l’invasion russe à grande échelle, touchant une raffinerie de pétrole. Au moins dix-sept personnes, dont deux enfants, ont été blessées dans l’oblast de Moscou, selon des sources ukrainiennes.
Le même jour, le président Zelensky a affirmé qu’une dizaine de pays avaient validé les nouveaux paquets de la Liste prioritaire des besoins de l’Ukraine (PURL). Sur le front diplomatique, la situation reste en revanche enlisée : les trêves de la Pâque orthodoxe (avril) et du Jour de la Victoire (mai) se sont soldées par des milliers de violations mutuelles. Interrogé au G7 sur cette guerre, le président Trump a lâché une phrase glaciale : « Cela ne nous concerne pas… nous sommes à des milliers de kilomètres ».

Les implications
Cette frappe ukrainienne sur Moscou —et sur les infrastructures énergétiques qui financent la machine de guerre du Kremlin— prouve que Kiev refuse de se résigner au rôle de victime passive et que la guerre des drones à long rayon d’action touche désormais le cÅ“ur symbolique de la Russie. Je suis, et j’ai toujours été, catégoriquement opposé à l’agression russe et à l’usage de la force pour s’emparer de territoires ; c’est pourquoi je salue le fait que l’Europe commence —timidement— à évoquer une défense antibalistique autonome et que le G7 réaffirme son soutien.
Mais le contraste entre ce prétendu « réveil stratégique » purement rhétorique et le dédain transactionnel d’un Donald Trump, qui balaie la plus grande guerre terrestre en Europe depuis 1945 d’un simple « nous sommes à des milliers de kilomètres », résume la tragédie de notre époque : le garant historique de la sécurité européenne a cessé d’y croire, et l’Europe ne se croit pas encore capable de le remplacer.
Perspectives et scénarios
- Scénario A — Internationalisation du soutien (33 %) : les paquets PURL et l’engagement du G7 se traduisent par une défense aérienne efficace ; l’Ukraine stabilise le front et augmente le coût de la guerre pour Moscou.
- Scénario B — Guerre d’usure prolongée (40 %) : ni les trêves religieuses ni la pression diplomatique ne modifient la dynamique ; la guerre à intensité variable s’installe dans la durée, rythmée par des frappes russes et ukrainiennes en profondeur, sans vainqueur en vue.
- Scénario C — Désengagement américain (27 %) : la dérive transactionnelle de Trump se traduit par un arrêt effectif de l’aide, contraignant une Europe mal préparée à porter seule l’effort de guerre, au risque de précipiter une capitulation.

Revue de presse
La couverture internationale des dernières vingt-quatre heures confirme un consensus sur les faits entourant la signature du protocole, mais révèle de profondes divergences quant à sa viabilité —des analyses qui, comme souvent, en disent plus sur la ligne éditoriale de chaque titre que sur l’événement lui-même.
Presse américaine de référence
Le *Washington Post* et *Associated Press* focalisent leur attention sur J.D. Vance, devenu la figure inattendue de ce pacte, et sur la colère transpartisane face à un texte qui accorde des avantages immédiats à Téhéran. *The Hill* insiste sur le scepticisme historique du vice-président envers les interventions militaires extérieures ; le *Post* relaie également le glacial « cela ne nous concerne pas » de Trump au sujet de l’Ukraine. La chaîne conservatrice *Fox News* maintient ses projecteurs sur le général Vahidi, considéré comme le facteur clé du respect des engagements iraniens.
Presse britannique et financière
Le *Financial Times*, *Reuters* et *Bloomberg* privilégient une lecture économique centrée sur la réouverture d’Ormuz et le repli du Brent, tout en interprétant l’échec du communiqué du G7 comme une preuve supplémentaire de l’effritement de l’ordre libéral.
Presse continentale et chinoise
*Le Monde*, *Le Figaro* et la presse allemande mettent en exergue les divisions d’Évian et le pivot de Trump de l’Iran vers l’Ukraine. À Pékin, l’agence officielle *Xinhua* se délecte de l’absence de communiqué, y voyant la preuve du « déclin occidental » —un rappel que chaque faille dans notre unité constitue, pour le régime chinois, une opportunité de propagande.
Presse du Moyen-Orient
*Al Jazeera* titre sur la poursuite des frappes israéliennes au Liban « malgré l’accord » ; *The Times of Israel* rapporte le refus de Katz de retirer ses troupes. *Iran International* —média dissident d’une grande fiabilité— apporte l’information cruciale concernant le message de Mojtaba Khamenei autorisant la signature « contre son gré », tout en confirmant la réouverture d’Ormuz validée par l’UKMTO et la baisse des cours du pétrole.
Presse de médiation, asiatique et ukrainienne
*Geo.tv* et la presse pakistanaise saluent le rôle d’Islamabad comme médiateur ; *Outlook India* et *The Times of India* détaillent les quatorze points du texte. Enfin, *The Kyiv Independent* et *Ukrainska Pravda* ouvrent sur la cyber-attaque de drones contre Moscou et le soutien apporté aux paquets PURL.
Il est des jours où la diplomatie se pare de ses plus beaux atours pour signer, dans la pompe de Versailles et sous les applaudissements des convives, ce qui n’existe pas encore. Le « Protocole d’Islamabad » interrompt une guerre —et cela, je le répète, mérite d’être salué sans amertume—, mais il ne construit pas la paix, car la paix exige ce qui fait cruellement défaut à cet accord : un plan stratégique à long terme et une autorité à Téhéran capable d’en garantir l’exécution.
Je soutiens depuis le premier coup de canon de ce conflit que le péché originel n’a pas été de frapper l’oligarchie djihadiste, dictatoriale et mafieuse qui pille l’Iran et martyrise son propre peuple —des frappes que j’ai soutenues en leur temps—, mais bien l’absence totale de vision pour le jour où le régime refuserait de plier sans pour autant s’effondrer. Aujourd’hui, ce vide porte un nom : la signature de Pezechkian n’engage pas ceux qui détiennent les armes. À Téhéran, il n’y a plus d’arbitre pour imposer la discipline, mais un triumvirat d’égaux dirigé par le brutal général Vahidi. C’est là que réside la véritable fracture systémique contenue de notre époque.
Et pendant que le Moyen-Orient gère sa trêve zombie, l’Occident affiche sa propre paralysie à Évian. Que le G7 se clôture pour la deuxième année consécutive sans un communiqué conjoint n’est pas un simple accroc protocolaire : c’est la radiographie d’une alliance qui a oublié sa raison d’être. Le plus grave —et je l’écris avec la douleur d’un atlantiste de cÅ“ur et d’un européen convaincu—, c’est que ce sont aujourd’hui les experts eux-mêmes qui désignent les États-Unis comme la principale source d’instabilité du club qui incarna jadis la promotion et la défense de l’ordre libéral.
Cette paralysie ne sort pas de nulle part : elle découle de la même abdication stratégique qui, il y a dix jours, a enterré l’avion de combat européen de sixième génération, cette Europe médiocre et myope qui préfère la distribution de dividendes politiques à la souveraineté réelle. Ceux qui ne savent pas construire un avion ensemble défendront difficilement un continent ensemble.
Sur le front de l’Est, alors que l’Ukraine pousse ses drones jusqu’au cÅ“ur de Moscou et frappe les raffineries qui financent l’agression, le président Trump balaye la plus grande guerre terrestre sur le sol européen depuis 1945 d’une formule glaçante : « Cela ne nous concerne pas, nous sommes à des milliers de kilomètres ». Nous devons nous opposer sans réserve à l’agression russe et à l’usage de la force pour redessiner les frontières, et c’est précisément pour cela que je salue chaque pas —aussi timide soit-il— vers une défense européenne autonome.
Mais toute la tragédie de notre époque tient dans ce contraste : le garant historique de la sécurité européenne a cessé d’y croire, et l’Europe ne se sent pas encore de taille à prendre le relais. Sur ces trois fronts —Téhéran, Évian, Kiev— se joue une seule et même bataille : celle du bon sens et de la responsabilité face à l’intuition et aux éclats de voix. Je veux croire, comme toujours, que les institutions et la sagesse de ceux qui les servent finiront par l’emporter.

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