Le conflit au Moyen-Orient rappelle l’importance stratégique de certains passages maritimes, parfois situés à l’autre bout du globe. Mais cette région n’est pas la seule sous surveillance. De l’Asie aux Amériques en passant par l’Europe, chaque continent dépend de quelques goulets d’étranglement.
Alors que l’une des principales artères du commerce mondial est sous tension, le détroit d’Ormuz n’est pas un cas isolé. D’autres zones, si elles étaient paralysées, provoqueraient des chocs comparables. En mer, où transitent environ 80% des échanges mondiaux, ces points de passage font l’objet d’une attention constante.
Le Moyen-Orient reste une zone à haut risque pour la navigation, une situation encore aggravée par les conflits. Si certains armateurs évitaient déjà la région, la majorité contourne désormais l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance. Selon les cas, le risque est politique, écologique ou logistique.
Le canal de Panama face au défi climatique
Véritable prouesse d’ingénierie, le canal de Panama évite un détour de 13 000 km par le cap Horn. Lancé en 1880, ce chantier a coûté la vie à plus de 22 000 travailleurs, victimes de maladies et de glissements de terrain. Inauguré en 1914, ce passage de 80 km concentre aujourd’hui 5% du trafic maritime mondial, dont plus de 14% du vrac et 6% des porte-conteneurs.

(Source – MarineTraffic.com)
Mais l’infrastructure est fragilisée par le manque d’eau. Situé à 26 m au-dessus du niveau de la mer, le canal dépend du lac Gatun, dont les réserves diminuent sous l’effet de la déforestation et des aléas climatiques. Chaque passage de navire libère 197 000 m3 d’eau dans la mer. En période normale, les pluies compensent ces pertes. En cas de sécheresse, la situation se tend rapidement.
En octobre 2023, la région a connu son mois le plus sec. Le nombre de passages autorisés a été progressivement réduit, jusqu’à 18 par jour en février 2024, contre une quarantaine habituellement. Pour éviter l’attente, certaines compagnies enchérissent sur les créneaux, faisant grimper les prix. Cette pression s’accentue avec les attaques des rebelles Houthis sur d’autres routes clés au Moyen-Orient.Â
Le canal de Suez, artère vitale pour l’Europe
Pour les Européens, le canal de Suez est la voie la plus emblématique. Il permet de gagner environ 12 jours de navigation en reliant la mer Rouge à la Méditerranée. Construit entre 1859 et 1869, il reste le plus long canal sans écluse au monde. Élargi au fil du temps, il atteint aujourd’hui 280 m de large minimum et 22,5 m de profondeur.
Il concentre environ 12% du trafic mondial et 30% du transport de conteneurs. C’est aussi l’un des principaux axes d’acheminement du pétrole vers l’Europe, avec le détroit d’Ormuz.

(Source – MarineTraffic.com)
Situé dans une région instable, le canal subit directement les tensions. Après les attaques des Houthis en mer Rouge, le trafic a chuté de 70% en mai 2025 par rapport à 2023. La plupart des armateurs continuent de privilégier le contournement par le cap de Bonne-Espérance. L’intensification récente des conflits n’a fait qu’aggraver la situation.
Si Suez est crucial pour l’Europe, l’Asie dépend d’un autre passage stratégique.
Le détroit de Malacca, pivot du commerce asiatique
Plus étendu que les autres passages majeurs, le détroit de Malacca relie l’océan Indien aux grandes économies asiatiques. Il voit transiter plus de 25% du commerce mondial, dont 30% du pétrole, 25% du gaz naturel liquéfié et 20% des conteneurs.
Épargné pour l’instant par les conflits et les aléas climatiques, il reste sous forte pression. Chaque année, environ 90 000 navires y circulent. Le principal point de tension est un passage de moins de 3 km de large, par lequel transite l’essentiel des importations pétrolières de la Chine et du Japon.

(Source – MarineTraffic.com)
Selon la Chambre internationale de la marine marchande (ICS), une interruption suffirait à paralyser l’Asie de l’Est en moins d’une semaine. Pour réduire cette dépendance, Pékin cherche des routes alternatives.Autre menace, la taille croissante des navires. Le BIMCO alerte sur le risque de “talonnage”, alors que la profondeur n’atteint que 25 m à certains endroits.
Même sans crise majeure, ce détroit illustre une réalité centrale: la sécurité des routes maritimes est devenue un enjeu de souveraineté dans une économie mondiale toujours plus dépendante des échanges par la mer.



