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Larmée comme révélateur de lEtat : une analyse comparée de dix-sept pays, du Vietnam aux conflits de drones

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Une armée est le miroir d'un État. Regardez comment elle recrute ses soldats, comment elle traite ses hommes et comment elle choisit ses officiers. Cet article examine cette idée en comparant dix-sept pays aux histoires très différentes : les États-Unis, la Russie, l'Ukraine, la Chine, la France, la Turquie, l'Iran, le Maroc, l'Algérie, le Venezuela, le Brésil, le Sénégal, la Côte d'Ivoire, la Guinée, le Mali, le Libéria et la Sierra Leone. Il part de la guerre du Vietnam et arrive jusqu'aux drones d'aujourd'hui. Il montre comment les armées peuvent dériver de leur rôle, et quelles conditions permettent vraiment de les réformer.

Positionnement dans la littérature

Depuis les années 1950, deux grands chercheurs ont structuré le débat sur les armées et les États.

Samuel Huntington, dans The Soldier and the State (1957)1, défend une idée simple : une armée professionnelle, qui fait bien son travail militaire sans se mêler de politique, est la meilleure. L'armée obéit aux civils.

Morris Janowitz, dans The Professional Soldier (1960)2, dit autre chose : une armée est d'autant plus stable et loyale qu'elle ressemble à la société qu'elle défend.

Ces deux idées ont longtemps dominé la recherche sur les armées — de Finer (1962) jusqu'à Barany (2012) et Bruneau et Trinkunas (2008).

Cet article part de là. Huntington et Janowitz supposent tous les deux qu'il existe un État solide au départ. C'est cette hypothèse que l'on remet en question ici.

Dans beaucoup de pays africains ou post-soviétiques, l'État n'est pas solide. Il est faible, corrompu, ou capturé par des intérêts privés.

Dans ces cas, même un fort contrôle des civils sur l'armée ne produit pas une armée professionnelle. Il produit une armée au service d'un régime — ce qui est très différent d'une armée au service d'un État.

C'est cette idée centrale que cet article cherche à démontrer : ce n'est pas l'État qui explique l'armée, c'est l'armée qui révèle ce que vaut l'État.

L'article s'appuie aussi sur Mary Kaldor (1999)3 pour comprendre les guerres d'aujourd'hui, sur Barak et Sheffer (2010)4 pour analyser les armées qui jouent un rôle à mi-chemin entre le militaire et le politique, et sur Ball et Fayemi (2004)5 pour les leçons des programmes de réforme militaire — en soulignant que ces programmes échouent souvent parce qu'ils traitent la réforme comme un problème technique, alors que c'est avant tout un problème politique.

Introduction

En 1975, les États-Unis perdent au Vietnam. Pas faute de soldats, pas faute d'avions ou d'argent. Ils perdent parce que personne ne savait vraiment ce que signifiait gagner. Ni à Washington, ni sur le terrain.6

En février 2022, la Russie envahit l'Ukraine. Selon le Stockholm International Peace Research Institute, référence mondiale en matière de dépenses militaires, le budget de défense russe s'élève à 86,4 milliards de dollars en 2022. Pourtant, dès les premières semaines, des colonnes de blindés s'arrêtent faute de carburant, des communications sont interceptées, des soldats reçoivent des vivres périmés.7 Ce n'est pas un manque d'argent. C'est le résultat de deux décennies de corruption : des contrats de maintenance signés mais jamais exécutés, des promotions attribuées selon les relations et non selon le mérite.

Face à eux, l'Ukraine résiste. Pas parce qu'elle est plus riche ou mieux équipée. Parce que ses soldats savent pourquoi ils se battent. Quand la mission est comprise et acceptée, les soldats se battent différemment — mieux.8

Ces trois cas disent la même chose : une armée révèle ce que vaut l'État. Elle amplifie ses forces. Elle expose ses faiblesses. Elle ne peut pas être meilleure que l'État qui l'a produite.

Pourquoi ? Parce que la performance d'une armée dépend de trois choses. Premièrement, les soldats doivent comprendre et accepter leur mission. Deuxièmement, les règles internes — promotions, salaires, sanctions — doivent récompenser le travail bien fait et punir la tromperie. Troisièmement, il faut une confiance réelle entre l'armée et la société qu'elle est censée défendre.

Un État qui recrute par favoritisme, qui promeut par fidélité personnelle et qui détourne l'argent de la défense produit mécaniquement une armée inefficace.

Dans cet article, l'État est défini comme l'ensemble des institutions qui exercent une autorité reconnue sur un territoire, lèvent des impôts et redistribuent des ressources (Weber, 1919 ; Mann, 1988 ; Migdal, 1988). Cette définition repose sur trois piliers : la capacité à gouverner, la légitimité aux yeux des citoyens, et la cohérence interne des institutions.

L'article est divisé en cinq parties. La première regarde ce que les grandes guerres depuis 1945 nous apprennent sur les États. La deuxième examine les missions d'une armée et ce qui arrive quand elle les dépasse. La troisième analyse comment les démocraties contrôlent leur armée. La quatrième retrace l'évolution des conflits depuis 1990. La cinquième identifie les conditions d'une réforme militaire qui tient vraiment.

Note méthodologique

Cet article compare dix-sept pays choisis précisément parce qu'ils sont très différents. C'est une méthode bien établie en sciences sociales : tester une idée dans des contextes contrastés renforce sa validité (Eisenhardt, 1989 ; Ragin, 1987).9

Les pays ont été sélectionnés selon trois critères. D'abord, la diversité des régimes politiques : des démocraties solides (France, Allemagne, Brésil, Corée du Sud), des régimes intermédiaires (Turquie, Maroc, Algérie), des régimes autoritaires (Iran, Venezuela), et des États fragiles (Mali, Guinée, Sierra Leone, Libéria). Ensuite, la diversité des trajectoires militaires : certains pays sont stables depuis des décennies (Allemagne), d'autres ont connu des crises politiques liées à leur armée (Côte d'Ivoire, Mali), d'autres enfin ont reconstruit leur armée après une guerre civile (Sierra Leone, Libéria, Brésil). Enfin, la diversité géographique : Europe, Amérique latine, Moyen-Orient, Asie de l'Est et Afrique.

La documentation des cas repose sur trois types de sources : la littérature académique secondaire pour les analyses de fond, les rapports institutionnels (SIPRI, UCDP, Fund for Peace, Freedom House) pour les données comparables, et les études monographiques pour les cas régionaux. Les cas les mieux documentés — États-Unis, Russie, Ukraine, France, Allemagne — bénéficient d'une analyse plus développée. Les cas africains s'appuient principalement sur la littérature spécialisée disponible, ce qui invite à la prudence sur certains détails.

Deux limites honnêtes doivent être signalées. Certains pays sont mieux documentés que d'autres, et la comparaison sur grande échelle ne permet pas d'aller aussi loin dans le détail qu'une étude consacrée à un seul cas. Ces limites ne remettent pas en cause l'idée centrale, mais invitent à la prudence sur les cas les moins bien connus.

I. Ce que les grandes guerres nous apprennent sur les États

1.1. Pourquoi les grandes puissances ne se font plus la guerre directement

Depuis 1945, les États-Unis, la Russie, la Chine et les autres grandes puissances ne se sont jamais attaqués directement les uns les autres. Deux raisons expliquent cela.

La première est pratique : les armes nucléaires rendent une guerre directe entre grandes puissances suicidaire pour tout le monde.10 La seconde est culturelle : après les horreurs des deux guerres mondiales, les sociétés occidentales ont rejeté l'idée même de guerre entre États.11

Mais cela ne veut pas dire que les grandes puissances ont arrêté de faire la guerre. Elles ont simplement arrêté de se battre directement. À la place, elles financent, arment et soutiennent des camps adverses dans des guerres menées par d'autres — ce que la littérature stratégique désigne sous le terme de « guerres par procuration ».12

1.2. Le Vietnam

La guerre du Vietnam est l'un des cas les plus instructifs de l'histoire militaire récente. Les États-Unis avaient tout : des avions, des soldats entraînés, un budget considérable, et une supériorité technique totale. Ils ont quand même perdu.

La raison n'est pas militaire. Elle est politique. Personne — ni à Washington, ni sur le terrain — ne savait clairement ce que signifiait gagner. Quel était l'objectif final ? Comment saurait-on qu'on a réussi ?13

En face, les combattants du Viet-Cong avaient une réponse simple : défendre leur pays contre une puissance étrangère. Cette clarté-là donne une force que l'argent et les missiles ne peuvent pas acheter.

Cette leçon a été formalisée dans ce qu'on appelle la « doctrine Powell » : on n'envoie une armée au combat que si les objectifs sont clairs, les moyens suffisants, et qu'on a prévu comment en sortir.14

L'Afghanistan (2001–2021) a répété la même erreur. Plus de 130 000 soldats déployés. Et en août 2021, le gouvernement s'est effondré en onze jours.15 L'armée afghane reconstruite depuis vingt ans n'était pas l'armée d'un État que les Afghans reconnaissaient comme le leur. Sans cette légitimité, aucun équipement ni aucune formation ne peut tenir.

1.3. L'Irak 2003

En mai 2003, après la chute de Saddam Hussein, l'administrateur américain Paul Bremer prend une décision lourde de conséquences : il dissout l'armée irakienne. Du jour au lendemain, plusieurs centaines de milliers de soldats se retrouvent sans emploi, sans salaire, mais toujours armés et bien formés.16

Une partie de ces hommes rejoindra Al-Qaïda en Irak, puis l'organisation État islamique.

La leçon est claire : quand on détruit une organisation — une armée, une administration, une police — sans prévoir ce que vont faire les gens qui en faisaient partie, on crée un problème souvent plus grave que celui qu'on voulait régler.

1.4. La Russie et l'Ukraine depuis 2022 : l'argent ne remplace pas les institutions

L'offensive russe en Ukraine a surpris beaucoup d'observateurs. Pas parce que la Russie était forte, mais parce qu'elle s'est révélée si défaillante. Des colonnes de blindés immobilisées faute d'essence. Des communications mal sécurisées, facilement interceptées. Des soldats sous-approvisionnés.17 Comment est-ce possible avec un budget de défense de 86,4 milliards de dollars par an ?18 La réponse : cet argent a largement été volé ou gaspillé. Des contrats d'entretien signés mais pas exécutés. Des inventaires falsifiés. Des promotions accordées aux amis, pas aux compétents. Ce n'est pas un problème militaire. C'est le reflet d'un État où la corruption est systémique.

L'Ukraine illustre l'inverse. Ses soldats savaient exactement pourquoi ils se battaient : défendre leur pays, leurs familles, leur existence. Quand la mission est comprise et acceptée, les soldats font des choses que les manuels militaires ne prévoient pas.19

Ces deux trajectoires forment le test le plus lisible de l'idée centrale de cet article.

1.5. Les drones : une nouvelle technologie, les mêmes vieilles questions

Dans le conflit ukrainien, de simples drones fabriqués à bas coût ont détruit des chars et des camions de munitions valant des millions d'euros.20 Cette évolution technologique change les batailles. Elle ne change pas les fondamentaux.

Pour faire voler des drones, il faut des opérateurs formés. Pour les soutenir, il faut des logisticiens. Pour les orienter, il faut du renseignement. L'État doit recruter ces gens, les payer correctement, et leur donner des règles claires. La technologie rend les défaillances de l'État encore plus visibles. Elle ne les répare pas.

II. À quoi sert une armée — et quand ça dérape

2.1. Les trois missions d'une armée

Une armée a trois missions de base.

La première : défendre le territoire national contre les menaces extérieures. La France, par exemple, a supprimé le service militaire obligatoire en 1996 pour se doter d'une armée de professionnels, capables d'intervenir rapidement n'importe où dans le monde.21 Résultat : une armée plus efficace. Mais aussi une armée plus éloignée de la société civile, ce que Janowitz considérait comme un risque réel pour la démocratie.

La deuxième : participer aux opérations de maintien de la paix à l'extérieur. Le Sénégal est l'un des plus grands contributeurs africains aux missions de l'ONU — au Liban, en Haïti, en RDC, en Côte d'Ivoire.22 Ces missions forment les soldats à la discipline et aux règles d'engagement internationales. Elles renforcent le professionnalisme de l'armée. Mais elles ont aussi des limites : des mandats trop étroits qui interdisent l'intervention quand les civils sont menacés, une fatigue des contingents que les États contributeurs peinent à compenser, et un risque de déconnexion entre des soldats habitués aux théâtres extérieurs et la réalité de la défense nationale. La Minusma au Mali l'a illustré : dix ans de présence, et l'insécurité n'a pas reculé.

2.2. La troisième mission : les crises intérieures

La troisième mission est la plus délicate : intervenir en cas de crise à l'intérieur du pays. C'est là que le risque est le plus fort.

En France, depuis les attentats de janvier 2015, l'opération Sentinelle déploie des soldats dans les rues et devant les lieux publics.23 C'est une réponse à un danger réel. Mais cela crée une tension : l'armée est dans l'espace civil. Cette ligne est difficile à tracer et facile à franchir.

Au Venezuela, la ligne a complètement disparu. L'armée ne défend plus le territoire : elle gère la distribution alimentaire, dirige des entreprises publiques, contrôle les frontières douanières.24 Elle est devenue le substitut d'un État civil qui ne fonctionne plus.

2.3. Ce que les missions réelles révèlent sur un État

Il y a souvent un écart entre ce qu'une armée est censée faire et ce qu'elle fait vraiment. Cet écart est révélateur.

Une armée qui défend ses frontières et participe à la sécurité internationale sans jamais interférer dans la vie politique : c'est le signe d'institutions civiles qui fonctionnent bien.

Une armée qui fait le travail de l'administration, qui distribue des subventions, qui s'impose dans les affaires politiques : c'est le signe que les institutions civiles sont défaillantes ou inexistantes. L'armée comble un vide. Ce vide, c'est le problème de fond.

III. Comment les démocraties contrôlent leur armée

3.1. Les cinq piliers du contrôle démocratique

Dans une démocratie, l'armée dépend des civils élus. Pas parce qu'on se méfie des soldats. Mais parce que décider d'aller en guerre est une décision qui engage tout le pays. Elle doit donc être prise par des gens que les citoyens peuvent sanctionner aux élections.25

Ce contrôle repose sur cinq piliers.

Premier pilier : le chef de l'État commande l'armée.

Deuxième pilier : le Parlement vote le budget de la défense et autorise les opérations militaires à l'étranger.

Troisième pilier : les tribunaux peuvent juger les comportements illégaux de l'armée, y compris ceux des officiers.

Quatrième pilier : la presse est libre de couvrir les affaires militaires. Un journaliste qui peut enquêter sur une armée est l'un des meilleurs remparts contre les abus.

Cinquième pilier : la formation elle-même. En Allemagne, le concept d'Innere Führung — qu'on peut traduire par « citoyen en uniforme »26 — enseigne aux soldats depuis 1955 que leur loyauté va d'abord à la Constitution, pas à un chef ou à une institution.

3.2. Quand le contrôle ne fonctionne pas : Iran, Algérie, Turquie, Venezuela, Maroc

En Iran, les Gardiens de la Révolution islamique sont bien plus qu'une armée. Ils contrôlent des ports, des industries pétrolières, des entreprises de construction, des réseaux commerciaux.27 Leur budget réel échappe entièrement au Parlement. Réformer leur statut serait remettre en cause les fondements du régime — ce qui est pratiquement impossible de l'intérieur.

En Algérie, l'armée n'a jamais pris le pouvoir officiellement depuis 1962. Mais elle décide dans l'ombre.28 En 2019, le mouvement populaire du Hirak a expressément demandé la fin de l'influence militaire sur la politique. Il n'a pas été entendu.

Au Venezuela, Harold Trinkunas (2005) a montré comment l'armée a été transformée en trois étapes sous Hugo Chávez : d'abord les nominations politisées (1999–2002), puis des missions civiles confiées aux officiers en activité (2003–2006), et enfin la fusion entre le financement de l'armée et la rente pétrolière (2007–2013).24 Chaque étape rendait la suivante plus facile. Et les contre-pouvoirs — Parlement, justice — s'affaiblissaient en même temps.

Le Maroc présente un cas différent. L'armée obéit au roi, non parce que des lois l'y obligent, mais parce que l'allégeance personnelle au souverain est le fondement de l'institution. Cela assure une vraie stabilité. Mais l'armée ne se réforme pas comme une institution professionnelle au sens classique.

La Turquie est le cas le plus complexe. Pendant des décennies, l'armée s'est autoproclamée gardienne de la laïcité, intervenant directement en politique à quatre reprises entre 1960 et 1997.29 Erdoğan a réussi à placer l'armée sous contrôle civil. Mais un contrôle civil exercé par un pouvoir qui écrase les contre-pouvoirs n'est pas une garantie démocratique. C'est juste un autre type de capture.

IV. Comment les conflits armés ont changé depuis 1990

4.1. Moins de guerres entre États, plus de guerres civiles

Quand l'URSS s'est effondrée en 1991, certains ont pensé que la paix allait s'étendre. Francis Fukuyama avait même théorisé la « fin de l'Histoire »30 : la démocratie libérale avait gagné, les grandes guerres appartenaient au passé.

Ce qui s'est passé est différent. Les guerres entre États ont en effet reculé. Mais les guerres civiles, les insurrections, les conflits armés internes ont explosé. Mary Kaldor a appelé ces conflits « nouvelles guerres »31 : des combattants sans uniforme, qui financent leurs opérations en contrôlant des ressources naturelles, et qui ciblent délibérément les civils.

4.2. La Bosnie et le Rwanda : quand la communauté internationale n'a pas agi

En juillet 1995, à Srebrenica, en Bosnie, environ huit mille hommes et garçons sont exécutés en quelques jours. Des soldats de l'ONU étaient présents. Ils n'avaient pas reçu l'ordre d'intervenir.32

En 1994, au Rwanda, environ huit cent mille personnes ont été tuées en moins de cent jours.33

Ces deux massacres ont changé le droit international. En 2005, l'ONU a adopté la doctrine de la « responsabilité de protéger » : un État qui massacre ses propres citoyens ne peut pas se cacher derrière sa souveraineté pour échapper aux conséquences.

4.3. Somalie, Sierra Leone, Libéria : quand l'État disparaît, l'armée disparaît avec lui

En 1991, le régime somalien de Siad Barré s'effondre. L'armée nationale se dissout immédiatement. Le territoire se fragmente en zones contrôlées par des chefs de guerre et des milices claniques.34

Au Libéria et en Sierra Leone, les guerres civiles des années 1990 ont suivi un schéma similaire. Les factions armées se finançaient en contrôlant des mines de diamants.35 Tant que les pierres précieuses rapportaient de l'argent, personne n'avait vraiment intérêt à négocier la paix.

Dans ces trois cas, la dissolution de l'armée nationale n'est pas la cause de l'échec de l'État. C'en est le signe le plus visible. Le problème était plus profond.

4.4. Mali, Guinée, Côte d'Ivoire, Sénégal : quatre leçons d'Afrique de l'Ouest

Ces quatre pays permettent de tracer une carte des trajectoires possibles.

Le Sénégal est le cas de la stabilité. Depuis l'indépendance en 1960, l'armée n'a jamais renversé le gouvernement. Cette stabilité n'est pas un hasard. Elle vient d'un investissement régulier dans la formation des soldats, notamment à travers les missions de paix de l'ONU.36

La Côte d'Ivoire illustre la fragilité cachée. Le pays paraissait stable. Mais lors de la crise postélectorale de 2010–2011, l'armée s'est fracturée en factions rivales.37 Une stabilité de surface peut masquer des tensions profondes.

La Guinée représente un cas emblématique des États riches en ressources naturelles et fragiles institutionnellement. Le pays dispose de réserves minières parmi les plus importantes du continent. La rente extractive y a historiquement alimenté la compétition pour le contrôle du pouvoir — un mécanisme documenté par la littérature sur la malédiction des ressources (Collier, 2003 ; Forest, 2021).38 Dans ce contexte, les forces armées ont occupé une position centrale dans la vie politique guinéenne depuis l'indépendance : tantôt comme instrument des transitions, tantôt comme acteur autonome. Les quatre changements de régime par la force survenus entre 1984 et 2021 illustrent une armée qui s'est régulièrement substituée aux institutions civiles défaillantes, plutôt que de leur être subordonnée. Le cas guinéen confirme ainsi la thèse de cet article : une armée ne peut pas être plus solide que l'État qui l'a produite.

Le Mali incarne l'effondrement prévisible. Les promotions dans l'armée dépendaient des réseaux d'allégeance, pas du mérite. Quand la crise sécuritaire de 2012 a frappé, l'armée n'avait pas les officiers capables de la gérer.39

4.5. Syrie et Yémen : deux guerres qui n'en finissent pas

La guerre en Syrie a débuté en 2011. Plus de trois cent mille morts. Plus de quatre millions de réfugiés.40 Les forces gouvernementales ont utilisé des armes chimiques et bombardé des hôpitaux. Ces crimes ne sont pas le fait de soldats qui agissent seuls : ils ont été ordonnés par un État qui en assume la responsabilité politique.

Au Yémen, depuis 2015, une coalition menée par l'Arabie Saoudite affronte les Houthis, soutenus par l'Iran.41 La crise humanitaire est l'une des pires de la décennie. Et malgré une supériorité aérienne écrasante, la coalition n'a pas réussi à contrôler durablement le territoire. C'est une leçon ancienne qui se répète : les bombardements ne suffisent pas à gagner une guerre quand les populations locales ne vous soutiennent pas.

4.6. Pourquoi les guerres éclatent : quatre explications, et leurs limites

Quand une guerre civile éclate, on entend souvent les mêmes explications. En voici quatre, avec leurs forces et leurs limites.

L'explication religieuse est la plus répandue dans les médias. Mais elle ne résiste pas à l'examen : les mêmes communautés religieuses ont coexisté pacifiquement pendant des siècles dans les mêmes territoires. La religion n'est pas la cause — elle est l'outil que des dirigeants politiques utilisent pour mobiliser des soutiens.42

L'explication économique : les pays dont l'économie dépend d'une seule ressource naturelle — pétrole, diamants, coltan — sont statistiquement beaucoup plus exposés aux conflits armés. Paul Collier l'a montré de façon convaincante.43

L'explication géopolitique : les grandes puissances alimentent souvent des conflits qui servent leurs intérêts sans qu'elles aient à se battre elles-mêmes. C'est ce qu'Aron appelait la « paix belliqueuse » — un équilibre fondé non sur l'absence de violence, mais sur sa délégation à d'autres.44

L'explication ethnique est la plus dangereuse. Elle fait croire que les conflits sont naturels, inévitables, inscrits dans l'identité des peuples. C'est faux. Les identités ethniques ne déclenchent pas les guerres. Ce sont des dirigeants politiques qui les activent délibérément pour diviser et mobiliser. Comme l'écrit Jean-François Bayart : « Il n'y a pas de conflit identitaire, il n'y a que des stratégies identitaires du conflit. »45

V. Réformer une armée : pourquoi c'est si difficile et comment y arriver

5.1. L'erreur de croire que c'est un problème technique

Beaucoup de programmes de réforme militaire échouent parce qu'ils partent d'une mauvaise hypothèse : le problème serait d'ordre technique. Il suffirait de former les officiers, d'acheter du matériel, d'écrire de nouveaux règlements.

C'est se tromper de problème. Réformer une armée, c'est changer qui décide des promotions, qui contrôle l'argent, qui peut sanctionner les fautes. C'est donc redistribuer le pouvoir et les privilèges à l'intérieur de l'institution. Ceux qui bénéficient du système actuel ne céderont pas sans résistance.46 Ce n'est pas un défi technique. C'est un défi politique.

5.2. Le piège de la réforme imposée de l'extérieur

Depuis les années 1990, des dizaines de programmes internationaux ont financé des réformes militaires en Afrique, en Asie et en Amérique latine. Le bilan global est décevant.47

La raison est simple. Une réforme que les officiers vivent comme une contrainte venue de l'extérieur ne produit pas de changement réel. Ils signent les nouveaux règlements pour conserver l'accès aux fonds internationaux. Mais dans les faits, les pratiques ne changent pas.

Au Mali, entre 2013 et 2020, les forces armées ont reçu des années de formation et des équipements payés par des partenaires internationaux. Les promotions accordées selon les réseaux d'allégeance ? Toujours là. Les approvisionnements insuffisants pour les unités déployées au front ? Toujours là.48 Et quand la crise a frappé, l'armée n'était pas prête.

5.3. Les leçons du Libéria et de la Sierra Leone : reconstruire après la guerre civile

Après leurs guerres civiles des années 1990, le Libéria et la Sierra Leone ont dû tout reconstruire. Leur expérience contient des leçons précieuses.49

Trois défis se sont révélés décisifs.

Premier défi : désarmer les anciens combattants et les réintégrer dans la société civile. Certains avaient commis des crimes de guerre. Les laisser armés et sans perspective garantissait la reprise des violences.

Deuxième défi : recruter dans la nouvelle armée selon le mérite, pas selon l'appartenance à un groupe ou à un réseau.

Troisième défi : reconstruire la confiance entre l'armée et les populations qu'elle avait maltraitées pendant la guerre.

5.4. Quatre exemples de réformes réussies

Espagne (1975–1982). Après quarante ans de dictature franquiste, la transition vers la démocratie a réussi à soumettre l'armée au pouvoir civil. La méthode : des changements graduels, un dialogue maintenu avec les officiers réticents, et pas de ruptures brutales susceptibles de provoquer un coup d'État.50

Brésil (1988). Après vingt et un ans de régime militaire, la Constitution de 1988 a rétabli le contrôle civil. Innovation importante : l'armée a participé à la rédaction du texte constitutionnel qui définissait son propre statut. Elle n'a pas reçu les règles d'en haut : elle les a co-construites.51

Corée du Sud (1998–2003). Sous Kim Dae-jung, deux réformes ont changé durablement les choses : le Parlement a obtenu un vrai contrôle sur le budget militaire, et la liberté de la presse sur les affaires militaires a été garantie. Deux mécanismes simples. Deux effets profonds.

Allemagne (1955 à aujourd'hui). Le cas le plus abouti. Le concept d'Innere Führung — « citoyen en uniforme »52 — enseigne aux soldats de la Bundeswehr depuis soixante-dix ans que leur loyauté va à la Constitution, pas à une hiérarchie ou à un chef. Cette valeur est inscrite dans la culture de l'institution, pas seulement dans les règlements.

5.5. Les cinq conditions d'une réforme qui dure

L'analyse de ces cas fait apparaître cinq conditions. Elles ne suffisent pas séparément. Mais quand elles sont réunies, la réforme tient.

Première condition : une volonté politique forte et durable. Sans un dirigeant qui veut vraiment réformer et qui tient dans la durée, les résistances internes reprennent le dessus (exemple : Espagne, 1975–1982).

Deuxième condition : changer la culture, pas seulement les règles. On peut écrire de nouveaux règlements en une semaine. Changer les habitudes et les valeurs d'une institution prend des années. Sans ce travail culturel, les nouvelles règles sont contournées dès que personne ne regarde (exemple : Allemagne, 1955).

Troisième condition : associer les soldats ordinaires au processus. Les officiers supérieurs ne sont pas les seuls concernés. Les soldats de base qui vivent mal les réformes créent une instabilité que les dirigeants ne voient pas venir (exemple : Sierra Leone, 2002–2010).

Quatrième condition : des institutions civiles capables de vraiment contrôler. Un parlement qui vote les budgets militaires sans les examiner, ou une justice qui ne poursuit jamais les officiers corrompus : ce sont des conditions qui permettent à l'armée de rester hors de tout contrôle réel. Le contrôle civil doit être effectif, pas seulement formel (exemple : Corée du Sud, 1998–2003).

Cinquième condition : un récit national clair. Quand les gens comprennent pourquoi leur armée doit changer, la réforme a une légitimité sociale. Quand elle apparaît comme une contrainte imposée par des bailleurs étrangers ou par une élite déconnectée, elle échoue (exemple : Brésil, Constitution de 1988).53

Ces cinq conditions ne sont pas indépendantes. La volonté politique est la condition des quatre autres : sans elle, ni la culture ne change, ni les soldats ne sont associés, ni le contrôle civil ne se consolide, ni le récit national ne se construit. C'est donc par là qu'il faut commencer — et c'est précisément ce que les programmes d'aide internationale peinent le plus souvent à produire de l'extérieur.

Conclusion

Regardez comment une armée se comporte, et vous comprendrez ce que vaut vraiment l'État qui l'a créée. Non pas parce que l'armée reflète mécaniquement l'État. Mais parce qu'elle en révèle la vérité profonde. C'est au moment des crises que tout se voit : les beaux principes — neutralité, professionnalisme, respect de la loi — tiennent-ils face aux intérêts particuliers, aux ambitions personnelles et aux jeux de pouvoir internes ? La réponse à cette question dit tout.

Les États-Unis ont perdu au Vietnam parce que leur armée ne savait pas expliquer à ses soldats ce pour quoi ils mouraient. La Russie a dépensé des milliards de dollars par an pour une armée qui s'est révélée, en Ukraine, bien moins puissante que prévu — parce que vingt ans de corruption avaient vidé de substance les capacités affichées.

La Somalie a sombré dans le chaos parce que l'État lui-même avait cessé d'exister.

Le Sénégal a maintenu sa stabilité parce qu'il a, année après année, construit une armée dont la légitimité était suffisamment profonde pour survivre aux alternances politiques.

Ce que l'analyse de ces dix-sept pays permet de dire, c'est que l'idée de Huntington doit être inversée. Ce n'est pas l'État qui explique l'armée. C'est l'armée qui révèle ce que l'État est vraiment capable de produire.

Cette inversion a des conséquences directes pour les programmes d'aide militaire et de réforme.54 Toute réforme de l'armée qui ne s'attaque pas en même temps aux défaillances de l'État qui l'a produite ne produira que des effets de surface. On forme des officiers. On achète des équipements. Mais les promotions continuent à se faire selon les réseaux, les budgets continuent à être détournés, et les soldats ordinaires continuent à ne pas savoir pourquoi ils servent.

Il en résulte trois implications pratiques pour ceux qui travaillent sur la coopération internationale en matière de sécurité — et la première est la plus déterminante, car elle conditionne l'efficacité des deux autres.

Premièrement : l'aide militaire doit être liée à des progrès réels en matière de gouvernance civile — indépendance du Parlement, liberté de la presse, transparence budgétaire. Ce n'est pas une ingérence. C'est une condition d'efficacité. Sans institutions civiles capables de contrôler vraiment, toute formation et tout équipement seront tôt ou tard détournés au profit de ceux qui détiennent le pouvoir.

Deuxièmement : la formation des officiers doit inclure une composante explicite sur la culture institutionnelle. Enseigner à tirer et à commander ne suffit pas. Il faut aussi enseigner pourquoi on obéit à la loi plutôt qu'à un chef.

Troisièmement : les programmes de désarmement et de réintégration des anciens combattants ne peuvent pas être traités comme de simples opérations logistiques. Ils sont profondément politiques.

En dernière analyse, la place de l'armée dans l'État n'est pas une question militaire. C'est une question politique fondamentale : elle dit qui gouverne, comment, et si les citoyens font confiance à ceux qui les gouvernent. Les réformes qui ignorent cette dimension ne produisent que des apparences. Celles qui l'affrontent vraiment — en réformant les institutions civiles en même temps que l'institution militaire — sont les seules qui créent des armées durablement légitimes et efficaces.

Amadou BAH

Analyste Politique, Spécialiste des Relations Internationales

Notes

1 Samuel P. HUNTINGTON, The Soldier and the State : The Theory and Politics of Civil-Military Relations, Cambridge, Harvard University Press, 1957.

2 Morris JANOWITZ, The Professional Soldier : A Social and Political Portrait, New York, Free Press, 1960, pp. 3–36.

3 Mary KALDOR, New and Old Wars, Cambridge, Polity Press, 1999, pp. 1–12.

4 Oren BARAK & Gabriel SHEFFER (dir.), Militaries, Civilians and the Fate of States, Albany, SUNY Press, 2010, pp. 1–28.

5 Nicole BALL & Kayode FAYEMI (dir.), Security Sector Governance in Africa, Lagos, Centre for Democracy and Development, 2004, pp. 78–95.

6 Neil SHEEHAN, A Bright Shining Lie, New York, Random House, 1988, pp. 731–787.

7 Michael KOFMAN et al., Ukraine's Successful Defense, Washington D.C., CNAS, 2023, pp. 8–24.

8 Ibid.

9 Kathleen M. EISENHARDT, « Building Theories from Case Study Research », Academy of Management Review, vol. 14, n° 4, 1989, pp. 532–550 ; Charles C. RAGIN, The Comparative Method, Berkeley, University of California Press, 1987.

10 Jack LEVY, « War and Peace », in Handbook of International Relations, London, Sage, 2002, pp. 350–368.

11 John MUELLER, Retreat from Doomsday, New York, Basic Books, 1989, pp. 3–30.

12 Raymond ARON, Paix et guerre entre les nations, Paris, Calmann-Lévy, 1962, p. 17.

13 Neil SHEEHAN, op. cit., pp. 731–787.

14 Colin POWELL, My American Journey, New York, Random House, 1995, pp. 148–149.

15 Anthony CORDESMAN & Adam BURKE, The Afghan War, Washington D.C., CSIS, 2021.

16 L. Paul BREMER III, My Year in Iraq, New York, Simon & Schuster, 2006. L'Ordre n° 2 du 23 mai 2003 est considéré rétrospectivement comme l'une des décisions les plus lourdes de conséquences de la période d'occupation.

17 KOFMAN et al., op. cit., pp. 8–24.

18 SIPRI, Military Expenditure Database 2024. En ligne : https://www.sipri.org/databases/milex

19 Anthony KING, Urban Warfare in the Twenty-First Century, Cambridge, Polity Press, 2021, pp. 115–138.

20 Samuel BENDETT & Jeffery EDMONDS, « Russia's Use of Drones and Electronic Warfare in Ukraine », CNA Analysis, mars 2023.

21 Charles MILLON, La professionnalisation des armées françaises, Paris, La Documentation française, 1997.

22 Thierno SOW, « La participation du Sénégal aux opérations de maintien de la paix de l'ONU », Afrique contemporaine, vol. LVIII, n° 2, 2020, pp. 41–68 ; Thierry TARDY, « La légitimité des opérations de paix », Geneva Centre for Security Policy, n° 12, Genève, 2011.

23 Frédéric GOUT, L'opération Sentinelle, Paris, IFRI, 2018.

24 Harold TRINKUNAS, Crafting Civilian Control of the Military in Venezuela, Chapel Hill, University of North Carolina Press, 2005, pp. 178–221.

25 Eliot COHEN, Supreme Command, New York, Free Press, 2002, pp. 3–15.

26 Bernard BOËNE & Christopher DANDEKER (dir.), Les armées en Europe, Paris, La Découverte, 1998, pp. 105–128.

27 Ali ALFONEH, Iran Unveiled, Washington D.C., AEI Press, 2013, pp. 45–98.

28 Lahouari ADDI, L'Algérie et la démocratie, Paris, La Découverte, 1994, pp. 113–138.

29 Gareth JENKINS, Political Islam in Turkey, New York, Palgrave Macmillan, 2008, pp. 55–89.

30 Francis FUKUYAMA, La fin de l'Histoire et le dernier homme, Paris, Flammarion, 1992.

31 Mary KALDOR, New and Old Wars, op. cit., pp. 1–12.

32 David ROHDE, Endgame, New York, Farrar, Straus and Giroux, 1997.

33 Roméo DALLAIRE, J'ai serré la main du diable, Paris, Libre Expression, 2003.

34 Ken MENKHAUS, « Somalia : State Collapse and the Threat of Terrorism », Adelphi Papers, n° 364, IISS, 2004.

35 William RENO, Warlord Politics and African States, Boulder, Lynne Rienner, 1998, pp. 79–110.

36 Thierno SOW, op. cit., pp. 41–68.

37 Richard BANÉGAS, « Post-war Violence and Social Reconstruction in Côte d'Ivoire », African Affairs, vol. 110, n° 440, 2011, pp. 431–452.

38 Patrick FOREST, « Ressources naturelles et gouvernance en Guinée », Politique africaine, n° 162, 2021, pp. 45–72 ; Paul COLLIER, Breaking the Conflict Trap, Washington D.C., World Bank / OUP, 2003, pp. 53–81.

39 Serge MICHAILOF, Africanistan : développement ou chaos ?, Paris, Fayard, 2015, pp. 245–268.

40 Syrian Observatory for Human Rights, Documented Deaths since the Beginning of the Syrian Revolution, Rapport annuel 2023.

41 Laurent BONNEFOY, Le Yémen : de l'Arabie heureuse à la guerre, Paris, Fayard, 2017, pp. 189–225.

42 Gilles KEPEL, Fitna : guerre au cœur de l'islam, Paris, Gallimard, 2004.

43 Paul COLLIER, Breaking the Conflict Trap, op. cit., pp. 53–81.

44 Raymond ARON, op. cit., p. 17.

45 Jean-François BAYART, L'illusion identitaire, Paris, Fayard, 1996, p. 12.

46 Thomas BRUNEAU & Harold TRINKUNAS (dir.), Global Politics of Defense Reform, New York, Palgrave Macmillan, 2008, pp. 3–27.

47 Ibid.

48 Andrew LEBOVICH, « The Sahel's Crisis of Governance and the Coup Wave », ECFR Policy Brief, n° 387, janvier 2022.

49 Mark MALAN, Security Sector Reform in Liberia, Carlisle, Strategic Studies Institute, 2008.

50 Paul HEYWOOD, The Government and Politics of Spain, Basingstoke, Macmillan, 1995, pp. 88–112.

51 Larry DIAMOND, The Spirit of Democracy, New York, Times Books, 2008, pp. 89–115.

52 Bernard BOËNE & Christopher DANDEKER (dir.), op. cit., pp. 105–128.

53 Ces cinq conditions sont synthétisées à partir de Zoltan BARANY, The Soldier and the Changing State, Princeton, Princeton University Press, 2012, pp. 22–58 ; BRUNEAU & TRINKUNAS (dir.), op. cit. ; DIAMOND, op. cit.

54 Nicole BALL & Kayode FAYEMI (dir.), op. cit., pp. 78–95.

Bibliographie

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