Les technologies quantiques s'imposent comme l'une des grandes ruptures technologiques. Calcul, capteurs, communications : ces innovations pourraient, à l'horizon de la prochaine décennie, transformer en profondeur les capacités militaires. Pour anticiper ces évolutions, le ministère des Armées et des Anciens combattants structure son action autour d'une stratégie dédiée et organise, le 17 avril 2026, le premier Forum quantique défense.
Un enjeu stratégique majeur pour les armées
Depuis plus de vingt ans, le ministère des Armées et des Anciens combattants, à travers la Direction générale de l'armement (DGA) et l'Agence de l'innovation de défense (AID), soutient des projets liés aux technologies quantiques. L'accélération dans ce domaine a pour point de départ la stratégie nationale quantique, lancée en janvier 2021 par le président de la République. Ces travaux s'inscrivent désormais dans une nouvelle dynamique, en lien avec la Loi de programmation militaire 2024-2030, qui identifie le calcul et les capteurs quantiques comme des priorités.
Dans un environnement marqué par l'intensification des ruptures technologiques, la maîtrise du quantique constitue un enjeu direct de :Â
- supériorité opérationnelle ;
- souveraineté technologique ;
- autonomie stratégique.Â
À terme, ces technologies pourraient recomposer les équilibres de puissance, à un niveau comparable à d'autres grandes ruptures historiques.
Un plan quantique ministériel pour accélérer la transformation
Afin d'adapter l'effort de recherche et développement, un plan quantique ministériel a été annoncé en juin 2025 lors du forum France Quantum. Ce plan marque une évolution importante :
- passage à une logique plus collaborative ;
- structuration d'un écosystème dédié à la défense ;
- accélération de la montée en maturité des technologies.Â
Deux entités structurantes ont été créées :
Le Campus quantique défense qui vise à fédérer les acteurs du secteur : ministères ; industriels de défense ; entreprises civiles ; chercheurs et investisseurs. Son objectif est de structurer une communauté nationale autour des enjeux de défense.
Le Laboratoire quantique défense qui permet d'explorer concrètement les applications opérationnelles du quantique. Sa mission est de tester les usages, identifier les technologies prometteuses et orienter les choix d'investissement.Â
Ces deux structures, rattachées à l'AID, constituent le socle de la stratégie quantique du ministère des Armées et des Anciens combattants.
Trois domaines d'application clés pour la défense
Le calcul quantique : vers de nouvelles capacités de simulation
Il repose sur l'utilisation de qubits, capables d'exploiter les propriétés de superposition et d'intrication. Il ouvre des perspectives dans des domaines aujourd'hui difficilement accessibles au calcul classique : simulation de phénomènes complexes ; optimisation ; modélisation avancée.Â
Le ministère des Armées et des Anciens combattants soutient notamment le programme PROQCIMA, qui vise le développement de prototypes d'ordinateurs quantiques universels d'ici 2032.
Les capteurs quantiques : renforcer la résilience des systèmes
Ils constituent aujourd'hui l'un des domaines les plus avancés. Ces capteurs permettent notamment la navigation sans GPS, l'amélioration de la précision des systèmes d'armes et le renforcement des capacités de détection.Â
Les axes de développement incluent les horloges atomiques, les gravimètres, les accéléromètres quantiques ainsi que les capteurs électromagnétiques.Â
L'enjeu majeur réside dans l'hybridation entre technologies quantiques et systèmes classiques.
Les communications : anticiper l'ère post-quantique
Les technologies quantiques posent également des défis en matière de sécurité des communications. Les autorités françaises privilégient aujourd'hui le développement de la cryptographie post-quantique et la préparation à des systèmes résistants aux ordinateurs quantiques.Â
Parallèlement, des travaux sont menés sur l'internet quantique, notamment pour connecter les futurs calculateurs.
Un forum pour structurer l'écosystème quantique de défense
Organisé le 17 avril 2026 à l'École polytechnique par l'AID, le Forum quantique défense constitue une première. Son objectif est double :
- rassembler les acteurs du quantique ;
- identifier les innovations à fort potentiel pour les armées.Â
L'événement réunira les industriels de la base industrielle et technologique de défense, les entreprises civiles, les organismes de recherche et les investisseurs. Â
Il se déroulera sous le haut patronage de Catherine Vautrin, ministre des Armées et des Anciens combattants, avec la participation des principales autorités du ministère.
Au programme : conférences, tables rondes, ateliers et rencontres opérationnelles.Â
Vers une filière d'excellence au service de la souveraineté
Au-delà de l'événement, l'objectif est clair : bâtir une filière quantique de défense capable de répondre aux enjeux futurs.
Plusieurs projets soutenus par l'AID illustrent cette dynamique : simulation de combustion avancée ; capteurs de navigation autonomes ; technologies de détection électromagnétique ; développement de composants quantiques.Â
Ces initiatives traduisent une volonté de transformer l'innovation en capacité opérationnelle, réduire les dépendances technologiques et garantir la supériorité des forces sur le long terme.Â
Anticiper les conflits de demain
Les technologies quantiques ne relèvent plus uniquement de la recherche fondamentale. Elles s'inscrivent désormais dans un champ de compétition stratégique entre États. En structurant son effort, en fédérant son écosystème et en accélérant l'intégration opérationnelle, le ministère des Armées et des Anciens combattants se positionne pour anticiper ces transformations.
À l'horizon 2040, le quantique pourrait redéfinir les rapports de force militaires, économiques et technologiques. L'enjeu est donc immédiat : préparer aujourd'hui les capacités qui feront la supériorité de demain.




