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TRIBUNE. Il y a quelque chose de symptomatique dans la manière dont les Français font du sport aujourd'hui. Ce n'est plus seulement une question de performance ou de transformation physique. Le sport devient aussi un moyen de préserver son équilibre, de récupérer, ou de recréer du lien social. Trois signaux qui, pour qui sait les lire, disent autant sur l'état des entreprises que sur celui des individus. Par Sébastien Bequart, cofondateur de Gymlib et Country Manager France d'EGYM Wellpass.Â
Les pratiques sportives évoluent en profondeur, comme le montrent les millions de séances réservées par les salariés français via un abonnement entreprise1. Derrière l'essor du bootcamp, du padel, du Pilates-Reformer ou encore des espaces de récupération, c'est peut-être une évolution plus large du rapport au travail et à la santé qui se dessine.
Le collectif prend le pas sur la pratique solitaire
La fréquentation des salles de fitness reste sans surprise en tête des pratiques, et sa croissance ne faiblit pas (+66,6 % au Q1 2026). Mais ce qui a changé, c'est la nature de ce qu'on vient y chercher. Aujourd'hui, elles rénovent leurs espaces pour accueillir des zones plus fonctionnelles et des espaces collectifs. Le Français veut transpirer en groupe, avec un programme, dans une ambiance dynamique. Le succès du Bootcamp (+24,6 %), avec des salles dédiées comme Basecamp, ou encore l'engouement autour de l'Hyrox – qui rassemble désormais des dizaines de milliers de participants dans des stades à travers l'Europe – traduisent cette recherche d'intensité, mais aussi de motivation collective et de dépassement partagé.
Cette évolution se retrouve également dans l'essor des sports de raquette. Le squash (+242 %), le badminton (+108 %) ou encore le padel (+67 %) continuent de séduire un public de plus en plus large, avec des offres qui se modernisent et attirent tous les âges. Leur point commun dépasse largement la pratique sportive elle-même : ce sont des activités accessibles, simples à organiser à deux ou à quatre, et faciles à intégrer dans des moments de sociabilité. Dans des quotidiens marqués par le télétravail et des rythmes plus fragmentés, ces pratiques répondent à un besoin croissant de collectif et d'interactions réelles. Le sport comme liant social, c'est peut-être la tendance de fond la plus structurante de cette décennie et un signal que les organisations feraient bien de ne pas ignorer.
La récupération : le nouveau sport à part entière
Longtemps réservée aux sportifs de haut niveau, la récupération s'installe dans les habitudes d'un public beaucoup plus large, avec ses rituels et ses convertis. Les séances de sauna (+182,7 %) et de relaxation (+238 %) connaissent par exemple une forte progression. Et pour qui se promène dans Paris ou Lyon ces derniers mois, l'explication est visible à l'œil nu : les centres dédiés au wellness thermal prolifèrent. Sant Roch, installé dans le 2e arrondissement parisien, ou Reset dans le 9e, attirent une clientèle urbaine et active. Sommeil, récupération musculaire, réduction du stress ou gestion de la charge mentale deviennent des motivations aussi importantes que la performance elle-même.
Ce mouvement s'inscrit dans une tendance venue de Scandinavie (balnéothérapie froide, bains glacés, alternance chaud-froid) mais il dit aussi quelque chose de plus structurel. Les Français ne cherchent plus uniquement à se dépasser, mais à préserver leur énergie dans un quotidien perçu comme plus intense et plus fatigant. Pour les directions d'entreprise, ce basculement vers la récupération n'est pas un phénomène culturel anodin, c'est un indicateur de charge.
Des pratiques plus douces, mais pas moins exigeantes
Le succès du Pilates-Reformer s'inscrit dans cette même logique. Réservée à quelques initiés il y a quelques années, cette pratique connaît aujourd'hui une forte croissance (+64 %). Elle répond à une attente de plus en plus visible : prendre soin de son corps sans rechercher nécessairement l'intensité extrême. Renforcement musculaire, mobilité, posture, respiration ou conscience corporelle… Les pratiques qui progressent le plus sont souvent celles qui associent efficacité physique et bien-être global. Dans une époque où l'on cherche à être efficace sans se brutaliser, c'est une proposition presque parfaite.
Les activités plus installées évoluent elles aussi dans leur perception. La danse continue de progresser, portée par sa dimension ludique et collective. L'escalade conserve une forte attractivité grâce à l'expérience communautaire qu'elle propose. Le cycling, lui, reste très pratiqué, mais sa croissance ralentit dans un marché désormais plus mature.
À travers ces évolutions, le rôle du sport change progressivement. Longtemps associé à la performance physique, il devient un outil de régulation mentale et sociale dans des quotidiens plus fragmentés et plus exigeants. Pour les entreprises qui cherchent à comprendre l'état réel de leurs équipes, ces comportements constituent peut-être l'un des signaux le plus francs et le moins exploité.
1. L'analyse s'appuie sur plusieurs millions de séances sportives réservées par des salariés français via l'abonnement entreprise d'EGYM Wellpass, entre le premier trimestre 2025 et le premier trimestre 2026.
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